principe de précaution ou principe d’irresponsabilité ?

Fallait-il adopter le principe de précaution sur le chlordécone ? Le chlordécone est un produit phytosanitaire, pesticide de la famille des organochlorés. C’est un polluant organique persistant (POP), non biodégradable et très toxique pour l’homme à travers des effets tels que l’apparition de problèmes neurologiques ou la délétion de la spermatogenèse. Récemment une étude  a montré que ce perturbateur endocrinien était responsable d’un accroissement significatif du risque de cancer de la prostate. La demi-vie (délai au bout duquel la moitié de la quantité présente aura disparu) du chlordécone dans le sol est de six siècles. Cette molécule synthétisée pour la première fois en 1952 a été commercialisée dès 1966 aux Etats-Unis sous le nom de Képone. En 1976, ce pesticide est interdit aux Etats-Unis car son caractère dangereux est révélé par l’apparition d’effets toxiques sur les employés d’une usine de production et par la pollution de l’environnement proche de cette usine. Le Centre international de recherche contre le cancer a classé la chlordécone comme « cancérogène possible » pour l’homme dès 1979.

                Pourtant cet insecticide n’a été interdit en métropole qu’en 1990 et utilisée en Martinique et en Guadeloupe depuis 1973, par dérogation jusqu’en1993. LeMonde du 23 juin 2010 titre : « Aux Antilles, le scandale sanitaire du chlordécone ». La pollution durable des sols et l’exposition de la population avec  augmentation des cancers est avérée. Mais sur la même page Planète, un autre titre prend le problème  à l’inverse : « Le débat s’engage sur le principe de précaution ». On ressent un certain doute sur la validité du principe de précaution. Le professeur Alain Grimfeld, président du CPP (comité de la prévention et de la précaution), insiste sur la prise en compte du rapport « coûts-bénéfices », absent de la formulation actuelle du principe dans la Charte de l’environnement. Nous retrouvons l’idée de « coût économiquement acceptable » explicitement formulée par d’autres. En fait beaucoup de scientifiques et de politiques, porte-paroles des lobbyistes, soutiennent le principe d’irresponsabilité. On comprend dans leurs propos que l’économique devrait primer sur l’enjeu écologique et sanitaire. D’où le scandale du chlordécone en France, après bien d’autres scandales. On pourrait dire qu’entre le chlordécone, l’amiante, les PCB et le bisphénol A, la France est l’un des pays qui applique le moins le principe de précaution.

                Notons que la Cour suprême des Etats-Unis vient d’autoriser la luzerne transgénique de Monsanto, donnant tort à un groupe d’agriculteurs bio alors que les études d’impact des OGM sur l’environnement n’avaient pas été faites. Toujours le principe d’irresponsabilité contre le Principe de précaution !

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2010/06/22/la-cour-supreme-des-etats-unis-autorise-la-luzerne-transgenique-de-monsanto_1376786_3244.html

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2 réflexions sur “principe de précaution ou principe d’irresponsabilité ?”

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