Protéger l’emploi, dans le nucléaire ou l’agriculture ?

Certains aiment opposer emploi et écologie, mais ils s’appuient sur une raisonnement parcellaire et trop souvent sectoriel. Ainsi Marie-Hélène Autissier : « Les scénarios Ampère et Volt sont définis par RTE (Réseau de transport d’électricité). Pour réduire la part du nucléaire à 50 % de la production totale à l’horizon de 2030, Ampère préconise la fermeture de 16 réacteurs entre 2020 et 2030, réduisant le parc nucléaire de 63 gigawatts à environ 50 GW. Pour arriver à 50 % d’électricité nucléaire en 2035, Volt préconise pour sa part la fermeture de 9 réacteurs et un parc nucléaire de 55 GW. De tels scénarios conduiront inéluctablement à des arrêts d’activité dans nos régions et généreront des pertes d’emplois – avec leurs conséquences sur la vie locale. Le scénario Ampère entraînera la suppression de 70 000 à 120 000 emplois directs, indirects et induits, tandis que le scénario Volt ferait perdre entre 35 000 et 65 000 emplois. »*

Le système actuel fait qu’il y a destruction créatrice, les emplois perdus dans une filière sont jusqu’à présent créés ailleurs.  Et les métiers d’avenir, c’est le retour à la paysannerie et à l’artisanat relocalisés. Les commentaires sur lemonde.fr disqualifient la vision Autissier de protection de son propre emploi :

Consterné : Ce genre d’argument laisse toujours dubitatif devant l’intelligence humaine. On a dans le même genre : « je gagne du pognon avec les armes, il ne faudrait surtout pas que l’on arrête de s’étriper » , ou bien « je me gave en vendant des antirétroviraux, il faut absolument que les gens continuent de se refiler le SIDA ».

kwa ti yanga : Il y a quelques années, « au nom de l’emploi », certains regrettaient la fermeture d’usines d’armement fabriquant, entre autres, des mines anti-personnel. Personnellement, je trouvais que c’était plutôt une bonne nouvelle. Des emplois il y en a à pourvoir dans les EPHAD, comme assistant de vie scolaire auprès des enfants handicapés ou dans les filières ayant vocation à respecter l’environnement plutôt que de compromettre l’avenir. De mémoire, la demi-vie du plutonium est de 30 000 ans…

Anti septique : Bof, les emplois des intérimaires des sous-traitants, contaminés dans les centrales pourront être avantageusement remplacés par des emplois dans les économies d’énergie… D’autre part, des emplois dans la gestion des déchets, il y en a pour des millions d’années, à Bure par exemple.

Julien de Prabère : Serions-nous condamné à poursuivre indéfiniment cette filière infernale pour maintenir des emplois ? Faudrait-il continuer à ériger des mastodontes diffusant dans notre environnement deux fois plus d’énergie sous forme de chaleur qu’ils n’en produisent ?

Jean TRESPEUCH : Cet argument, maintes fois évoqué, de la justification d’une activité parce qu’elle crée des emplois ne tient pas la route, en effet. C’est comme si on affirmait qu’il faut plus d’accidents de la route pour fournir des emplois aux médecins, aux chirurgiens, aux infirmières et à bien d’autres encore !!! Ce qui est recevable, en revanche, c’est d’anticiper la fin de l’énergie nucléaire, (dangereuse et maintenant trop coûteuse) pour éviter de nouveaux déserts industriels (cf. mines, sidérurgie).

VV : Les centrales nucléaires ne sont pas éternelles de toute façon. Mais la reconversion fait partie du chantier. Il y a déjà le chantier énorme de déconstruction. Ensuite la production future qui si l’on en croit nos pro-nucléaire coûte plus cher. Plus cher donc plus d’emploi sur tout le territoire national.

ALAIN PANNETIER : « Il faut continuer le nucléaire parce que c’est mon gagne-pain » n’est pas un argument très convaincant. Surtout au vu des injections de capital qui ont été nécessaires pour conserver Areva et EDF à flot. On aurait peut-être pu utiliser cet argent si rare dans le budget de l’état pour s’engager plus résolument vers des technologies plus novatrices, plus génératrices d’emplois non subventionnés.

MICHEL SOURROUILLE : Pleurons la disparition d’emploi… dans l’agriculture ! La population active agricole, familiale et salariée, atteignait 6,2 millions de personnes en 1955, soit 31 % de l’emploi total en France. En 2000, cette part est tombée à 4,8 % avec 1,3 million de personnes. En 2017, la ferme France compte 453 113 chefs d’exploitation en comptant non seulement les agriculteurs mais aussi les entrepreneurs paysagistes, exploitants de centres équestres, entrepreneurs de travaux agricoles !!

* LE MONDE du 24 novembre 2018, « Tout le monde n’est pas d’accord pour réduire la part du nucléaire »

NB : Marie-Hélène Autissier est employée de la filière nucléaire depuis quarante ans et syndiquée à l’UNSA SPAEN (Syndicat professionnel autonome des agents de l’énergie nucléaire).

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