Savoir dire non au politiquement correct

Nous sommes victimes de ce qu’on appelle l’interaction spéculaire, comme par l’intermédiaire d’un miroir nous devenons ce que notre groupe d’appartenance attend de nous et tout le monde veut faire de même dans le groupe. Nous accédons souvent à une information inadéquate pour bien juger ce ce qui devrait être en raison de notre statut apparent ou de nos fréquentations, que ce soit dans la vraie vie ou sur Internet. Contre cette dépendance, l’esprit critique n’a jamais été enseigné à l’école. Il faut apprendre à se méfier de ses propres intuitions sur ce qu’il est normal de penser ou de vivre car notre raisonnement peut s’égarer de bien des façons. On enseigne à l’école des fragments de savoir, lire-écrire-compter ne fait pas des esprits éclairés. Les études en lycée ne disent pas assez que l’on doit apprendre à réfléchir, à critiquer, à opposer les différents points de vue, à se construire une opinion personnelle. On le faisait parfois en sciences économiques et sociales, mais la réforme des programmes appliquée en septembre 2019 pour les premières renonce assez largement à cette approche, remplacée par l’apprentissage d’un catéchisme économique. A l’université, la fragmentation entre les disciplines est tellement prégnante qu’elle forme des spécialistes, l’esprit critique est en berne. Ne parlons pas des Grandes écoles où le conformisme est de mise. Nous sommes soumis à un mécanisme de servitude volontaire. Approfondissement :

La soumission s’imprime dès l’enfance, c’est un passage obligé de notre élaboration cérébrale. Avec la socialisation primaire, la conformité sociale est acquise dans les premiers âges. On se soumet aux contraintes du milieu familial, l’enrobage affectif facilitant la reproduction des schèmes ancestraux. Ensuite l’école, attachant les élèves à leurs chaises pendant des années et des années, fait passer l’idée que réciter la vulgate enseignée par des professeurs est gage du succès dans la vie. Plus tard, le cursus dans une entreprise ou une administration apprendra le code spécifique à sa structure d’appartenance professionnelle. Tout passe par des filtres cognitifs, notre cerveau ne laisse passer que les informations qui nous confortent dans une vision du monde partagée par notre entourage. Nous sommes victimes d’un processus de conservatisme social auquel nous nous soumettons sans même y penser. Le problème, c’est que notre comportement ainsi conditionné, s’il se révèle inadapté aux circonstances nouvelles, nous fait accepter une situation anormale. L’esclavage a été légitimité et accepté pendant des millénaires, de même l’infériorité imposée à la femme ou à d’autres « races ». Il n’y a que quelques personnes, rares, qui dès l’origine ont voulu combattre l’esclavage, la phallocratie, le racisme. Elles ont été marginalisées jusqu’à ce que l’évidence d’une autre conception s’impose socialement. Il faut pour cela un bouleversement interne ou un choc extérieur. La fin de l’esclavage n’a pas tellement découlé de l’action des abolitionnistes, mais de l’arrivée des esclaves énergétiques qui ont rendu la main d’œuvre servile moins attrayante. La fin du primat des hommes ne s’est pas opérée simplement par l’action des suffragettes et des féministes, mais par la découverte que le cerveau féminin avait des potentialités identiques au cerveau masculin, donnant droit à l’égalité des sexes. La condamnation du racisme a découlé des avancées de l’ethnologie, montrant qu’il n’y avait pas des « civilisations » supérieures ou inférieures, mais des organisations sociales différentes. La découverte de la structure génétique identique d’un bout à l’autre de la planète a rendu perceptible l’unicité de l’espèce humaine. Nous ne pouvons évoluer que si on peut nous (dé)montrer que nous pouvons penser autrement.

Aujourd’hui dans les démocraties occidentales, la fin de l’esclavage, l’égalité des sexes ou la diversité culturelle apparaissent comme des évidences. Mais les nouvelles thématiques à la mode, croissance économique et progrès technique, sont devenues les pensées incontournables du monde contemporain : une croyance sociale bien implantée. Le même processus de soumission volontaire est à l’œuvre. Quand la crise financière des subprimes a eu lieu en 2008, ce fut à la surprise générale, sauf pour de rares experts non-conformistes. Le sens commun avait accepté qu’on puisse vivre indéfiniment à crédit dans une société de croissance. L’alignement collectif était devenu une abdication partagée. En effet, la capacité d’un raisonnement personnel devient négligeable quand on se retrouve dans un milieu partisan, où la pression sociale tend à l’homogénéisation des comportements. Il y a donc interaction spéculaire, les autres sont le miroir dans lequel nous retrouvons notre propre attitude. La capacité d’avoir une action éthique ou raisonnée est de 100 % quand une personne est en situation de pouvoir juger personnellement. Elle n’est que de 50 % lorsqu’on se retrouve confronté aux attitudes d’une autre personne, la conscience de soi est divisée par deux. Dans un groupe, nos possibilités de faire différemment sont négligeables.

Se renouvelle l’enjeu : comment sortir de la soumission volontaire et échapper aux diktats du temps présent ? La fin de la société de croissance n’arrivera que quand l’activisme des marché se sera fracassé sur les limites écologiques de la planète ; nous ne pourrons plus relancer artificiellement les finances par injection de monnaie. Ce sera des chocs extérieurs, les soubresauts de la biosphère, qui nous feront évoluer culturellement. A ce moment, le mécanisme de l’interaction spéculaire pourra agir pour inverser nos sentiments. Les militants de la simplicité volontaire dont tout le monde se gausse à l’heure actuelle deviendront les exemples à suivre. Il y aura un phénomène boule de neige qui fera collectivement admettre l’austérité partagée. A la société du gaspillage nécessaire à sa perpétuation succédera l’économie, au sens propre de savoir économiser : une écologie du quotidien pratiquée par des individus éclairés.

Reprise actualisée de notre texte du 1er mai 2014, Soumission/ volontaire, comment sortir de cet oxymore ?

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2 réflexions sur “Savoir dire non au politiquement correct”

  1. Les scientistes, et même la communauté scientifique dans son ensemble, se sont embourbés dans leurs mensonges dont ils ne savent plus comment sortir. En effet, ils ont manipulés les croyances pour détourner les population de la foi religieuse afin des détourner vers la foi scientiste, notamment en entretenant la foi aux voyages interstellaires, comme nouvelles perspectives de croissance dans l’avenir, du coup la majeure partie de la population se dit que ce n’est pas grave la déplétion des ressources naturelles, car nous voyagerons dans l’espace afin de nous approvisionner de nouvelles ressources. Puis quand tu tentes de remettre les pieds sur Terre aux gens, ils te répondent qu’on n’arrête pas le progrès, d’ailleurs les progrès sont de plus en plus rapides et fulgurants alors il est déjà acquis que nous voyagerons facilement dans l’espace….

    Le journal russe Sputnik, a écrit encore un article sur les recherches du corps humain pour les voyages interstellaires, à lequel j’ai répondu ceci =

    « Toutes ces expériences confirment le fait que l’humanité ne colonisera JAMAIS d’autres planètes dans l’espace et que toutes ces expériences mieux vaut les regarder comme un grand bêtisier qui nous feront rire toujours davantage. Et cette fois, regardons sérieusement les faits. nous sommes en 2019 et sur Terre il y a déjà 8 milliards d’habitants environ. POURTANT, il n’y a même pas 0,000000000001 d’entre nous qui seraient jugés aptes à devenir cosmonautes ! Et là, je ne parle même pas d’une sélection ou d’un casting pour rentrer dans une fusée et voyager dans un bain d’étoiles, mais juste à la toute première étape de la présélection pour identifier qui serait jugé apte pour se rendre dans l’espace, c’est à dire on procède tous aux tests afin de savoir si on serait suffisamment fort physiquement, psychiquement, moralement et intellectuellement apte pour pouvoir endurer un voyage dans l’espace et il n’y a même pas 0,000000000001 d’individus qui le pourraient ! OR, pour qu’un voyage soit possible et surtout qu’une colonisation d’une planète soit réellement possible, il faudrait tout de même à ce que ces voyages puissent être possible pour une frange de la population messieurs et mesdames tout le monde, afin de réunir divers talents sur une éventuelle planète : des médecins, des architectes, des agriculteurs, etc bref un peu de tous les métiers, ce qui doit représenter au moins 150.000 personnes ! Alors soyons sérieux ! Plus je vois ces expériences qui s’enchaînent pour défier les obstacles aux voyages interstellaires et plus on se rend compte qu’il est déjà très certain à ce que 99,999999999 % d’entre nous et même nos descendants soient condamnés à vivre sur Terre ! En l’occurrence, je ne vois pas d’autre choix plus judicieux que de préserver notre planète le mieux possible. FRANCHEMENT, et ça me fait marrer parce qu’avec tous ces bêtisiers ils voudraient nous enthousiasmer à voyager dans l’espace, MAIS, comment donner envie alors que l’on n’a même pas le droit de toucher une fusée avec un petit poil de son p’tit doigt, on n’a même pas le droit d’approcher une fusée à moins de 500 mètres (et je pense que c’est beaucoup plus que ça). C’est un peu comme si, on voulait vous enthousiasmer à utiliser une voiture, hormis que les magasins de voitures n’existeraient pas, et que vous n’aurez jamais vu une voiture de près dans votre vie, un monde avec 0 voiture autour de vous, vous n’auriez jamais monté à l’intérieur d’une voiture, et le seul moment que vous en voyez une c’est à la télé, bref plein de publicités pour voyager en voiture mais il n’y en aurait aucune dans votre vie. Ben, c’est ça avec les voyages spatiaux, ça n’existe qu’à la télé, avec des héros médiatiques créés pour vous en parler mais vous n’en vivez jamais la réalité. Alors à partir de là, je trouve les voyages interstellaires comme absolumment grotesques ! Evidemment, les voitures font parties de votre vie au quotidien, pas les fusées ou autres engins sensés voyager dans l’espace, car tout simplement parce que c’est impossible, mais que ce mythe est juste un outil scientiste pour vous dévier de votre foi religieuse. »

  2. Bravo, excellent texte. Hélas, je pense qu’il aura autant d’effet qu’un coup d’épée dans l’eau. Pas plus en tous cas que le célèbre Discours de la servitude volontaire de La Boétie, ou la toute aussi célèbre allégorie de la caverne de Platon. Plus de 4 siècles après, disons même plus de 2000 ans plus tard, de quoi ces chefs-d’œuvre de la pensée humaine nous auront-ils libéré, finalement ? Pas de la servitude en tous cas, ni de nos illusions.
    Alors, peut-être ces textes n’ont-ils pas été assez diffusés, expliqués, compris … ou alors, peut-être sommes-nous comme ce chien au cou pelé dans la fable de La Fontaine. Pour moi ça reste un mystère. Qui toutefois vaut d’être explorer.

    Copié-collé de mon commentaire du 9 juin 2019 à 08:51 : Les SES sont réduites à l’économie (libérale), l’écologie est réduite au sacro-saint Développement Durable, qui s’inscrit évidemment dans l’économie (libérale). Rien que là, la boucle est déjà bouclée.
    La philosophie est à peine abordée en classe de terminale, les disciplines littéraires et artistiques et tout ce qui rentre dans ce qu’on appelait « les humanités » sont jugées peu rentables, superflues, obsolètes, voire ringardes. Et pour enfoncer le clou, le formatage à la pensée libérale s’est déguisé en enseignement de l’esprit critique. Misère misère !
    Partant de là, comment pourrait-il en être autrement ?

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