Produire plus, polluer moins : l’impossible découplage

C’est un petit livre* qui traite d’une question clef de l’écologie, le lien entre la production économique et son impact environnemental. L’économiste Gaël Giraud met en lumière le lien structurel entre énergie et l’activité économique telle que mesurée par le PIB, et explique la nécessité de refonder les modèles économiques pour prendre en compte les flux physiques. Philippe Roman présente les indicateurs de flux de matières, et démontre qu’une bonne part des progrès attribués aux pays riches en matière de réduction de leur empreinte écologique sont attribuables aux délocalisations vers les pays du Sud. La contribution de Thierry Caminel concerne les aspects physiques, comme la nécessité de consommer toujours plus d’énergie pour extraire les ressources naturelles, qui constituent des freins à l’amélioration de l’efficacité énergétique. Enfin Philippe Frémeaux et Aurore Leduc concluent l’ouvrage en s’interrogeant sur la notion de richesse, et en posant les bases d’un nouveau contrat social-écologique.

Le synopsis du livre résume bien l’enjeu :

« Produire plus en dégradant moins l’environnement : telle est la perspective incarnée par le concept de découplage. En des temps où la crise écologique s’aggrave et où la croissance économique fait défaut, il accompagne l’espoir d’une « croissance verte » qui associerait retour au plein emploi, progression du pouvoir d’achat et réponse aux défis environnementaux.
Tout le problème est que ce miracle, nous expliquent les auteurs, ne s’est encore produit nulle part à ce jour. En outre, à étudier les ressorts de la croissance passée, on constate qu’elle a été étroitement dépendante d’une énergie abondante et bon marché.
Si nous voulons éviter une décroissance brutale, imposée par les pénuries de ressources ou la dégradation des écosystèmes, provoquant chômage de masse, aggravation des inégalités, menaces pour la paix et la démocratie, il faut sans attendre mettre en oeuvre un nouveau modèle d’économie et de société, économe en énergie et en matières
. »

Espérant que le sujet de ce livre retienne votre attention…

* livre de  Thierry Caminel, Philippe Frémeaux, Gaël Giraud, Aurore Leduc et Philippe Roman

aux éditions Les Petits Matins. (80 pages, 10€)
http://www.lespetitsmatins.fr/collections/produire-plus-polluer-moins-limpossible-decouplage/

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1 réflexion sur “Produire plus, polluer moins : l’impossible découplage”

  1. Jean-Marie Harribey : Je suis sceptique sur deux points
    Premièrement, l’hypothèse néoclassique de rendements décroissants à l’échelle microéconomique relève de la critique faite par Sraffa (bien rapportée par Steve Keen dans son livre L’imposture économique). Mais, à l’échelle globale, la fonction Cobb-Douglas la plus utilisée table sur des rendements constants (pour pouvoir garder la rémunération des facteurs à la productivité marginale, qui épuise tout le produit), tout en ayant des productivités marginales décroissantes de chaque facteur pris isolément. Donc, peut-on parier sur le fait que nous serions, selon G. Giraud, généralement à rendements croissants, dans un monde où la raréfaction des matières premières va soit faire décroître les rendements, soit nécessiter des quantités de capital toujours plus grandes ? Peut-être faudrait-il distinguer les facteurs qu’on fait varier à court terme et ceux qui varient à long terme.
    Deuxièmement, et c’est peut-être lié, l’utilisation de fonction de production à rendements constants et à Constant Elasticity Substitution inférieure à 1, comme le fait Tim Jackson, résout-elle notre problème ? Certes, on se rapproche d’une complémentarité des facteurs au lieu de les voir comme continûment substituables. Mais la baisse de l’intensité de la production en ressources naturelles (donc ce qu’il restera en termes de substitution de facteurs techniques aux ressources naturelles) sera moindre que la hausse du prix relatif des ressources naturelles aux autres facteurs. Autrement dit, les ressources naturelles s’épuisant, on aura beau avoir un prix de ces ressources qui augmente relativement au niveau général des prix, cela ne compensera pas l’insuffisante baisse de l’intensité en ressources pour pouvoir éviter une croissance absolue de la consommation de ces ressources.
    http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2015/03/04/l%E2%80%99heterodoxie-economique-dans-tous-ses-etats-2-le-decouplage-absolu-entre-production-et-consommation-de-ressources-est-impossible/

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