Que faire ? Nous le savons depuis quarante cinq ans

Nous savons que la Terre et tous ses habitants sont mal en point et que nos problèmes se multiplieront si nous négligeons de les résoudre. Dans les années 1940, quand fut décidé la fabrication de la bombe atomique en deux ans, les Etats-Unis ont investi deux milliards de dollars et mis à l’œuvre les spécialistes du monde entier. Dans les années 1960, les Etats-Unis ont dépensé entre vingt et quarante milliards de dollars pour gagner la course vers la lune. Il est certain que les recherches à propos de la survie de l’humanité l’emportent de loin sur la recherche atomique et spatiale. Il faut les entreprendre sans délai à la même échelle, et avec une conscience plus aiguë de leur caractère d’urgence. Nous en appelons à l’action en même temps qu’à la recherche.

– Différer l’application des innovations technologiques dont nous ne sommes pas en mesure de prévoir les effets et qui ne sont pas indispensables à la survie de l’humanité. Ce qui inclurait les nouveaux types d’armement, les transports superfétatoires, les nouveaux pesticides dont les effets sont inconnus, la fabrication de nouvelles matières plastiques, l’implantation de grands complexes d’énergie atomique, etc. A quoi il faut ajouter les grands travaux dont les conséquences écologiques n’auraient pas été préalablement étudiées, les barrages, la « récupération » des jungles, les plans d’exploitation sous-marine, etc.

– Recycler largement certains matériaux pour éviter d’épuiser les ressources ; établir rapidement des accords internationaux sur la qualité de l’environnement, accords sujets à révision au fur et à mesure que seront mieux connus les besoins ; travailler à freiner l’augmentation démographique dans le monde entier en prenant garde de ne pas attenter aux droits civils. Il faut que de tels programmes soient assortis d’une baisse du niveau de la consommation des classes privilégiées, et que soit assurée une répartition plus équitable des ressources.

Nous vivons en système clos, totalement dépendants de la Terre, et pour notre vie et pour la vie des générations à venir. Tout ce qui nous divise est infiniment moins important que ce qui nous lie et le péril qui nous unit. Nous croyons que l’homme ne gardera la Terre pour foyer que si nous écartons enfin ce qui nous divise.

(Ce message, signé par 2200 hommes de science de 23 pays, a été remis à U Thant, Secrétaire général des Nations Unies le 11 mai 1971. Il était adressé aux « trois milliards et demi d’habitants de la planète Terre ». C’est le message de Menton, ainsi nommé parce qu’il fut rédigé au cours d’une réunion qui s’est tenu dans cette ville française)

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4 réflexions sur “Que faire ? Nous le savons depuis quarante cinq ans”

  1. Vous avez monsieur Barthès un milliard de fois raison concernant la bombe atomique.
    Et en plus des reproches que vous faîtes à cette invention, je lui en ferais d’autres, à savoir notamment que bien loin d’assurer en quoi que ce soit la sécurité, la bombe atomique est au contraire intrinsèquement générateur de guerre et met intrinsèquement de l’huile sur le feu.
    Le fait que le largage de deux bombes sur le Japon en août 1945 ait à la fois fait plusieurs centaines de milliers de morts et énormément polluer l’atmosphère est là pour nous démontrer que crime contre l’humanité et crime contre l’écologie se rejoignent et se confondent.

  2. Vous avez monsieur Barthès un milliard de fois raison concernant la bombe atomique.
    Et en plus des reproches que vous faîtes à cette invention, je lui en ferais d’autres, à savoir notamment que bien loin d’assurer en quoi que ce soit la sécurité, la bombe atomique est au contraire intrinsèquement générateur de guerre et met intrinsèquement de l’huile sur le feu.
    Le fait que le largage de deux bombes sur le Japon en août 1945 ait à la fois fait plusieurs centaines de milliers de morts et énormément polluer l’atmosphère est là pour nous démontrer que crime contre l’humanité et crime contre l’écologie se rejoignent et se confondent.

  3. La construction de la bombe atomique et ensuite le voyage vers la Lune étaient des problèmes de nature très différente de celui de la sauvegarde de l’environnement.
    Tout d’abord c’était des problèmes essentiellement techniques (très difficiles certes, mais dans lesquels l’élément humain était non pas négligeable, mais enfin moins important).
    En second lieu c’était des problèmes de court terme ( 2 ou 3 ans pour la bombe, disons une dizaine d’années pour l’ensemble des programmes Mercury-Gemini-Apollo. La sauvegarde de la nature est un programme qui s’étagera sur 100 ans au moins pour sa mise en place et dont les grandes lignes devront être maintenues ad vitam aeternam. Cette différence d’horizon temporel change tout.
    En troisième lieu, il s’agissait de programmes locaux ou du moins nationaux et non mondiaux nécessitant un accord de peuples de culture et d’intérêts très différents
    Bref, alors que techniquement c’est sans doute plus facile, en effet il n’y a rien à inventer, au contraire il faut juste trouver une organisation qui nous amène vers une société plus modeste en nombre et en mode de vie (ce que nous avons été dans les millénaires passés), C’est en réalité beaucoup plus difficile à cause de l’élément humain et de l’élément temporel.
    C’est un miracle que la conquête de la Lune se soit passée aussi vite et avec si peu de drames (trois morts du côté américain, beaucoup plus du côté soviétique quand même). Ce miracle ne se reproduira pas pour le prochain défi, à savoir protéger notre planète.
    La première condition, c’est à dire rendre l’humanité beaucoup moins nombreuse (en réduisant la fécondité, pas en tuant les gens, je précise afin de désamorcer les caricatures habituelles) ne fait même pas l’unanimité et est même encore largement taboue alors qu’elle constitue la condition sine qua non.

  4. La construction de la bombe atomique et ensuite le voyage vers la Lune étaient des problèmes de nature très différente de celui de la sauvegarde de l’environnement.
    Tout d’abord c’était des problèmes essentiellement techniques (très difficiles certes, mais dans lesquels l’élément humain était non pas négligeable, mais enfin moins important).
    En second lieu c’était des problèmes de court terme ( 2 ou 3 ans pour la bombe, disons une dizaine d’années pour l’ensemble des programmes Mercury-Gemini-Apollo. La sauvegarde de la nature est un programme qui s’étagera sur 100 ans au moins pour sa mise en place et dont les grandes lignes devront être maintenues ad vitam aeternam. Cette différence d’horizon temporel change tout.
    En troisième lieu, il s’agissait de programmes locaux ou du moins nationaux et non mondiaux nécessitant un accord de peuples de culture et d’intérêts très différents
    Bref, alors que techniquement c’est sans doute plus facile, en effet il n’y a rien à inventer, au contraire il faut juste trouver une organisation qui nous amène vers une société plus modeste en nombre et en mode de vie (ce que nous avons été dans les millénaires passés), C’est en réalité beaucoup plus difficile à cause de l’élément humain et de l’élément temporel.
    C’est un miracle que la conquête de la Lune se soit passée aussi vite et avec si peu de drames (trois morts du côté américain, beaucoup plus du côté soviétique quand même). Ce miracle ne se reproduira pas pour le prochain défi, à savoir protéger notre planète.
    La première condition, c’est à dire rendre l’humanité beaucoup moins nombreuse (en réduisant la fécondité, pas en tuant les gens, je précise afin de désamorcer les caricatures habituelles) ne fait même pas l’unanimité et est même encore largement taboue alors qu’elle constitue la condition sine qua non.

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