Sortir du nucléaire va demander des efforts aux Suisses

Lors d’une votation (référendum) qui s’est tenue le 21 mai 2017, les Suisses se sont prononcés à 58,2 % pour une sortie progressive du nucléaire. La nouvelle feuille de route helvète prévoit d’augmenter la part du solaire et de l’éolien (moins de 5 % actuellement), tout en réduisant la consommation énergétique.* TOUT EN REDUISANT LA CONSOMMATION ENERGETIQUE ! Il ne s’agit plus de sortir du nucléaire comme par enchantement, il s’agit de faire des efforts, de réduire ses besoins en électricité. Ce n’est pas certain que les Suisses aient bien lu cette phrase du texte de loi : « S’agissant de la consommation énergétique moyenne par personne et par année, il convient de viser, par rapport au niveau de l’an 2000, une réduction de 16 % d’ici à 2020, et de 43 % d’ici à 2035. » Il est vrai aussi que les médias préfèrent s’épancher sur le dernier attentat terroriste plutôt que de mettre l’accent sur la transition énergétique et les responsabilité de chacun dans le dérèglement climatique et la déplétion des ressources. Il n’empêche que c’est à notre connaissance la première fois qu’on voit un texte politique parler de « réduire la consommation énergétique ». Pourtant cela fait longtemps que certains analystes donnent cet objectif comme prioritaire.

« La production d’énergie n’est qu’une priorité de second rang, la première des priorités, ce sont les économies d’énergie. Si les citoyens arrivent à mieux comprendre les relations entre leurs consommations et l’énergie nécessaire, ils seraient à même d’intervenir dans le débat. Savent-ils par exemple que l’alimentation représente 30 % de nos dépenses énergétiques, presque autant que nos logements ?Mais, alors que le fumeur risque sa propre santé, le consommateur débridé d’énergie ne risque personnellement pas grand-chose à court et moyen termes : les problèmes d’épuisement des ressources, le réchauffement du climat atteindront plutôt ses enfants que lui-même. De plus, les scénarios impliquant la demande d’énergie se heurtent à la sacro-sainte liberté individuelle ! Nous sommes devenus totalement dépendants de nos esclaves mécaniques sans disposer de la moindre prise sur l’évolution de la situation. L’avenir de notre système énergétique se jouera dans l’élaboration des plans locaux d’urbanisme, dans l’organisation de circuits courts pour les produits alimentaires, dans le maintien des commerces de proximité, dans l’exploitation locale des ressources locales. C’est donc bien de citoyenneté qu’il s’agit. Le citoyen véritable ne se contente pas de voter une fois tous les cinq ans, mais s’implique dans la vie quotidienne de sa commune, de sa région, de son pays. »**

Cette idée sera systématisé par le scénario Négawatt français : « La démarche négaWatt se décline en trois temps : sobriété, efficacité, renouvelables.La notion de sobriété nous invite à nous interroger personnellement sur nos besoins, sur leur importance réelle ou supposée, ainsi que sur les priorités que nous pouvons établir entre eux. Nous pouvons définir une hiérarchie qui passe des besoins vitaux aux essentiels, puis indispensables, utiles, convenables, accessoires, futiles, extravagants et inacceptables. Chacun peut se livrer à l’exercice pour lui-même, en famille ou au travail, de façon à prendre conscience de l’impact de tel ou tel achat ou comportement. Rien ne sera possible sans une adhésion pleine et entière de tous nos concitoyens. Il s’agit de faire jouer à plein ce qui est la contre-partie indissociable de notre liberté : notre responsabilité ! Prenons l’exemple de nos besoins de mobilité individuelle. Le principe de sobriété nous incite à les réduire en essayant de nous rapprocher de notre lieu de travail. Nous pouvons aussi recourir à un mode doux de déplacement, marche, vélo, rollers, trottinette… La sobriété dimensionnelle nous incite à éviter toute surpuissance inutile dans le choix d’un véhicule. La sobriété coopérative repose sur la mise en commun pour réduire les besoins : mutualisation des équipements, autopartage, co-voiturage, auto-stop. La sobriété d’usage consiste à limiter le niveau et la durée d’utilisation d’un appareil, conduite douce par exemple. »***

* LE MONDE du 24 mai 2017, La Suisse entérine la première étape de sa transition verte

** SO WATT ? (l’énergie, une affaire de citoyens) de Benjamin Dessus et Hélène Gassin (éditions de l’aube, 2004)

*** Manifeste négaWatt (réussir la transition énergétique) par l’association NégaWatt (édition Actes Sud, 2012)

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2 réflexions sur “Sortir du nucléaire va demander des efforts aux Suisses”

  1. Séverine Fontan

    Comme d’ici 2030 il ne devrait plus y avoir de pétrole (rentable), la sortie du nucléaire suisse ou français ou autre, sera anticipée et non choisie puisque sans pétrole plus de nucléaire

  2. Ce serait un comble si les Suisses n’avaient pas parfaitement compris ce pourquoi ils ont voté.
    Bien entendu la priorité en matière d’énergie est à réduire nos abus. Bien entendu le véritable citoyen ( « éco-citoyen » est un pléonasme) se doit de réfléchir à ses véritables besoins (en énergie et autre) et à tenter de les réduire, mais il se doit aussi de réfléchir plus loin. Ce véritable citoyen peut-il accepter tous ces gaspillages colossaux, comme par exemples cette publicité omniprésente, la croissance des zones commerciales, avec leurs enseignes lumineuses, leurs écrans, leurs clims etc, etc ?
    Sans une remise en question profonde de notre mode de vie, de notre sacro-saint Développement, de notre modèle économique… les « petits gestes » (automatiquement anéantis par l’effet rebond) resteront seulement une manière de se mettre en paix avec notre petite conscience.

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