Si tu tues les loups, tu dois aussi tuer les cerfs

Jack Ma (de son vrai nom Ma Yun, « Cheval Nuage »), le fondateur d’Alibaba, un des géants chinois du Net, avait loué quatre hélicoptères, au prix de 1 000 livres par heure chacun, pour se rendre dans une série de domaines de chasse où son groupe d’amis a tué 17 cerfs et autres animaux sauvages ». Certains ont accusé M. Ma de ne pas mettre en pratique ce qu’il professe depuis de longues années, le respect de la nature, puisqu’il est un des membres émérites de l’ONG américaine The Nature Conservancy (La préservation de la nature, TNC). Jack Ma s’explique : « Il faut maîtriser régulièrement le nombre de kangourous d’Australie, de lapins, de vieux cerfs malades en Europe et en Amérique (…). C’est scientifique, mais c’est aussi une responsabilité pour la protection de la nature (…) Actuellement en Chine, il y a beaucoup d’endroits où les sangliers causent des dégâts, d’un côté c’est un progrès pour l’écologie, mais de l’autre une reproduction excessive provoque des inconvénients et on doit régler ce problème »*. Il aurait donc compris les vertus d’une chasse au service de la protection de la nature afin de réguler des espèces sauvages qui n’ont plus de prédateurs naturels.

                 Apparemment Jack Ma serait même conforme à l’éthique de la terre telle que formulée par Aldo Leopold : « Dans le Wisconsin, il y avait des loups, et ceux-ci se chargeaient de réduire les hardes de cerfs. Mais lorsque les broussailles firent leur apparition, les loups avaient été éradiqués et l’Etat avait promulgué une loi pour protéger les élans. Tout était prêt pour que commence l’invasion du cerf. Cette immense population de cerfs mangeait des broussailles de bon appétit. Qu’y avait-il dans ces broussailles ? On y trouvait essentiellement des essences de lumière, à la durée éphémère, et des arbustes qui préparaient l’avènement de la future forêt. Au cours d’une évolution normale, les broussailles finissent par être dépassées par la croissance des arbres. Mais les cerfs mangeaient la forêt naissante. Il semblait évident que si nous ne réduisions par leur population nous-mêmes, la famine s’en chargerait et nous finirions par perdre à la fois forêt et cerfs. Les protecteurs de cervidés, interdisant les tentatives pour réduire la population de cerfs, sont prêts à sacrifier la future forêt. L’erreur fondamentale de cette forme de « protection de la nature », c’est qu’elle cherche à protéger une ressource en en détruisant une autre. Ces « protecteurs » sont incapables de considérer la terre comme un « tout ». Ils sont incapables de penser en termes de bien-être à long terme pour l’ensemble de  la communauté biotique. »

                 Conclusions de Biosphere ? D’abord la maîtrise des équilibres écosystèmiques sont difficiles à réaliser par la seule action humaine. Ensuite Jack Ma n’a pas compris que faire de la régulation des hordes sauvages un sport de riches ne résout pas le problème structurel. Enfin les loups français auraient leur utilité s’ils savaient distinguer le gibier sauvage dont la population doit être régulée et les ovins domestiques, propriété privée, donc intouchables…

 * LE MONDE du 20 août 2014, un milliardaire chinois piégé par une partie de chasse

** Aldo Leopold, la conscience écologique (éditions wildproject, 2013) p. 154-156

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2 réflexions sur “Si tu tues les loups, tu dois aussi tuer les cerfs”

  1. Au-delà des problèmes d’équilibre écologique, la chasse pose d’abord un problème moral : comment s’arroger le droit de tuer pour son plaisir ? Comment peut-on faire cela en pleine conscience ? C’est abject, il n’y a rien d’autre à dire.

    En ce qui concerne l’écologie proprement dite, il faut abandonner l’idée que l’homme se substitue aux mécanismes naturels pour assurer la régulation. La sélection naturelle le fait avec succès depuis plusieurs milliards d’années laissons-lui la main, elle a fait ses preuves, mieux que nous qui avons presque tout détruit au cours de 100 dernières années. L' »homme gestionnaire de la nature » est une voie sans issue, ne nous substituons pas à la nature, nous sommes incompétents.

  2. Jean-Paul GUINET

    Bonjour,
    De toutes façons, un cerf, s’il y en avait vraiment trop, ça se saurait, et d’autre part, un cerf, on peut le manger si nécessaire!

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