Quelle démocratie en période d’urgence écologique ?

Introduction

La démocratie est le plus mauvais des systèmes… à l’exception de tous les autres. On ne trouve pas mieux, mais il y a des failles. Par exemple la formule du Rassemblement National aux Européennes, « Donnons le pouvoir au peuple », est pernicieuse. En apparence il s’agit de démocratie, « le pouvoir au peuple, par le peuple et pour le peuple », mais comme il s’agit de démocratie représentative cela veut dire en fait : « Donnez-nous le pouvoir et nous en ferons ce que nous voudrons puisque nous serons le peuple ». Je vais décrire les cinq caractéristiques de la démocratie pour montrer point par point que l’urgence écologique n’est pas compatible avec ces système. Dans une deuxième partie, je montrerais qu’il y a des alternatives à la conception actuelle de la démocratie qui favorisent la prise en compte des nécessités écologiques.

1) L’opposition Démocratie / Écologie en 5 caractéristiques

11) La démocratie est un lieu vide, sans références stables, puisqu’il s’agit de délibérer en groupe pour arriver à prendre une décision qui peut aller dans un sens ou en sens contraire selon les circonstances. Mais c’est mieux que l’autre procédure décisionnelle qui repose uniquement sur des arguments d’autorité formulés par une religion ou un leader plus ou moins charismatique (pharaon, roi, dictateur, etc.). Cependant l’écologie apporte une nouvelle dimension en remplissant ce lieu vide des découvertes de l’écologie scientifique. Les écologues décrivent des réalités biophysiques et leur effondrement probable (pic de tout, réchauffement climatique, stress hydrique, chute de la biodiversité, etc.). Tout le monde devrait savoir que le pétrole est une ressource non renouvelable et qu’il faudrait apprendre à s’en passer, par exemple en instituant une taxe carbone. Pas la peine d’en discuter davantage, seul le montant de la taxe et la destination des recettes est en débat.

12) Le lieu démocratique se remplit des désirs de ses membres. Or il y a dans notre société de consommation hédonisme des citoyens, recherche du toujours plus, pression du confort sur nos comportements. Comme disent les Américains, notre niveau de vie n’est pas négociable. En France on soutient toujours le pouvoir d’achat… Or dans un contexte écologique de raréfaction des ressources et de pollutions multiples, il faudrait au contraire une décroissance économique, la chute programmée du pouvoir d’achat, la sobriété partagée : le dire, c’est ne pas se faire élire, et c’est pourtant là un discours de réalité.

13) Le fonctionnement démocratique actuel se caractérise par une survalorisation du court terme. Dès une élection passée, un politique pense déjà à sa réélection. L’électeur pense de son côté à ses intérêts immédiats. Une politique écologique, c’est au contraire la gestion du long terme, il faut agir contre le réchauffement climatique, préserver le cycle du phosphore, penser énergies renouvelables et sobriété énergétique, etc.

14) Le nationalisme symbolise le fait que la démocratie repose sur une restriction dans l’espace. On en oublie que « son » député n’est pas représentatif d’une circonscription (c’est juste une modalité de vote), mais parle au nom de la nation. Or il y a mondialisation des problèmes et si les conférences internationales (COP 25 au Chili en novembre 2019) échouent, c’est parce que les intérêts nationaux l’emportent sur les exigences de sauvegarde de la planète.

15) Enfin, dans une situation de démocratie de masse, les procédures de prise de décision sont simplificatrices, sinon il y aurait blocage. Il n’y a pas démocratie directe mais représentative, il n’y a pas recherche du consensus mais poids de la majorité contre les minorités. Comment dans ce cadre envisager la complexité des interdépendances du vivant ? On voit la difficulté de passer de la connaissance scientifique du GIEC (groupe des experts en climatologie) à une décision politique de diminution drastique des gaz à effet de serre.

Nos difficultés socio-économiques augmentent et les populismes se généralisent au niveau européen et international. On arrive même à mettre en place des sortes de dictature qui pratiquent la voie du simplisme et la recherche de boucs émissaires (les immigrés, l’Europe, les ennemis extérieurs ou intérieurs…). On connaît les moyens de s’en sortir, mais il y a lenteur du changement alors qu’il y a parfois irréversibilité des tendances, par exemple sur le climat.

2) Recherche d’alternatives : procédures démocratique en situation de crise écologique

21) procédures politiques possibles

Conférence de consensus sur des problèmes difficiles à concevoir (Faut-il une taxe carbone ? Faut-il sortir du nucléaire ?)

Chambre du futur => amélioration du CESE (Conseil économique, social et environnemental) ou remplacement du Sénat.

– Arbitrages favorables d’un 1er ministre écolo sous la houlette… d’un président écolo !

– Libre-arbitre d’un élu… s’il est écolo compétent : cf l’article 27 de la Constitution («  Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du parlement est personnel »)

En clair, nous n’aurons un gouvernement écolo que si les différents décideurs en politique sont profondément écologistes. Cela implique la généralisation de la prise de conscience de l’urgence écologique puisque le fonctionnement politique et économique reflète l’état d’esprit de la population. Trump ou Bolsonaro tiennent leur pouvoir du peuple, les multinationales produisent ce que nous consommons !

22) formation d’un peuple écolo, une nécessité

– Il devrait y avoir intériorisation par chacun, élus ou non, de l’importance des acteurs absents, ceux qui ne participent pas à nos délibérations actuelles mais qui sont impactés par nos décisions présentes : les non humains (la biodiversité, une vision dans l’espace élargi ) et les générations futures (le souci du long terme), sinon une chambre du futur ne servirait à rien et l’arbitrage ministériel continuerait d’être défaillant. L’écologie est au-delà de la gauche et de la droite, nous avons tous pour tâche de nous occuper de l’équilibre durable de notre maison, la planète..

– Cela repose sur un engagement collectif dans un processus de formation centré sur l’urgence écologique, loin de l’intox des fakenews. Une modification de notre système scolaire et médiatique est indispensable. Nous devons oublier le croissancisme, nous devons changer de comportements, privilégier la sobriété partagée (simplicité volontaire et lutte contre les inégalités).

Conclusion

– Notre implication personnelle est nécessaire, que ce soit action individuelle, associative ou politique. Prendre un café est déjà un acte politique, il faut réfléchir à ce que cela entraîne, culture d’exportation, transports, énergie pour chauffer l’eau, problématique de l’eau, etc. Un écolo peut-il boire du café ? L’accélération de la prise de conscience peut suivre le mécanisme culpabilisation => culpabilité => simplicité volontaire (cf. dénonciation de ceux qui prennent l’avion en Suède)

– Les marches des jeunes pour le climat sont une lueur d’espoir, la grève scolaire initiée par Greta Thunberg peut être un événement déclencheur d’un mouvement international.

L’impératif écologique implique d’en finir avec l’anthropocentrisme dominant. Le XXIe siècle pourrait connaître l’émergence d’une nouvelle spiritualité qu’on peut symboliser par la notion de « Terre mère ».

Michel Sourrouille (Université populaire du Sud-Charente, conférence-débat du 9 mai 2019 à Nonac)

1 réflexion sur “Quelle démocratie en période d’urgence écologique ?”

  1. Que dire d’autre, si ce n’est bravo à Michel Sourrouille pour cet exposé ?
    Oui mais voilà, Michel Sourrouille n’est pas président de la république, ce serait trop beau. Autrement dit, ce discours que je partage n’est pas prêt de séduire les foules. Autrement dit le peuple (?), les électeurs, autrement dit les « citoyens », la populace, les cons-ommateurs.
    Il y a urgence, ça c’est sûr ! Et tout le monde le sait. Que beaucoup ne veuillent pas le croire est un autre problème. Et ce n’est pas ça qui manque, les problèmes !
    Certains de ceux qui aujourd’hui nous « gouvernent » sont capables de le dire ouvertement (« La maison brûle [etc.] » nous avait dit Chichi)… ils peuvent même nous mettre une taxe carbone, interdire le diesel et autres trucs du genre (comme pour le glyphosate) … ils sont même capables de nous appeler ça « état d’urgence écologique ». Seulement ils ne renonceront jamais à cette satanée religion croissanciste et « progressiste » (le sacro-saint Progrès qui progresse, les innovations qui innovent, pour des siècles et des siècles, amen). Et bien sûr nous n’avons rien à espérer des Trump, Bolsonaro ou autres européens du genre, et pas plus du côté de l’Empire du Milieu.
    Conclusion … on verra bien.

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