Survivaliste à 8 ans, Yves Cochet a 73 ans

En 2015, l’institut Ipsos avait interrogé 500 enfants de 8 à 11 ans sur leur vision de l’écologie : 63 % des sondés estimaient alors que la planète était en mauvais état. Et, pour 87 % d’entre eux, les adultes ne faisaient pas ­assez d’effort pour protéger l’environnement.Aujourd’hui, les jeunes générations ne cessent d’entendre des discours alarmants qui infusent en profondeur dans leurs petits cerveaux ; l’angoisse qui imprègne le monde des adultes a immanquablement un impact sur eux. L’attrait de mon fils* de 8 ans pour le survivalisme n’est donc pas la perpétuation d’un habitus familial, mais peut s’envisager comme une réponse singulière à la crise écologique. Il s’est progressivement transformé en survivaliste en culottes courtes ; son petit sac à dos, qu’il désigne lui-même comme son « kit de survie », doit permettre – en théorie – de parer à toute situation d’urgence, lampe de poche à manivelle, une paire de jumelles, une boussole, une mini-trousse de premiers soins, un sifflet, une bougie, un Opinel à bout rond, etc. Tout pour faire plaisir à Yves Cochet, constant oiseau de mauvaise augure et ardent partisan de la résilience communautaire.

Son projet de motion collapso pour le Congrès d’EELV de novembre 2019, en bref : « L’effondrement est comme un trou noir qui attire à lui toutes les certitudes passées. Si, comme moi, on croit au scénario d’un effondrement systémique, global, imminent, comme le scénario le plus probable des trente prochaines année sur Terre, alors toutes nos pensées et nos actions doivent être orientées par ce trou noir, cet attracteur, ce magnétisme. La période 2020 – 2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécu l’humanité en si peu de temps. À quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050). De telles affirmations s’appuient sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens de rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance générale dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement systémique mondial imminent dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin. La seconde étape, dans les prochaines années trente, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en France en 2035 ?), et de la faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains résidus recyclables de la civilisation thermo-industrielle en ruine.

On peut espérer que s’ensuive une troisième étape de renaissance.Il découle de notre scénario central que l’essentiel de la vie humaine dépendra bientôt de l’échelon local. Les États, les institutions internationales, les firmes transnationales étant défunts, seuls les groupements humains locaux pourront maintenir une certaine civilisation. D’abord en réexaminant comment satisfaire, à moindre empreinte écologique, les besoins de base de toute société : air, eau, alimentation, vêtements, habitat, énergie, sécurité, mobilité, communication, apprentissage et connaissances, outils, santé, justice, institutions politiques, imaginaire collectif (les valeurs partagées) qui soude la société. Afin de préparer ce vaste mouvement d’exode urbain, d’autosuffisance locale et de société Low Tech, indiquons quelque orientations pour cet objectif de résilience locale (…) »

* LE MONDE du 1-2 septembre 2019, Parentologie : Mon fils est un survivaliste

3 réflexions sur “Survivaliste à 8 ans, Yves Cochet a 73 ans”

  1. Finalement, la fin du monde est un sujet particulièrement rigolo. Je veux dire, rigolo pour celui qui comme moi observe le monde d’une manière disons amusée, si ce n’est désabusée. Une façon comme une autre, je suppose, de faire face à l’angoisse inévitable dans une telle situation. Comme je dis souvent, à chacun sa came.

    Je l’ai toujours dit, la fin du monde est une préoccupation de petits-bourgeois. Pour la grande majorité des gens sur cette planète, la première des préoccupations est de survivre jusqu’à demain. Ceux-là ne sont évidemment pas des petits-bourgeois et pour eux ce n’est évidemment pas rigolo. Malgré que leur triste sort fasse jouir certains… le malheur des uns fait malheureusement le bonheur des autres… misère misère !

    Du côté des nantis de cette planète, nous observons bon nombre de petits-bourgeois, de rigolos et Jean Passe. Mais comme partout il y a des nuances (seuls les binaires primaires ne les voient pas), il y a donc petit-bourgeois ET petit-bourgeois, il y a rigolo ET rigolo, etc. Du côté des nantis de cette planète nous observons bon nombre de jeunes et de moins jeunes, là aussi il y a jeune ET jeune, il y a vieux ET vieux. Du côté des nantis de cette planète nous observons notamment bon nombre de vieux cons, là encore il y a vieux con ET vieux con. D’après de nombreuses études… on deviendrait un vieux con à partir de 35 ans 😉 Nicolas Santolaria (40 ans), l’auteur de cet article très rigolo dans Le Monde, rentrerait donc dans cette catégorie. Comme quoi il peut exister des vieux cons et même des cons tout court, ou des petits-bourgeois, non seulement rigolos, mais en plus sympathiques.
    Quoi qu’il en soit, du côté des nantis de cette planète, tous les petits-bourgeois et autres vieux cons pourront dire qu’ils en auront bien profité. Leurs préoccupations sont généralement des plus rigolotes, la destination de leurs prochaines vacances, la couleur de leur prochaine bagnole ou celle du bourrin qui arrivera en tête de la prochaine course et Jean Passe. Comme des tas, et moi le premier (coucou Machin), Yves Cochet peut dire qu’il est de ceux-là. Déjà du simple fait qu’il soit marié à Madame Soleil, si ce n’est à Madame Irma, ou les deux, et en même temps, dans ce grand n’importe quoi je ne sais plus. Toutefois Yves conserve toute ma sympathie. Tout simplement parce que ses prédictions me rassurent. Déjà, il ne nous garantit pas qu’il n’y aura plus d’électricité en 2035, sur ce point il est juste… sceptique. Et ça c’est déjà ça. L’espoir d’avoir encore un peu de lumière en 2035, c’est déjà ça. Il est donc tout naturel qu’Yves me soit sympathique. Et puis dans sa boule de cristal Yves voit « à quelques années près […] le début d’une renaissance ( 2040-2050) » Dans ma boule à moi, je la voyais beaucoup plus loin, la renaissance. Mais bon, je me dis qu’Yves est bien plus extralucide que moi. Alors je me dis : « Ouf, mes petits-enfants ont donc toutes les chances de s’en sortir bien !  » Et il ne me reste donc plus qu’à croiser les doigts et espérer pour eux que tout ça leur aura bien servi de leçon.
    Le temps ne faisant rien à l’affaire (coucou Georges) évidemment nous avons aussi du côté de « chez nous » (comme disent certains vieux cons) bon nombre de jeunes et de petits cons. Les études ne disent pas à partir de quel âge on devient réellement un petit ou un jeune con. Bien qu’il soit lui aussi très rigolo, je resterais donc, disons, sceptique… moi aussi… en ce qui concerne ce « survivaliste en culottes courtes » à peine âgé de 8 ans, avec son petit « kit de survie ».
    Dans lequel « Le premier de ces objets visant à conjurer l’angoisse d’un avenir incertain est une lampe de poche à manivelle, achetée chez Decathlon. Sa fonction est de prodiguer un éclairage suffisant pour lire Picsou Magazine (également présent dans le paquetage) en cas de panne généralisée du réseau électrique. J’en ai donc tiré un premier enseignement : survivre, c’est non seulement assurer au quotidien l’entretien de ses fonctions vitales, mais aussi être en mesure de continuer à s’amuser, soit une façon de perpétuer la culture commune. A quoi bon se forcer à avaler des insectes et dormir dans une hutte de branchages si c’est pour s’ennuyer à mourir ? »
    Préférant voir le bon côté des choses, cela me rassure également de voir que ce gamin a d’abord pensé à la Lumière. Je préfère mille fois une lampe de poche à manivelle qu’un fusil à pompe. Je vois donc là aussi un petit espoir. Mais ce qui me rassure par-dessus tout, c’est la prise de conscience de cette volonté, de ce besoin, de vouloir continuer de s’amuser.

    PS : désolé pour le nombre de caractères qui encore une fois se fiche de la juste mesure 😉

    1. Bonjour Michel C,
      Je ne suis pas tout à fait de votre avis. Bien entendu on peut moquer les collapsologues et survivalistes en faisant remarquer comme vous le faites que ce sont largement des réflexions et des préoccupations de gens plutôt nantis n’ayant pas à faire face à un quotidien difficile qui prendrait toute leur énergie.
      Néanmoins le problème qu’ils posent se pose vraiment, oui il y a un risque d’effondrement et je ne vois pas de raison de les moquer sous prétexte de leur origine.
      Après tout la quasi totalité de ce que la France compte de fanas de littérature considère que Proust est un grand auteur et pourtant les préoccupations et la vie de nombre de ses personnages étaient bien loin de celles des gens pris par le quotidien (et Proust n’était pas un sdf aux prises avec ce même genre de préoccupations terre à terre et peu valorisantes) pour autant doit on lui refuser l’intérêt à ce qu’il écrit
      Je pense aussi que le monde va s’effondrer au cours du siècle, (je suis plus optimiste qu’Yves Cochet, je repousse un peu le délai) et il me semble bien difficile de le nier, alors quelle que soit la situation ou les origines de chacun, au nom de quoi devrais-je ne pas en parler ?

  2. « kit de survie », doit permettre – en théorie – de parer à toute situation d’urgence, lampe de poche à manivelle, une paire de jumelles, une boussole, une mini-trousse de premiers soins, un sifflet, une bougie, un Opinel à bout rond, etc. Tout pour faire  »

    Admettons , mais avant tout , des fusils de guerre (AK 47 / FAMAS , Galil , G3 , FAL , FNC, ) ou de chasse (riot gun en calibre 12) et des munitions idoines prévus pour donner une grande puissance de feu car il faudra alors se préserver des zombies urbains qui tenteront de piller les campagnes : ce bon Cochet avec sa ferme modèle sera une cible parfaite pour les pillards malgré son grrrrrrrrrrand humanisme .
    Survivalisme , mille fois oui, mais survivalisme dur et donc non humaniste🤣

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