société demande désintoxication mentale, Digital Detox

Il y a quelques années avait lieu « La semaine sans écrans » devenue « Semaine de la désintoxication mentale ». Aujourd’hui on nous passe « Digital Detox » : le sevrage numérique comme spectacle passant sur l’écran de la télévision numérique… le pire est donc encore devant nous. Déjà 78 % des Français se connectent juste avant de dormir ! Deux salariés sur trois vérifient leur boîte mail toutes les cinq minutes ! Il existe de nouvelles pathologies comme la nomophobie (la peur d’égarer son téléphone portable) ou le « Fomo » (Fear of missing out) ou crainte de louper une info « essentielle » sur les réseaux sociaux ! Accro à Twitter, Facebook, Instagram et tutti quanti ! « Je ne suis pas un ayatollah , Internet a du bon » précise l’auteur de Digital Detox. Il est toujours intoxiqué.

Voici une analyse toujours actuelle dont la plupart des informations sont tirées de l’encart spécial Semaine sans écrans de mars 2010 du mensuel « La Décroissance » :

1/6) L’invasion des écrans
– En janvier 2010, les Français de 4 ans et plus regardent la télévision en moyenne 3h50 par jour.
– La technologie des écrans plats a considérablement accru leur présence. Depuis une décennie, ils ont envahi tous les espaces publics : aéroports, gares, bureaux de poste, salles des professeurs, transports. Le temps de la contemplation du monde, de l’observation des autres, de l’introspection et de la réflexion disparaît.
– Depuis une décennie, les supports se multiplient et nous subissons un véritable déferlement technologique : ordinateur, téléphone mobile, GPS, iPod, Palm Pilot, appareil photo numérique, caméscope, console de jeux, etc.
– Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas de véritable concurrence entre les différents écrans ; les heures s’ajoutent les unes aux autres, et parfois, les médias se consomment en même temps. Les enquêtes de Médiamétrie concluent que la part des écrans mord surtout sur des activités qui étaient jusqu’à présent dévolues à autre chose : le repos, les déplacements et le silence.
– Défendre des espaces où les relations demeurent physiques et directes, où nos cerveaux ne sont pas parasités par le bourdonnement médiatique, où les prothèses techniques en brouillent pas nos sens, devient un combat permanent.
– Le milieu éducatif utilise de plus en plus de programmes audiovisuels et multimédias et la numérisation de l’école est imminente.
– La télé-réalité et la vidéosurveillance sont les laboratoires de la mise en image généralisée.

2/6) L’écran est une drogue
– Nous nous sommes endormis dans un monde aseptisé, dans la sécurité de nos maisons, dans la chaleur de notre confort, bercés par des certitudes dont les écrans et les ondes nous gavent comme des oies dociles, un monde qui finalement nous laisse peu de liberté, peu d’espace, peu d’initiative.
– L’œil s’attache à l’écran avant même toute considération de contenu ; peu d’excitants visuels de notre environnement disposent d’un tel pouvoir de focalisation.
– Quand on regarde la télé ou un ordinateur, on constate une baisse de l’activité cérébrale. L’appareil nous met dans un état réceptif passif.
– Comme le montrent les expériences, regarder un écran met en sommeil l’intellect, ramollit physiquement et – contrairement à ce que l’on pense communément -, ne repose pas du tout.
– Le lien qui unité le téléspectateur à son téléviseur ou l’usager à son ordinateur est de nature hypnotique.
– On ne veut plus éteindre son écran par crainte que l’effet de relaxation puisse diminuer. Regarder la télé amène à regarder la télé plus encore.
– Quand l’écran ne brille pas, le réel me paraît terne : il ne bouge pas.
– Finalement des téléphones portables, pour quoi faire ? « Allô, c’est moi. J’suis dans le bus. J’arrive. A tout de suite. »

3/6) Tout sur Internet et rien dans la tête
– Les études sur l’encéphalogramme montrent que les stimulations mentales sont moins fortes lorsqu’on regarde la télé que lorsqu’on lit.
– En réduisant la rencontre avec autrui, la lecture, les perceptions sensitives et corporelles, nous appauvrissons notre approche de la vie et notre perception du monde.
– Dans ce monde de connexions électroniques généralisées et d’écrans omniprésents, la brièveté, l’immédiateté et la superficialité dominent. L’objectif social à atteindre est le zéro contestation sérieuse, le lien social proposé étant tellement ténu, si fragile et absolument réversible.
– La réduction du réel à l’image abolit toute distance nécessaire à la compréhension des choses. Les écrans produisent un modèle où tout doit être disponible immédiatement. Or l’accession au savoir ou l’appréhension d’une problématique se font dans le temps, à travers une démarche personnelle parfois difficile.
– Les médias saturent nos perceptions alors que comprendre et analyser nécessite d’être capable de s’éloigner du monde et de sa clameur, dans une certaine solitude.
– Sur le plan politique, la prédominance de l’image a chassé les discours structurés et complexes, fondés sur une vision du monde globale et porteuse d’un projet collectif.
– Des acteurs sociaux à l’individu, tout le monde cherche avant tout à visibilité ses actes plutôt qu’à agir véritablement. Nous assistons à la spectacularisation du monde.
– Les écrans créent un monde narcissique qui passe la moitié de son temps à fabriquer des images de lui-même, et l’autre moitié à les contempler. Les photos numériques accélèrent ce processus de nombrilisme.
– Le neurophysiologiste Manfred Spitzer explique qu’un cerveau ne s’imprègne correctement des choses que s’il les découvre par le biais de plusieurs sens. Et, de ce point de vue, l’écran est bien pauvre en comparaison avec le monde réel.
– La prolifération des écrans et l’usage immodéré qui en est fait par des enfants de plus en plus jeunes, ne peut que contribuer à les éloigner du monde concret et de la nature pourtant indispensable à leur équilibre.

4/6) L’écran chasse le livre
– Une personne consacre en moyenne 21 heures par semaine à la télévision et un peu plus de 10 heures aux autres écrans ; 53 % des Français déclarent ne pas lire de livres, chiffre en hausse chaque année.
– Au sein des sociétés maîtrisant l’écriture peuvent apparaître des facultés de pensée divergent ; avec la télévision le cerveau devient disponible pour ingurgiter des publicités.
– La dernière chose que souhaitent les entrepreneurs du Net c’est d’encourager la lecture lente, concentrée. Cela ne rapporte pas comme les publicités insérées dans les sites.
– La source lumineuse attire l’œil et l’écran déclenche une adhésion immédiate alors que la lecture nécessite une démarche, voir un effort, relevant d’une volonté.
– Des psychologues américains ont étudié la lecture sur écran, et opposent l’attention profonde propre à la lecture linéaire sur papier à l’hyper-attention qui prévaut à l’écran.
– Des chercheurs montrent que sur le Web vont souvent de pair l’excitation attentionnelle (qui se traduit par l’alternance des pics de forte et de faible concentration) et la désorientation cognitive (une perte du fil de sa pensée).
– Il serait même possible qu’à moyen terme, il devienne insupportable, y compris physiquement, de lire des livres pour tout un pan de la population.

5/6) L’écran pervertit les relations humaines
– L’agencement de la salle de séjour se fait autour de la télévision. Ce n’est plus un espace de rencontre, c’est devenu un lieu de projection.
– L’usage de l’écran favorise la communication indirecte. L’échange direct, de visu, la véritable rencontre, se raréfie. Nous vivons de moins en moins dans le monde et de plus en plus dans ses représentations imagées.
– Certains préfèrent téléphoner pour demander leur chemin plutôt que d’interpeller un passant.
– Qu’un ami vous tourne le dos d’un seul coup sans même s’excuser pour parler à son portable vous aurait paru odieux avant que l’intrusion de cette technologie ne rende cette situation banale ?
– Vivre le présent dans un lieu donné, avec d’autres, ne suffit plus. Il faut toujours échapper à une réalité qu’on conçoit comme insuffisante.
– Google Earth ! Plus aucun lieu ne doit rester invisible. Nous nous sommes transformés en voyeurs tout-puissants doublés… d’exhibitionnistes.
– Ne pas posséder de GPS pour savoir comment se déplacer devient une tare.
– Le caméscope et l’appareil photo numérique entraînent une tendance à voir le monde au travers d’un viseur plutôt que directement.
– Les jeux vidéos nous font considérer la guerre comme attractive et grisante. Nous ferons sans doute la guerre comme si c’était un jeu vidéo. Il suffit déjà de voir comme les Américains présentent leurs guerres.

6/6) Vivre sans écrans, c’est possible
Une impasse : Il n’y a rien à faire. Seule porte de sortie ouverte à nos enfants : enfiler une combinaison munie de tous les bio-senseurs que la loi de Moore saura leur fournir afin de sentir, voir et toucher virtuellement, avaler une bonne dose d’euphorisant et partir chaque week-end pour le pays des songes avec la star préférée, là-bas sur une plage d’avant la sixième extinction, les yeux rivés aux écrans du casque, les volets fermés, sans passé et sans avenir.
Une nécessité : Le jeûne est une pratique qui pourrait être interprété dans un sens écologique. En s’abstenant périodiquement de nourriture, l’individu acquiert une force intérieure, une capacité de faire plus avec moins. Et cela peut s’exprimer dans d’autres domaines que la nourriture : jeûner par rapport à la voiture (réduire sa consommation d’essence), ou par rapport aux médias (période pendant laquelle on proscrit la télévision, Internet et le téléphone portable). Cette cure volontaire de simplicité peut favoriser un nouveau lien avec la nature et faire apprécier les choses essentielles de la vie.
Un idéal : Sans télé, on est quand même informé, on écoute la radio, on lit les journaux. Et les soirées, on aime les passer entre copains ou en famille autour d’une table, avec du cidre, des rires, un jeu de cartes ou des jeux d’esprit.

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1 réflexion sur “société demande désintoxication mentale, Digital Detox”

  1. Il y a quelque chose de singulièrement croustillant à commenter via un écran un texte publié via un écran, mais bon…
    A la liste des dégâts causés par l’habitude de ce que l’on nomme les réseaux sociaux, il faut ajouter l’amenuisement progressif de la faculté d’empathie. Mon mari, psychologue spécialiste des addictions, m’a récemment parlé d’une étude montrant cet effet. Les adolescents par exemple, obsédés par les « like » et autres récompenses liées à une illusion d’estime de soi, soufrent de plus en plus de ce type de carences relationnelles et émotionnelles.
    Un avenir radieux en somme, comme si nous n’étions pas déjà assez dans la mouise…

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