Se moucher sans mouchoir, tel sera notre avenir

Il n’y a pas meilleure invitation à la réflexion que les questions que vous pose un jeune enfant. Sa curiosité et son sens de l’observation font merveille. Ainsi une petite fille m’a dit à brûle-pourpoint : « Mais un chat, il n’a pas de mouchoir, comment fait-il quand il a la goutte au nez ? »

Un chat laisse la nature faire et la goutte couler, ou bien il souffle dans son nez pour faire partir ce qui gêne. Alors, pourquoi un être humain, cet animal parmi d’autres, n’en ferait-il pas autant ? On s’interroge doctement sur les vertus écologiques comparées du mouchoir en papier ou du mouchoir en tissu, on étudie lequel de cet ustensile de poche a le cycle de vie le plus court et l’impact sur la planète le plus doux. Mais personne ne conseille de se boucher une narine avec un doigt (avantage de l’homme sur le chat), souffler très fort pour vider l’autre, et réciproquement : soulagement garanti de la façon la plus naturelle qui soit. C’est la même démarche que Diogène avait initiée il y a bien lontemps. Ayant vu un jour une souris qui courait sans se soucier de trouver un gîte, sans crainte de l’obscurité, il la prit pour modèle. Cet écologiste avant la lettre pratiquait la vie la plus simple qui soit, marchant pieds nus en toute saison, dormant sous les portiques des temples et ayant pour demeure habituelle un tonneau. Le principe de sa philosophie ? Vivre simplement et sainement selon la nature. Il jeta un jour son écuelle en voyant un enfant boire l’eau de la fontaine avec ses mains : « Cet enfant m’apprend que je conserve encore du superflu. »

Oui, les enfants nous apprennent des choses que la civilisation matérialiste nous a fait oublier. Sur une planète exsangue, il nous faut dorénavant aller au plus simple, limiter nos besoins. Aujourd’hui, alors que nous voulons encore dépasser toutes les limites, cette tournure d’esprit devient indispensable. Se moucher à main nue ou avec un mouchoir n’est qu’une des innombrables questions que nous devrions nous poser sur notre comportement personnel, particulièrement en cette fête des marchands qu’on appelle Noël. A chacun ensuite de trouver sa voie du moment que c’est celle de la modération.

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