Prix de l’essence, des socialistes sans boussole

Il n’y a qu’une manière d’analyser le prix de l’essence. Les ménages français dépensent en moyenne autour de 1 000 euros par an en carburant. C’est 1000 euros de trop, un pétrole en voie de disparition devrait rester sous terre ; la voiture individuelle devrait subir le sort des dinosaures Ce n’est pas de la provocation, nous avons déjà suffisamment argumenté sur les méfaits de « l’or noir » et la montée inéluctable de son prix :

19.08.2012 Blocage des prix des carburants, véritable casse-tête

15.05.2012 Le peak oil tend à devenir le peak all

10.05.2012 Le président Hollande confronté à la descente énergétique

22.03.2012 Mobiliser la société face au défi pétrolier

19.01.2012 Le prix de l’essence n’a jamais été aussi bas !?

11.01.2012 Pétrole nigérian, sang de Jésus ou merde du diable ?

Normalement, pas besoin d’en rajouter. Mais constatons que la valse-hésitation du gouvernement nous donne a posteriori raison. Au printemps, en pleine campagne présidentielle, le candidat Hollande avait promis un blocage des prix s’il était élu. L’idée était de réguler les prix en cas de « situation exceptionnelle » pour imposer un blocage temporaire. Il n’en a rien fait. Il est vrai que la montée du prix du pétrole (donc de l’essence) n’est pas exceptionnelle, c’est au contraire une évolution structurelle normale comme pour toute ressource naturelle en voie d’épuisement. De toute façon cette mesure est trop coûteuse pour le budget de l’Etat. Le gouvernement socialiste de Lionel Jospin avait mis en place un système de « TIPP flottante » qui faisait fluctuer les taxes à la hausse et à la baisse en fonction du prix du baril de brut. Entre octobre 2000 et juillet 2002, ce dispositif avait coûté dans un premier temps pas moins de 2,7 milliards d’euros aux finances publiques. Aujourd’hui une baisse de 6 centimes du litre de carburant devrait représenter 300 millions d’euros de manque à gagner pour les finances publiques.

En définitive, le problème du socialisme, c’est le terme social. Le social passe pour le gouvernement avant les réalités écologiques, ce qui ne peut qu’amener à de fausses promesses et des désillusions. Pour retrouver une boussole, les socialistes devraient affirmer que l’économie n’est qu’une sous-partie du social, et le social une variable déterminée par les contraintes écologiques, à commencer par l’état des ressources naturelles. A quand la taxe carbone que les socialistes hors du pouvoir avaient dénommé contribution énergie ?

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6 réflexions sur “Prix de l’essence, des socialistes sans boussole”

  1. Communiqué de presse EELV du 29 août 2012 : La baisse des prix des carburants, fausse solution à un vrai problème!
    Le candidat François Hollande avait promis un blocage des prix des carburants. Le gouvernement Ayrault met aujourd’hui en place leur baisse. Cette mesure, provisoire mais coûteuse, ne règle pas les problèmes d’approvisionnement énergétique de notre pays.
    Cette baisse, modique mais généralisée, passe par ailleurs à côté de ce qui aurait dû être l’objectif prioritaire : soutenir les ménages les plus exposés à la hausse du prix des carburants, par des mesures ciblées en fonction des revenus et/ou de l’éloignement domicile-travail.
    Il est urgent de promouvoir une plus grande sobriété énergétique. Les ressources en hydrocarbures ne sont pas illimitées et la demande mondiale continue d’augmenter. Chacun l’admet désormais : les prix de l’énergie vont donc mécaniquement continuer d’augmenter.
    Le budget consacré à soutenir cette énergie non renouvelable va peser sur les finances de l’Etat, diminuant d’autant notre capacité à engager la transition énergétique, seule capable de faire cesser notre addiction aux hydrocarbures. Et ainsi de respecter l’engagement de la France de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.
    Pour les écologistes, il est temps de replacer cette question dans une vision de long terme qu’Europe Ecologie Les Verts portera lors de la Conférence Environnementale des 14 et 15 septembre prochains. Efficacité, sobriété, subvention de la recherche : il est plus que temps de permettre à notre pays de s’émanciper de la dépendance aux produits pétroliers.
    Jean-Philippe MAGNEN
    Porte-Parole

  2. Le Club des villes et territoires cyclables
    Alors que le Gouvernement vient de prendre une mesure de baisse des taxes sur les carburants pour atténuer l’effet de la hausse des prix du gazole et de l’essence sur le budget des ménages, le Club des villes et territoires cyclables rappelle ses propositions pour faire du vélo un outil concret et efficace au service du pouvoir d’achat et des politiques publiques de transport, d’aménagement du territoire, de santé et de citoyenneté.
    « Le comble de cette mesure est qu’elle est très coûteuse pour le budget de l’Etat tout en étant déjà qualifiée de cosmétique par les commentateurs et les bénéficiaires », a souligné Jean-Marie DARMIAN, Président du Club. « Dans trois mois, quand prendra fin cette réduction fiscale, il faudra bien assumer des décisions courageuses et efficaces. Pourquoi ne pas les adopter dès aujourd’hui ? Il faut sans délai engager des mesures pour économiser la facture énergétique, diminuer les impacts environnements de la voiture et encourager les solutions alternatives. Le vélo est une de ces solutions, utilisé seul ou combiné aux transports publics ! ».
    Le Gouvernement ne flèche aujourd’hui aucune solution alternative à la voiture ni aucun objectif de diminution de la consommation de carburant. Comme son prédécesseur, il cherche à atténuer provisoirement les effets d’une hausse inévitable des prix à la pompe.
    La France doit, à l’instar de ses voisins européens, se doter d’une politique nationale en faveur du vélo et engager des mesures efficaces, en commençant par des incitations économiques. Ces mesures doivent en priorité cibler les employeurs et les salariés. Elles constituent un levier puissant pour le report de déplacement de la voiture solo vers le vélo pour le déplacement domicile/travail et au-delà, pour tout motif de déplacement.
    Le Club des villes et territoires cyclables rappelle également qu’une telle politique entraînant une augmentation très significative de la vente de vélos soutiendra les fabricants français, les équipementiers et toute la filière d’emplois de services – non délocalisables – qui, de la réparation à l’apprentissage du vélo, a montré son potentiel notamment depuis l’essor de la pratique du vélo dès 2005. En outre, les retombées économiques du vélo qui représentent aujourd’hui 4,5 milliards d’euros sont déjà 9 fois supérieures aux investissements.
    Enfin, en matière de santé publique, ce sont quelque 5 milliards d’euros qui sont économisés chaque année avec une pratique actuelle du vélo autour de 3%. Une pratique de 12 à 15% à horizon 2020 (niveau actuel de nombreuses villes européennes) permettrait d’engranger une économie de 15,4 milliards d’euros par an.
    Pour le Club des villes et territoires cyclables, deux familles de mesures sont urgentes et plus que jamais d’actualité, comme il le soulignait déjà en août 2011 : un programme national Au travail à vélo, sur le modèle de Cycle to work en Grande-Bretagne, et l’indemnité vélo : la participation de l’employeur aux frais de déplacement domicile/travail des salariés.
    —> Un programme national « Au travail à vélo », sur le modèle de « Cycle to work » en Grande-Bretagne
    La mise à disposition gratuite de vélos et la facilitation de l’acquisition d’un vélo par les salariés constituent un enjeu majeur car les déplacements domicile/travail restent très structurants dans les choix de mobilité, et permettent de diminuer le poste transport du budget des ménages. Les employeurs qui faciliteront l’accès des salariés au vélo (prêt de vélo ou aide à l’achat) doivent bénéficier d’incitations (exonérations fiscales et sociales) sans que ces aides soient assimilées à des avantages en nature pour le salarié.
    —> La participation de l’employeur aux frais de déplacement domicile/travail des salariés : l’indemnité vélo
    Une « indemnité vélo » facultative pourrait être versée par l’employeur aux salariés qui choisissent le vélo comme mode principal de déplacement, comme c’est déjà le cas pour les frais de carburant dans le cadre de la prime transport. Elle serait combinable au remboursement de l’abonnement transport (pour le trajet de rabattement vers une gare ou station) notamment lorsque le salarié réside hors du périmètre de transport urbain. Cette indemnité kilométrique qui pourrait être de 0,21 € du kilomètre (comme en Belgique) serait exonérée de cotisations sociales et patronales et d’impôts sur le revenu pour le salarié. Le montant de l’indemnité pourra être déterminé lors de la mise en place d’un Plan de Déplacements d’Entreprise (PDE) au sein de l’entreprise.

  3. Le POINT de VUE de la FNAUT
    Baisser les taxes sur les carburants automobiles ? Une mesure coûteuse, un effet marginal, un message antipédagogique.
    Confronté au mécontentement des automobilistes, le gouvernement envisage une baisse «modeste et provisoire» des taxes sur les carburants : une telle mesure serait incohérente, inutile et dangereuse.
    + Il est incohérent de chercher hier à réduire la consommation de pétrole en renforçant le dispositif du bonus-malus puis, aujourd’hui, de vouloir la pérenniser en la faisant subventionner par l’Etat.
    + Au moment où on augmente les impôts, il y a mieux à faire pour protéger les automobilistes que de gaspiller l’argent public par une mesure symbolique dont les effets, sauf à ruiner l’Etat déjà peu fortuné, ne pourraient être que dérisoires et provisoires.
    + Il est dangereux de nier ainsi que la hausse du prix du pétrole est un phénomène à la fois conjoncturel et structurel, et d’endormir le consommateur, au lieu de le responsabiliser, en validant un « droit acquis » au carburant bon marché, comme le fait le ministre de l’Economie et des Finances quand il déclare : « il n’est pas question que les prix des carburants continuent d’augmenter ».
    La FNAUT attend du gouvernement des mesures plus efficaces
    Un effort d’information du public sur le prix des carburants en Europe et leur évolution en France :
    + Le prix des carburants automobiles en France est un peu inférieur à la moyenne européenne : 1,42 € / litre de gazole le 13 août dernier contre 1,52 € dans l’Europe des 27. Le litre de gazole coûtait alors 1,54 € en Allemagne, 1,71 € en Italie et 1,77 € en Grande-Bretagne.
    + Suivant une étude de l’économiste Jean-Marie Beauvais réalisée pour la FNAUT et l’ADEME, contrairement aux idées reçues, le prix moyen réel d’un trajet de 100 km en voiture (chiffré en nombre de minutes de travail nécessaire pour payer le carburant) a été divisé par 2,5 depuis 1970, soit une baisse de 60% : le salaire minimum a augmenté 3 fois plus vite que le prix des carburants en monnaie courante ; depuis 2000, la fiscalité des carburants a fortement baissé (de 78% du prix de vente à 55% pour l’essence, et de 70% à 47% pour le gazole).
    Des incitations à réduire immédiatement la consommation de carburant
    + Le lancement d’une grande campagne d’information sur l’éco-conduite, sur le modèle des campagnes de sécurité routière (2h de formation suffisent pour réduire la consommation de 10%) ;
    + Un abaissement des vitesses maximales autorisées à 120 km/h sur les autoroutes (comme en Belgique, Espagne, Finlande, Grèce, Irlande, Pays-Bas, Portugal, Suède, Suisse et sur de nombreuses sections en Allemagne), 100 km/h sur les voies express et 80 km/h sur les routes ordinaires.
    Des mesures de fond permettant de réduire progressivement la dépendance automobile
    + Favoriser l’intermodalité pour réduire la longueur des parcours automobiles.
    + Faire connaître la prime transport, instaurée sur l’ensemble du territoire en 2009 mais dont l’existence est encore peu connue des salariés.
    + Préparer un vaste plan, créateur d’emplois pérennes, de développement des transports collectifs entre banlieues des grandes villes et dans les zones périurbaines et rurales, où vivent de nombreux automobilistes à faible pouvoir d’achat captifs de leur véhicule.
    + Encourager le télétravail et la densification de l’habitat autour des transports collectifs.
    Paris, le 27 août 2012

  4. L’éditorial du MONDE*, « un coup d’épée dans l’essence », pose de bonnes questions : « Six centimes par litre, la belle affaire !… Energie fossile fortement émettrice de gaz à effet de serre… Le seul remède qui vaille, plus de sobriété énergétique ». Malheureusement on oublie complètement la raréfaction du pétrole, mesurable par le phénomène du pic pétrolier, pour s’en tenir à des considérations conjoncturelles (« choc extérieur qui pousserait les prix à la hausse… Le marché n’est pas menacé de pénurie, l’Arabie Saoudite jouant son rôle d’appoint »)
    Le quotidien « de référence » s’acharne à détailler les phénomènes du court terme sans s’interroger jamais sur les conditions d’un avenir durable.
    * LE MONDE du 30 août 2012

  5. C’est aberrant. Ils veulent faire le forcing pour que le prix à la pompe soit abordable mais dans 3 mois le prix va exploser. Le mieux est en effet de ne plus tirer sur la corde et de laisser le pétrole là où il est et de réintroduire le cheval comme moyen de transport. Mais là, je risque de m’attirer les foudres de mes amis antispécistes…

  6. – Cette volonté de retenir les prix de l’essence poursuit la logique absurde de notre mobilité actuelle, et les socialistes montrent une vision d’un monde très « XXème siècle ».
    – En baissant la taxe, cela donne une illusion de sauvetage pour le court terme, mais en augmentant la demande, cela va précipiter d’autant plus vite le déclin de cette ressource limitée.
    – Temporaire autrement dit ça ne sert à rien ou presque. Les gens vont économiser quelques euros par mois, et l’Etat va perdre encore un peu plus d’argent dont il a pourtant grandement besoin. Après ça repartira comme avant, de toute façon il ne faut pas se leurrer le prix des carburants continuera d’augmenter. Il faudrait arrêter de prendre des décisions insignifiantes pour essayer de « calmer le peuple ».
    – Il y a pourtant des Verts au gouvernement mais personne ne parle de la taxe carbone et de la décarbonisation de l’économie ! C’est désolant !

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