Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

Le mot fourre-tout « transition écologique » remplace l’imbécillité de l’expression « croissance verte » qui se substituait à l’oxymore « développement durable ». Sur ce blog, nous avons fait déjà une synthèse des éléments pertinents pour un programme écologique. Voici ce que pensent d’une « transition adaptée » certains décroissants aujourd’hui. En résumé :

Serge Latouche : Proposer une transition concrète est un défi omniprésent adressées au mouvement de la décroissance. Ce n’est pas un projet économique mais un projet sociétal complexe. Il importe de favoriser ou de retrouver la diversité et le pluralisme des cultures, il n’y a pas de modèle clef en main. L’objectif d’abondance frugale passe par l’auto-limitation et le partage. La rupture d’avec la société de croissance peut prendre la forme d’un cercle vertueux de la sobriété en 8 « R » : Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Redistribuer, Relocaliser, Réduire, Réutiliser, Recycler. Il faut retrouver une empreinte écologique soutenable, intégrer les coûts environnementaux dans le prix de transports, relocaliser les activités, restaurer l’agriculture paysanne, impulser l’émergence de biens relationnels, réinventer les communaux, pénaliser fortement les dépenses de publicité, décréter un moratoire sur l’innovation technologique, se réapproprier la monnaie… Les initiatives à la base sont plus faciles à mettre en œuvre dans un premier temps pour recréer du tissu social : AMAP, Villes en transition, monnaies locales, néo-artisanat… malgré tout il faut rester lucide, la disproportion des forces est colossale : le véritable pouvoir mondial est détenu par un consortium opaque de firmes transnationales. En outre la colonisation de l’imaginaire est globale, l’idéologie de la croissance bien implanté dans les têtes.*

Julien Milaseni : Dans le livre « résister aux grands projets inutiles et imposés », nous développons l’idée que les luttes de territoire autour de ces projets sont de puissants vecteurs de politisation de questions comme celle de la croissance. En partant de l’expérience concrète de la destruction de leur cadre de vie, les personnes qui s’opposent à ces projets passent en effet en quelques années de la défense de leur intérêt propre (le syndrome NIMBY) à la défense d’une autre vision de l’intérêt général. En créant du conflit, ces luttes permettent de politiser les enjeux qui sont régulièrement dépolitisés par l’idéal de consensus (dont la COP21 est un exemple) ou le recours à la technique (la voiture électrique comme solution au changement climatique).**

Jean-Baptise Vidalou : Si la décroissance a un sens, il n’est pas seulement politique, mais aussi existentiel. Alors que la pensée aménagiste multiplie les interfaces techniques qui nous séparent du monde – comme des infrastructures de transport qui nous empêchent d’avoir un contact avec le réel -, une écologie sensible insiste sur la présence particulière au monde. Ce n’est pas du tout le même vécu de faire un trajet Paris-Brest en avion ou en TGV que de le faire à vélo, à pied ou à cheval.**

* La grande transition, in mensuel La Décroissance (septembre 2018, page 3-4)

** La décroissance est-elle contre l’intérêt général, in mensuel La Décroissance (septembre 2018, page 14-15)

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1 réflexion sur “Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?”

  1. N’oublions pas non plus la fameuse « économie circulaire » . Voilà encore un excellent concept pour tourner en rond, du moins quelque temps.
    Evidemment je ne parle pas des « 8 R » dont parle Latouche, mais de cette dite « économie circulaire » qui tend aujourd’hui à se substituer à ce ridicule « Développement Durable » qui a atteint ses limites. Il faut bien voir que le Système a cette formidable capacité à recycler à sa sauce toutes les idées de ceux qui osent lui résister.
    La transition n’est que le stade entre deux états, celle-ci se concrétisera par l’effondrement et le chaos. Et au bout d’un certain temps … une certaine stabilité reviendra. Jusqu’à la prochaine.

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