Que peut dire la sociologie du mariage des homosexuels ?

La sociologie n’est pas une science ; elle ne peut faire des expériences sans interférer avec la réalité sociale. La sociologie ne peut pas être une science ; il n’y a aucune loi sociale que l’ingéniosité humaine ne soit capable de transgresser. Les sociologues ne peuvent donc démontrer la validité d’un changement social, ils constatent, ils n’ont rien à en dire de plus. S’ils affirment une préférence, ce ne sont plus des sociologues, ce sont des idéologues. Ainsi de François de Singly* et de Martine Gross** qui prennent fait et cause pour le mariage « pour tous ».

Le « sociologue » François de Singly privilégie la conception maniériste (pour qui prime l’artifice) contre la naturaliste (qui reproduit la nature). Il compare l’évolution institutionnelle du mariage et celle de la peinture européenne. Autrefois le peintre devait représenter le plus fidèlement la nature (naturalisme), maintenant le peintre invente un monde artificiel, du surréalisme aux peintures abstraites (maniérisme). Il en retire la conclusion qu’il en est de même dans le domaine de la famille : la présomption de paternité est une fiction, la famille maniériste (parents gays ou lesbiens) continue dans la voie de la fiction. L’individu, selon François de Singly, serait maître de créer son univers en peinture comme il le serait dans ses relations sexuelles et reproductrices. Charmante comparaison qui ne démontre rien du tout. La peinture est par définition hors nature, une nature morte reste morte. François de Singly présuppose la liberté totale des femmes et des hommes de faire leur histoire dans le domaine familial. Mais les homosexuels ne peuvent pas faire d’enfant et  ce sont des lois humaines qui encadrent l’exercice de la sexualité. François de Singly privilégie le couple amoureux, hétérosexuel ou homosexuel, comme idéal de la fondation d’une famille. C’est un « sociologue » qui fait semblant d’oublier que le modèle le plus répandu historiquement dans la formation d’un couple n’est pas l’amour, mais le mariage socialement arrangé. De toute façon le rapport amoureux n’a certes pas besoin de passer par la case mariage pour exister. François de Singly pense aussi que l’intérêt de l’enfant ne résulte que de l’engagement à se déclarer « parent ». Un peu fragile comme raisonnement, l’engagement des individus est à géométrie aussi variable que la durabilité de leur amour. L’enfant subira de toute façon les va-et-vient du couple parental. Revenons à la nature. Un couple homosexuel ne peut avoir d’enfant, il faut donc qu’une troisième personne intervienne dans la communauté parentale. Le mariage pour tous est au minimum un mariage à trois du point de vue de l’enfant. En fin de compte l’enfant, élevé par deux parents du même sexe, perd de vue l’idée que le couple parental nécessite l’altérité sexuelle : à quel sexe doit-il s’identifier ? Dans une société majoritairement hétérosexuelle, il y a possibilité de reconnaissance par l’enfant de l’altérité. Elle peut se perdre complètement pour des familles homosexuelles qui refusent l’autre sexe. Il existe une certaine hétérophobie dans l’homosexualité, parfois même une hétérophobie certaine. Cela peut impacter la pratique sexuelle et le comportement reproductif de l’enfant plus tard. A force de « maniérisme », nous pourrions aboutir à une société qui nierait complètement l’altérité : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Si c’est cela le triomphe du féminisme et de la liberté sexuelle des années 1960, c’est vraiment un comble !

De son côté la « sociologue » Martine Gross** prend parti pour le mariage des homosexuels en insistant sur la procréation médicalement assistée (PMA) : « Le désir d’enfant est aussi puissant chez les couples de même sexe que chez les autres… Les couples ne veulent pas du géniteur comme père dans la vie quotidienne familiale… La filiation est d’abord et toujours une parole d’engagement… La conviction que la procréation doit résulter d’une union sexuelle est l’expression de l’homophobie en affirmant la supériorité de l’hétérosexualité sur l’homosexualité… Notre droit devra s’affranchir du modèle naturaliste. » Tout y est de la vulgate « maniériste », l’exacerbation du désir de l’individu, le refus de la différenciation sexuelle, le soi-disant engagement, le rejet de toute contestation supposée homophobe, la négation de la nature. Les éléments de langage, « le désir », « l’engagement », sont les mêmes que ceux de François de Singly. Comme l’exprime un commentateur sur lemonde.fr, « Il y en a assez de ces modernistes qui cherchent à produire une société transhumaine. Ouvrons la PMA à tout le monde et dans 20 ou 30 ans, il sera illégal de faire des enfants naturellement. Tout se fera dans les labos Google, Microsoft et Apple qui auront alors financé le labo de Mme Gross ! C’est le pire de la science fiction, qu’elle demande. La sociologie n’est pas là pour ça ! ». Bâtir un raisonnement sociologique sur des mots-valise comme le désir, l’amour ou l’engagement, c’est vouloir faire entrer l’organisation sociale dans l’indétermination absolue.

Que ce soit le discours de François de Singly ou de Martine Gross, démonstration est faite (nous semble-t-il) qu’il ne s’agit pas de sociologie, mais d’idéologie. Il est fascinant de voir de quelle acrobatie mentale est capable l’esprit humain pour nous faire croire vrai ce qu’il pose subjectivement comme juste. A force de récuser la nature, on en vient à dire n’importe quoi du moment que cela va dans le sens de la pensée à la mode. Sur ce blog, nous sommes à la fois respectueux de la nature (écologue) et conscient de la prégnance de la culture (sociologue). Nous savons qu’il y a des lois de la nature que le comportement humain peut transgresser, ainsi quand il interrompt les cycles naturels comme celui du carbone par exemple. Mais s’il agit ainsi, il y a perturbation d’un équilibre dynamique et les conséquences peuvent être dramatique : réchauffement climatique de plusieurs degrés en moyenne. C’est pour cela que nous admettons qu’il y a des limites à la liberté humaine, celles qui résultent d’un ordre naturel. Le mariage pour tous a des effets globaux sans aucune mesure avec la modification du climat terrestre, mais il porte en lui les mêmes causes : au nom de l’égalité et de la liberté, on se donne le droit de faire n’importe quoi. Il est donc symboliquement important d’en parler. La formation d’un couple hétérosexuel respecte une loi de la nature qui indique que, pour faire l’amour et un enfant, il faut deux sexes différents. L’institution du mariage ne faisait que formaliser socialement cette obligation de dualisme, même si le problème des enfants adultérins montrait que les pratiques humaines ne sont pas toujours conforme à la réalité juridique. L’institution du mariage n’empêche personne de faire l’amour et des enfants en dehors de ce cadre légal. Mais le mariage instaurait des limites que refuse la volonté d’un mariage gay&lesbien.

Aujourd’hui, en France et en Europe, la légalisation du mariage entre personnes de sexe identique introduit une grave rupture entre fonction naturelle, à la fois sexuelle et reproductive, et institutionnalisation culturelle par le mariage. Pour seule défense de cette rupture, on fait semblant de croire qu’il y a affrontement entre les partisans de la « nature » et ceux qui privilégient la « culture » : d’un côté les religieux et les homophobes, de l’autre le respect de l’Amour et du Désir d’enfant. Alors que dans la réalité, nature et culture sont inextricablement liés, cette sociologie maniériste dénoue artificiellement notre appartenance au réel. Or l’homme n’est pas le Créateur, il n’est qu’un passager en transit sur une toute petite planète.

* LE MONDE du 01.02.13, Faisons cohabiter les deux modèles de famille au nom du respect de l’enfant

** lemonde.fr, Fonder la filiation sur l’engagement parental plutôt que sur la nature

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13 réflexions sur “Que peut dire la sociologie du mariage des homosexuels ?”

  1. Tout ce cirque appartient à la même logique de refus de la Nature et de ses lois qui a engendrer le civilisationisme.

    La guerre de l’agriculture contre la nature.
    La négation et refus catégorique des rôles biologiques naturelles des hommes et des femmes et de leurs implications par les idéologues féministes.
    Antagonisation des sexes alors que normalement il devrait coopérer en complémentarité pour la survie de l’espèce.
    Refus de reconnaitre que l’hétérosexualité est la norme prévue par l’ordre naturelle des choses.
    Vision de l’être humain comme externe à la nature. Et son corolaire dispenser de ses lois.
    Etc.

    Ce n’est qu’un symptome de plus de la démence de cette culture…
    Qu’elles/ils le veuille ou non toute ces ‘merveilleuses’ «inovations culturelles» ne passe pas le seul test qui compte vraiment: celui de la sélection naturelle.

    Le modérateur du blog à « JeMoiMoi »
    Vous êtes intervenus à 5 reprises sous des pseudos différents.
    Vos propos sont intéressants, mais pour plus de transparence,
    nous vous prions de garder le même pseudo
    et de signaler une adresse électronique fiable… merci.

  2. « Et comment une fillette peut-elle comprendre que deux hommes qui ne veulent pas avoir de femmes puissent avoir désiré une fille  »

    Tres bien dans les couples (il y en a plusieurs) que je connais qui sont dans cette situation. Le point de vue de Berger confond le desir et l’amour d’un couple et le desir et l’amour d’une famille. C »est inquietant il vehicule ainsi le vieux cliche homosexuel = pedophile. Je me demande maintenant si ca n’est pas volontaire de la part des opposant homophobes au mariage homosexuel..

    On pourrait comme toujours inverser cet argument a deux sous en disant: comment une fillette pourrait croire que sa mere, qui « veut » un homme comme Berger l’ecrit sans aucune elegance, puisse avoir desire une fille.

    Ca serait aussi idiot, non? Mais la logique et l’empathie pour les humains ne sont pas le fort des homophobes, verts ou religieux ou les deux, et vous, Biosphere, auriez du reflechir a deux fois avant de republier ce texte idiot. Idiot et effrayant, car desirant depeindre l’homoparente comme pathologique, ce qui ne semble pas vous gener plus que ca.

  3. L’homoparentalité est porteuse d’un risque affectif
    De l’amour, un enfant peut en recevoir d’un couple homoparental qui l’élève, mais voici les risques qui menacent son développement. Tout d’abord, un enfant a besoin de pouvoir s’identifier aux composantes masculines et féminines de ses parents. L’enfant a besoin de cette asymétrie parentale et c’est un leurre de dire qu’il va pouvoir s’identifier à la dimension masculine ou féminine à l’occasion de contacts avec des amis adultes d’un sexe différent de celui de ses parents. Ensuite tout enfant qui bute sur le mystère de la conception ressent une excitation perturbante face à cette énigme : comment fait-on les enfants ? C’est une mystification d’affirmer que l’explication donnée à l’enfant sur les processus techniques à l’origine de sa conception va gommer magiquement les questions qui se posent sur l’impossibilité structurelle de sa conception par le couple homoparental. Et comment une fillette peut-elle comprendre que deux hommes qui ne veulent pas avoir de femmes puissent avoir désiré une fille ? Enfin on sait que la construction de la filiation par des enfants adoptés est un processus complexe qui échoue dans un nombre non négligeable de cas. Rajouter à cela la difficulté de comprendre une filiation homoparentale, c’est les condamner à une double peine.
    Maurice Berger, Chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint Etienne
    (résumé du point de vue, LE MONDE du 8 février 2013)

  4. Chere biosphere, Nous ne sommes plus au Lycee ou une question peut-etre evacuee par un « hors sujet ».

    C’est parfaitement dans le sujet, puisque je mets en doute la validite des arguments que vous soutenez en opposition au mariage homosexuel, c’est a dire (je vous copie): « la légalisation du mariage entre personnes de sexe identique introduit une grave rupture entre fonction naturelle, à la fois sexuelle et reproductive, »

    Ce meme argument peut tout a fait etre invoque au sujet du mariage heterosexuel et du controle des naissances: la « rupture de la fonction naturelle » que representent l’avortement et la contraception invaliderait, selon votre logique, le mariage heterosexuel, et vous devriez en toue logique militer pour la disparition de ces « techniques ».

    1. Cher Coq au vin,
      Pour connaître notre positionnement sur l’avortement et la contraception, lire notre rubrique démographie :
      http://biosphere.blog.lemonde.fr/category/demographie/
      Pour connaître notre positionnement sur les techniques, lire notre rubrique :
      http://biosphere.blog.lemonde.fr/category/sciences-et-techniques/
      Pour votre interrogation sur technique/avortement/contraception vous trouverez :
      http://biosphere.blog.lemonde.fr/2010/01/12/la-fin-de-notre-monde/
      Bonnes lectures… sachant que toute société détermine ses propres critères…
      et que la réalité qui en résulte n’est jamais blanche ou noire,
      plutôt gris (sale).

  5. Les « lois de la nature » dans la physiologie de la reproduction sont certainement contrariees par l’avortement et la contraception: la « nature » n’a pas cree l’IVG ni la pillule.. Est ce que Biosphere condamenra l’IVG et la pillule ou les preservatifs au nom de ces « technologies a interdires » qui infeodent l’humain a ses desirs? Biosphere ralera-t-ill (elle) sur l’heterosexualite qui genere ce controle si « non-naturel » de la fecondite?

  6. Les « lois de la nature » dans la physiologie de la reproduction sont certainement contrariees par l’avortement et la contraception: la « nature » n’a pas cree l’IVG ni la pillule.. Est ce que Biosphere condamenra l’IVG et la pillule ou les preservatifs au nom de ces « technologies a interdires » qui infeodent l’humain a ses desirs? Biosphere ralera-t-ill (elle) sur l’heterosexualite qui genere ce controle si « non-naturel » de la fecondite?

    1. Coq au vin, prière de rester dans le sujet qui est ainsi posé :
      « Que peut dire la sociologie du mariage des homosexuels ? »
      Ne pas diluer la réflexion permet approfondir nos connaissances.
      Merci de votre attention.

  7. « Or l’homme n’est pas le Créateur ».

    Pour ce qui nous intéresse ici, il n’y a pas de « Créateur ». Le mariage n’est pas un sacrement divin mais une institution sociale qui trouve une bonne part de son origine dans la problématique de la transmission de la propriété privée et non pas de formaliser une quelconque « obligation (??) de dualisme ».
    Les sociologues incriminées sont peut-être des idéologues avant tout mais l’auteur des lignes que je commente ici l’est tout autant. Par exemple ceci :
    « une loi de la nature qui indique que, pour faire l’amour et un enfant, il faut deux sexes différents ».
    Pour faire l’amour, il faut juste s’aimer et nombre de femmes pourraient témoigner que même dans le cadre « naturel » du mariage il n’y a guère d’amour, mais plutôt quelque chose qui n’est que de l’ordre du « devoir conjugal ».
    Et pour faire un enfant, il faut juste qu’il y ait fécondation d’un ovule par un spermatozoïde et que l’oeuf fécondé puisse se développer dans une matrice adaptée. Combien d’enfants issus d’une vulgaire (et naturelle) copulation un point c’est tout ?
    Je récapitule : Il y a un « Créateur » qui a édicté que pour s’aimer il faut être de deux sexes différents. Religieux et homophobe, dites vous ? Oui c’est cela.

    1. Bonjour Philipullus
      Nous saluons ton retour sur notre site et tes critiques sont toujours les bienvenues. Nous portons à ta réflexion cette phrase de Gandhi :
      « Presque toujours, l’auteur d’un texte ne présente qu’un seul aspect de la question, alors que n’importe quelle question peut être examinée de sept points de vue au moins, tous exacts en soi, mais non dans le même temps ni dans les mêmes circonstances. Le lecteur devra donc se garder de prendre un texte pour parole sacrée… »

  8. « Or l’homme n’est pas le Créateur ».

    Pour ce qui nous intéresse ici, il n’y a pas de « Créateur ». Le mariage n’est pas un sacrement divin mais une institution sociale qui trouve une bonne part de son origine dans la problématique de la transmission de la propriété privée et non pas de formaliser une quelconque « obligation (??) de dualisme ».
    Les sociologues incriminées sont peut-être des idéologues avant tout mais l’auteur des lignes que je commente ici l’est tout autant. Par exemple ceci :
    « une loi de la nature qui indique que, pour faire l’amour et un enfant, il faut deux sexes différents ».
    Pour faire l’amour, il faut juste s’aimer et nombre de femmes pourraient témoigner que même dans le cadre « naturel » du mariage il n’y a guère d’amour, mais plutôt quelque chose qui n’est que de l’ordre du « devoir conjugal ».
    Et pour faire un enfant, il faut juste qu’il y ait fécondation d’un ovule par un spermatozoïde et que l’oeuf fécondé puisse se développer dans une matrice adaptée. Combien d’enfants issus d’une vulgaire (et naturelle) copulation un point c’est tout ?
    Je récapitule : Il y a un « Créateur » qui a édicté que pour s’aimer il faut être de deux sexes différents. Religieux et homophobe, dites vous ? Oui c’est cela.

    1. Bonjour Philipullus
      Nous saluons ton retour sur notre site et tes critiques sont toujours les bienvenues. Nous portons à ta réflexion cette phrase de Gandhi :
      « Presque toujours, l’auteur d’un texte ne présente qu’un seul aspect de la question, alors que n’importe quelle question peut être examinée de sept points de vue au moins, tous exacts en soi, mais non dans le même temps ni dans les mêmes circonstances. Le lecteur devra donc se garder de prendre un texte pour parole sacrée… »

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