Ségolène Royal supprime l’écotaxe, c’est n’importe quoi

On ne dirait pas que la prochaine conférence internationale sur le climat aura lieu à Paris en 2015. La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, vient de suspendre « sine die » le dispositif de l’écotaxe, simples prémices d’une véritable taxe carbone. Cet abandon en rase campagne est condamné aussi bien par des socialistes (l’ex-secrétaire d’Etat aux transports Frédéric Cuvillier, le président de la commission du développement durable de l’Assemblée, Jean-Paul Chanteguet) que par les écolos. Nous laissons la parole aux commentateurs sur lemonde.fr qui sont aussi consternés que la biosphère par cette décision.

Icarus : Voilà, une réforme visiblement utile, sur laquelle tout le monde (miracle !) politique était d’accord. Aujourd’hui, il est sage de la suspendre… Triste pays.

Jacques Boulan : Feu l’Ecotaxe était une mesure phare du Grenelle de l’environnement. En rendant le transport de marchandises plus coûteux, elle visait à rendre le transport ferroviaire et fluvial plus compétitif et à favoriser la production locale. L’objectif était de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette mesure a été votée par le Parlement exceptionnellement quasi unanime. Qui se rappelle qu’il s’agissait de lutter contre le dérèglement climatique ?

Jason : Un ministre ne peut pas revenir sur un texte voté. Le gouvernement n’applique donc pas les textes votés par le parlement. C’est un problème majeur et justifie une saisie du conseil constitutionnel.

PC : en disant sur RMC et BFM-TV que « cette taxe n’était ni juste, ni réaliste, ni efficace », Ségolène Royal dit exactement le contraire de la vérité. Cette taxe était juste, réaliste et efficace. Augmenter les péages autoroutier revient à faire payer les automobilistes, qui polluent peu et ne dégradent pas le réseau, et à favoriser le report des camions sur le réseau secondaire, ce qui accroîtra la pollution et entraînera des coûts d’entretien colossaux. L’écotaxe était une solution à forte valeur ajoutée écologique et innovante… trop pour la France et ce gouvernement en lambeaux !

Sarah py : Désigner coupable une profession qui n’est qu’un intermédiaire était un non sens. Imaginer une taxe d’une telle complexité était une folie dont seule est capable une bureaucratie . C’est sur la conscience de chacun qu’il faut agir , c’est notre responsabilité de chacun dans nos actes quotidiens à agir : consommer local, refuser la grande distribution, ils sont nombreux ces actes : ce ne sera pas du gasoil taxé mais du non consommé : c’est là l’essentiel !

Kickaha @ Sarah py : compter sur la vertu des citoyens pour faire avancer les états c’est faire preuve d’indigence intellectuelle….les citoyens ne sont pas vertueux par nature.. comme toujours l’État démissionne et se défausse de sa responsabilité sur les citoyens…

Le naïf : Il faut réformer, mais pas le statut des notaires, des médecins, des taxis, des fonctionnaires, des footballeurs, des salariés, des banques… Concernant les routiers qui furent des acteurs importants dans le passage de Allende à Pinochet, on peut un peu comprendre la timidité du pouvoir.

Marie Claire : J’en ai marre de la pollution, marre de mal respirer et des crises d’allergie respiratoire des enfants de ma famille, marre du pullulement du cancer dans mon entourage professionnel. J’espérais qu’une écotaxe massive dissuaderait la circulation routière. Et les lâches qui nous gouvernent nous abandonnent pour 10.000 ou 20.000 Bretons hurlants !

Emilio Aba : Une question sans mauvaise intention : Sarkozy, ou quelqu’un des siens, a-t-il déjà expliqué pourquoi cette taxe votée en 2008 n’a pas été déjà appliquée ?

source : Le Monde.fr avec AFP | 09.10.2014, « Erreur désastreuse », « incroyable gâchis »… la fin de l’écotaxe horripile les écolos

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9 réflexions sur “Ségolène Royal supprime l’écotaxe, c’est n’importe quoi”

  1. Si le local ou la partie n’a pas son autonomie, il y a fuite en avant , on se marche sur les pieds les uns les autres , on participe au mouvement des masses, de matière , de gens, d’absorption général . Le général nous tire dans un sens où le particulier n’a plus trop de choix , la boucle est bouclée . C’est un peu comme ce phénomène de tourisme , on part découvrir la planète ailleurs , mais on ignore celle sous nos pas .

  2. En effet il n’y a probablement pas de bonne solution au sens d’une solution qui passerait par une meilleure organisation. La circulation finit toujours pas se situer au maximum de ce que permet l’infrastructure. On fait une déviation, elle va jusqu’à saturation et on pense régler le problème en en faisant une seconde ou en mettant un tramway pour se trouver devant la même impasse quelques années plus tard. La seule solution serait de faire globalement décroitre notre besoin de transports (hommes et marchandises). Tout le reste n’est que provisoire et fuite en avant.
    Une autre façon de dire que le monde est de dimension finie et que toute la ruse des hommes n’y pourra rien.

  3. Le fait que les villes soient équipées de tramway n’empêche pas la circulation automobile, mais ne fait que la compliquer dans des nouveaux bouchons, les gens utilisent leur voiture autant , par nécessité . J’ai vu la carte des infrastructures que l’écotaxe était censée fiancer, cela n’est pas un élément décisif d’une baisse des émissions de CO2 et autres facteurs de réchauffement anthropique . Pour que cette baisse soit effective, il faudrait revoir nos modes de vie, alimentations et nécessités, types de relations familiales mêmes qui du fait des éclatements oblige à tous ces mouvements de personne , revoir le travail et la question des hiérarchies, des inégalités criantes et donc contraignantes, hasardeuses et ruines pour tellement de gens que s’instaure des systèmes en faillite individuelle et tout un ensemble parasite . en quelque sorte c’est l’humanité en cause , que ces pitoyables taxes ne pourront guère sauver . le prototype de cette modernité calamiteuse étant les mille vaches . et ce mouvement est sérieusement avancé, lui . à quel besoin cela répond-il ?

  4. L’écotaxe posait toutefois un problème de lourdeur, elle nécessitait des infrastructures coûteuses (en installation et en entretien ainsi qu’une importante machine administrative au point qu’on a estimé que jusqu’à plus de 25 % de son montant ne ferait que couvrir les frais de fonctionnement).
    Dans un monde où nous ne cessons à juste titre de nous plaindre de l’augmentation des prélèvements obligatoires, c’était une absurdité. Il me semblait beaucoup plus simple d’augmenter progressivement le prix du carburant des moteurs diesel. Cela encouragerait à l’économie, cela n’entrainerait aucun frais supplémentaire pour l’état tout en augmentant ses ressources, et à montant égal reçu par l’Etat, on pourrait prélever moins.
    Cela aurait aussi un autre avantage, participer à la « dé-diésélisation » du parc automobile français. Cette exception française est une aberration qui coûte cher à l’environnement et à l’économie (nous sommes en déficit de production de gasoil). On attendrait d’un ministre de l’environnement qu’il envoie un signal fort en la matière en prévenant les français (et les industriels de l’automobile pour ne pas provoquer de faillite) : Attention n’achetez plus de diesel, son coût va régulièrement augmenter. On pourrait aussi par exemple faire en sorte qu’à partir de 2015 plus aucun nouveau taxi mis en circulation ne soit diesel. Le prix de la course augmentera un peu mais de toute façon nous allons vers un monde sans énergies fossiles où les prix du carburant son destinés à s’envoler.

    1. Bonjour Didier
      Les infrastructures pour l’écotaxe étaient déjà installé et fonctionnelles, votre argument paraît décalé. De plus cela permettait de mettre pour la première fois en place un semblant de taxe carbone. Ne rejetons pas la politique de petit plats, surtout quand ils ont été voté au parlement à la quasi-unanimité. Enfin n’embrayez pas sur l’écologie punitive chère à Ségolène Royal : « Non à l’augmentation des prélèvements ». Arriver à une société post-carbone ne se fera pas sans douleurs, c’est tromper les gens que de dire le contraire. Oui le transport routier deviendra plus cher, qu’il soit basé sur le diesel ou autrement. Notons que Ségolène était à la fois contre l’écotaxe et contre la taxation du diesel : ce n’est pas une ministre de l’écologie, elle n’a rien compris à sa tâche.

  5. « l’écologie ne doit pas être punitive ». C’est pourtant ainsi qu’elle est déjà perçue par le report du coût de la pollution engendrée par le transport routier vers le citoyen lambda, qui doit bien dans l’état actuel des choses se déplacer et consommer du carburant.

  6. Le triple échec de l’écotaxe
    (…) Si le gouvernement évite un conflit social avec les routiers, c’est au prix d’un triple échec. Le premier est écologique. Inventée en 2007 lors du Grenelle de l’environnement, adoptée en 2009 à l’unanimité par les députés, l’écotaxe était fondée sur le principe « pollueur-payeur » : en l’occurrence, il s’agissait de faire payer aux transporteurs routiers la dégradation des routes qu’ils utilisent et endommagent, ainsi que la pollution importante qu’ils génèrent. Ce principe cohérent est déjà appliqué dans plusieurs pays européens. A Paris, la municipalité souhaitait mettre en œuvre l’écotaxe sur le périphérique afin de dissuader un trafic de transit qui n’a rien à faire sur cette voirie, mais contribue fortement à la pollution de l’air dans la capitale. Ajoutons que le renoncement du gouvernement intervient au moment même où Mme Royal défend à l’Assemblée nationale le projet d’une loi de transition énergétique censée conduire la France vers un modèle moins énergivore, plus propre et plus respectueux de l’environnement. On ne saurait envoyer message plus négatif, qui plus est un an avant la réunion, à Paris, de la conférence internationale sur le climat. (…)
    Editorial du Monde (11 octobre 2014)

  7. Rappelons notre article du 5 avril 2014 , Ségolène Royal contre l’écotaxe, une grossière erreur :
    A peine nommée au ministère de l’écologie, Ségolène Royal fait cavalier seul. Elle ne tient aucun compte des travaux parlementaires en cours, un travail de six mois conduit par cinquante députés et destiné à redonner du sens à l’écotaxe poids lourds et la rendre acceptable. Elle souhaite « remettre à plat» la taxe sur les poids lourds de plus de 3,5 tonnes. Elle dit des choses indignes d’une écologiste : « «Les Français ont déjà beaucoup payé d’impôts supplémentaires… L’écotaxe est un impôt… J’en comprends bien le sens : il s’agit de taxer ceux qui polluent, mais j’ai toujours dit que, pour respecter la citoyenneté, l’écologie ne doit pas être punitive et on ne doit pas taxer des gens s’ils n’ont pas le choix de prendre le transport propre. » (…)

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