Pourtant il faudra bien un jour se passer de voiture

Pic de pollution en Ile-de-France*. Pourtant la ministre socialiste Ségolène Royal refuse des mesures de restriction du trafic routier contre l’avis des élus locaux : « Empêcher quelqu’un de prendre sa voiture, c’est une mesure privative de liberté (…). Personne ne peut ni imposer, ni vociférer, ni exiger » ; « La circulation alternée, ce n’est pas rien : cela se prépare et se maîtrise. Cela ne se fait pas par des déclarations sur la place publique exigeant telle ou telle décision. » La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, fulmine. Le président socialiste de la région Ile-de-France, est furax : « Je ne pense pas que la ministre puisse imaginer que nous fassions de la gesticulation ou des vociférations. On ne peut pas spéculer sur la santé des gens, et c’est de la responsabilité de l’Etat. C’est une question éminemment étatique. »

Ségolène Royal se retrouve donc du côté des fumeurs de carburant, ceux qui peuvent polluer autrui à leur aise au nom de leur « liberté ». Cela serait compréhensible si elle agissait au nom des vendeurs d’automobiles ou des lobbies pétroliers. Mais elle est ministre de l’écologie et doit préparer les mesures françaises et européennes de limitations des émissions de gaz à effet de serre. Si on prenait le climat à bras-le-corps, il s’agirait d’organiser structurellement une réduction du trafic routier partout en Europe et pas seulement quelques jours à Paris. Nous avons absolument besoin de construire une alternative au modèle thermo-industriel, la planète brûle. Or nous avons déjà perdu plus de 40 ans. Dans son programme pour les présidentielles 1974, l’écologiste René Dumont écrivait déjà : « Le type de société que je propose est une société à basse consommation d’énergie. Cela veut dire que nous luttons par exemple contre la voiture individuelle. Nous demandons l’arrêt de la construction des autoroutes, l’arrêt de la fabrication des automobiles dépassant 4 CV… » Plus on attend pour limiter les vitesses automobiles en tous lieux, brider les moteurs, interdire d’être seul dans une voiture, augmenter le prix des carburants… plus le réchauffement climatique deviendra incontrôlable. Nous proposons comme modèle la « société de non-voiture individuelle », le dévoiturage. Nous entendons déjà les cris de celles et ceux qui qualifieront ces mesures de liberticide, voire d’écofasciste : « On restreint mon droit à la mobilité ! » Oui, c’est cela, ou les guerres du climat et les conflits sur les ressources pétrolières.

« Chaque idée fausse que nous traduisons en acte est un crime contre les générations futures. » Dieter Birnbacher posait, dans son livre La responsabilité envers les générations futures (1994), la question de savoir si la démocratie était en mesure d’être le lieu d’une éthique du futur. Ce n’est pas évident car une conscience prévoyante, centrée sur le long terme, est porteuse de certains renoncements. Elle entre en conflit avec les aspirations immédiates des individus, la préférence pour le présent. Renoncer à la voiture ? Mais nous sommes bien obligés d’avoir une voiture ! Pourtant nous serons bien obligés de nous passer des voitures au nom de la lutte contre le réchauffement climatique !! Et quand il n’y aura plus de pétrole, de toute façon la voiture individuelle sera réservée aux très très riches…. s’ils existent encore !!!

* LE MONDE du 10 avril 2015, la ministre de l’écologie refuse des mesures de restriction du trafic

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3 réflexions sur “Pourtant il faudra bien un jour se passer de voiture”

  1. C’est sur, tout cela est vrai. Mais que font les écolos? ça fait pourtant 40 ans que Dumont disait cela. Et 40 ans que les éco-citoyens écoutent et suivent les discours des partis écologistes, avec ferveur. Où en sont ils? EELV ? Le fait le plus marquant des dernières années, c’est l’organisation de journées dites « tous en vélo au boulot », en tout et pour tout 2 jours ou au grand maximum 1 semaine par an, on y va en vélo. Les écologistes qui ont eu le pouvoir en même temps que Hollande en 2012 n’ont rien fait de concret. Sauf coopérer à cette grande oeuvre du mariage pour tous, brulant leurs cartouches pour pas grand chose et se discréditant en outre par leur arrivisme. Mais le pire, c’est qu’ils ont retourné leur veste. Dans la grande foire d’empoigne du marché pétrolier, ils ont assisté les socialistes dans un deal honteux avec les pétro-monarchies: encore du pétrole, SVP, et on vous vend la France et les français. Comprend qui peut ou comprend qui veut.

  2. A n’avoir voulu nous passer de rien du tout, nous devrons nous passer de presque tout…
    à n’avoir pas voulu écouter un peu de raison, nous devrons subir la force des choses.
    La planète est finie nous n’y ferons rien.

  3. A n’avoir voulu nous passer de rien du tout, nous devrons nous passer de presque tout…
    à n’avoir pas voulu écouter un peu de raison, nous devrons subir la force des choses.
    La planète est finie nous n’y ferons rien.

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