Se soigner aux antibiotiques, mourir de ce mésusage

Demain, des infections banales et des blessures légères, soignées depuis des décennies, pourraient redevenir mortelles*. La résistance aux antibiotiques est devenue une réalité cruciale que révèle le premier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la question. Le phénomène de résistance aux agents antimicrobiens se développe lorsqu’un micro-organisme – qu’il s’agisse d’une bactérie, d’un virus, d’un champignon ou d’un parasite – n’est plus mis hors de combat par un médicament auquel il était jusque-là sensible. Septicémie, infections intestinales ou urinaires, blennorragie, tuberculose, infection par le VIH ou paludisme, il est de mois en moins certain de s’en sortir vivant. A force de se soigner aux antibiotiques, on reste malade ou mourant. L’OMS estime que le monde s’achemine vers une « une ère post-antibiotique ». L’évolution du vivant est en effet un mécanisme plus performant que les progrès de l’industrie chimique

                Les antibiotiques provoquent la mutation des agresseurs de l’espèce humaine tout comme les insecticides provoquent l’émergence d’insectes résistants. Comme l’écrivait Rachel Carson en 1962, « L’histoire de la vie sur Terre est l’histoire d’une interaction entre les êtres vivants et ce qui les entoure. C’est seulement dans la séquence temporelle du XXe siècle qu’une espèce – l’homme – a acquis la puissance considérable d’altérer la nature du monde. Depuis que le DDT a été homologué pour l’usage civil, les insectes, dans une splendide confirmation de la théorie darwinienne de la « survie du plus adapté », ont évolué vers des super-races immunisées. Nous avons à résoudre un problème de coexistence avec les autres créatures peuplant notre planète. Nous avons affaire à la vie, à des populations de créatures animées, qui possèdent leur individualité, leurs réactions, leur expansion et leur déclin. Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue. Ces extraordinaires possibilités de la substance vivante sont ignorées par les partisans de l’offensive chimique, qui abordent leur travail sans aucune largeur de vues, sans le respect dû aux forces puissantes avec lesquelles ils prétendent jouer. Vouloir « contrôler la nature » est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal… »

                Que disent les écologistes institutionnels (EELV) des antibiotiques ? Pas grand chose, ils n’ont pas lu Rachel Carson. Ils sont occupés à se déchirer sur le retour de Cécile Duflot à l’Assemblé nationale !

* LE MONDE du 4-5 mai 2014, La résistance aux antibiotiques devient une menace à l’échelle mondiale

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2 réflexions sur “Se soigner aux antibiotiques, mourir de ce mésusage”

  1. Bonjour
    Sans prétendre avoir de grandes connaissances, il me semble que les antibiotiques sont les dérivés de la Pénicilline, qui serait issu d’un champignon trouvé dans la nature. Je ne comprends pas très bien l’amalgame qui est fait entre l’utilisation d’une molécule, à la base issue d’un champignon; et l’utilisation des insecticides. Les antibiotiques combattent des agressions à l’intérieur du corps humain, les insecticides empoisonnent l’environnement en affectant plus ou moins toutes les espèces qui s’y trouvent. Pourquoi l’amalgame ?
    Cordialement
    Éric Mariaud

    1. Eric,
      Antibiotique et insecticide ont la même fonction, tuer le vivant. Or le vivant, par un processus darwinien, évolue et résiste à nos tentatives homicides. Il n’y a donc pas d’amalgame, le raisonnement est le même dans les deux cas.

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