Que retenir des JO 2016 au Brésil : la fin de records

Dans un « Manifeste pour un athlétisme propre », la fédération britannique (UKA) a proposé de supprimer les records du monde. « La confiance dans ce sport est à son plus bas niveau depuis des décennies, estime le patron de la fédération. Le moment est venu pour des réformes radicales si nous voulons ramener la confiance. »* Voici une proposition qui mériterait d’être appliquée à tous les sports. La recherche du record à tout prix est une plaie. Combien de médaillés à Rio pourront-ils encore se targuer de leur breloque dans dix ans ? La question se pose avec acuité, en ces temps où les affaires de dopage rythment l’actualité sportive. Deux semaines avant le début des JO, le Comité international olympique (CIO) a porté à 98 le nombre de sportifs pris a posteriori par la veille antidopage lors des deux dernières éditions olympiques (Pékin 2008 et Londres 2012). Série en cours puisqu’une troisième et quatrième salves de résultats devraient être annoncées prochainement. Il faudra donc attendre 2026 et l’approfondissement des analyses antidopage pour connaître les « vrais » podiums des JO au Brésil. La médaille olympique est devenue un bien périssable au fil des avancées scientifiques qui permettent de déceler a posteriori des substances ou des méthodes de dopage indétectables au moment des compétitions. Le code mondial antidopage autorise désormais à conserver les échantillons (urinaires et sanguins) dix ans après une épreuve. Les records du monde antérieurs restent eux aussi suspects ; dans les années 1980 et 1990 il n’y avait pas la même réglementation contre le dopage, pas autant de contrôles…

Le sport-spectacle s’accompagne du dopage, les JO ne font pas exception à la règle. Normal ! Quand on demande à un individu de dépasser ses limites, la tentation est grande de se faire aider. Le sportif est dénaturé par obligation. Des drogués surentraînés courent pour des pays aux moyens financiers disproportionnés. Certains programmes d’entraînement sont en effet plus coûteux et plus efficaces que d’autres (sans parler du dopage d’Etat, voir la Russie de Poutine). Tout cela pour le plus grand plaisir de politiques qui courent après la société du spectacle et devraient se faire huer au stade Maracana et ailleurs. Les gens normaux se fichent complètement des JO, ils veulent l’éducation, la santé et des emplois en phase avec l’équilibre environnemental. La compétition sportive ne peut pas faire partie d’un agenda écologique en ce qu’elle cultive le goût du spectacle (seulement associé à un chauvinisme nationaliste), la performance (« se dépasser » alors qu’il faudrait seulement chercher les moyens de son épanouissement), la réussite d’un pays (qui ne se mesure pas aux nombres de médailles).

Conclusion : Marre des Jeux Olympiques. Notre Biosphère a besoin d’austérité, les JO nous grisent de paillettes. L’écologie politique devrait promouvoir la fin des JO. Il n’y aurait plus de records, il n’y aurait plus ces podiums avec hymne national, il n’y aurait plus ces gloires déchues et ces corps brisés. Comment est-il possible que nous accordions tant d’importance à des épiphénomènes tels que celui de savoir qui est l’homme le plus rapide de la planète sur 100 mètres, quelle est la femme qui nage le plus vite la brasse papillon ou quel est le pays qui aura le plus grand nombre de médailles ? La marche à son rythme est le meilleur des sports. Si le contact de tous avec la nature était donné de surcroît, ce serait le paradis sans limites.

* LE MONDE du 7-8 août 2016, Médailles éphémères

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2 réflexions sur “Que retenir des JO 2016 au Brésil : la fin de records”

  1. Les Jeux Olympiques sont en effet un concentré de ce qu’il ne faut pas faire:
    – Course aux records avec forte incitation au dopage, résultats provisoires et peu crédibles bien souvent
    – Nationalisme le plus désagréable avec les différents pays qui comptent leurs médailles. C’est idiot sur le fond et en plus certains sports sont super avantagés parce qu’ils alignent bien plus de compétitions que les autres, comme la natation où les distances et les façons de nager se multiplient à l’infini.
    – Démesure de l’organisation qui vient contredire le pourtant si nécessaire (mais largement oublié) « Small is beautiful » qui inspira les débuts de l’écologie politique.
    – Caractère mondial qui incite à une débauche de transports et à toute la consommation et la pollution qui l’accompagne.
    Bref une organisation qu’il faudrait revoir pour revenir à quelque chose de beaucoup plus modeste. Par contre les Jeux Olympiques constituent un excellent résumé de notre société démesurée et sourde à toutes les menaces qui l’entourent, ils peuvent servir de mauvais exemple, ce petit côté pédagogique est leur seul attrait.

  2. Les Jeux Olympiques sont en effet un concentré de ce qu’il ne faut pas faire:
    – Course aux records avec forte incitation au dopage, résultats provisoires et peu crédibles bien souvent
    – Nationalisme le plus désagréable avec les différents pays qui comptent leurs médailles. C’est idiot sur le fond et en plus certains sports sont super avantagés parce qu’ils alignent bien plus de compétitions que les autres, comme la natation où les distances et les façons de nager se multiplient à l’infini.
    – Démesure de l’organisation qui vient contredire le pourtant si nécessaire (mais largement oublié) « Small is beautiful » qui inspira les débuts de l’écologie politique.
    – Caractère mondial qui incite à une débauche de transports et à toute la consommation et la pollution qui l’accompagne.
    Bref une organisation qu’il faudrait revoir pour revenir à quelque chose de beaucoup plus modeste. Par contre les Jeux Olympiques constituent un excellent résumé de notre société démesurée et sourde à toutes les menaces qui l’entourent, ils peuvent servir de mauvais exemple, ce petit côté pédagogique est leur seul attrait.

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