Trop tard pour éviter l’effondrement thermo-industriel

Pierre Thiesset : La perspective d’un effondrement de civilisation fait l’objet d’un nombre croissant de publications scientifiques. Comme cette étude retentissante de 2014, financée par la Nasa, qui montre à l’aide d’abstractions mathématiques que les niveaux actuels de surconsommation et d’inégalités galopantes conduisent au chaos. Ce qu’annonçait déjà le fameux rapport au Club de Rome sur les limites à la croissance en 1971.

Joseph Tainter : Seulement quelques personnes se prépareront à la perspective d’un effondrement. Pour la plupart, il n’est pas possible de penser à acquérir la terre et à cultiver sa propre nourriture. Il n’y a pas assez de terres disponibles pour que chacun puisse en acheter, et beaucoup de personnes n’auront pas assez d’argent pour un tel investissement. Et puis, les gens n’ont plus la connaissance et le savoir-faire pour cultiver. Dans tous les cas, la plupart ne croiraient pas qu’un effondrement soit susceptible d’arriver, et ne se prépareraient donc pas. La part de l’avenir qui est peut-être la plus difficile pour nous à accepter, c’est qu’il est hors de notre contrôle.

François Roddier : Lorsque j’étais jeune, je m’étonnais que les habitants de l’île de Pâques aient pu abattre tous leurs arbres sans se rendre compte de ce qu’ils faisaient. Je pensais qu’en aucun cas une civilisation comme la nôtre ne ferait une telle bêtise. C’est pourtant ce que nous avons fait en brûlant nos ressources fossiles au point de provoquer un réchauffement climatique. Aujourd’hui les technocrates appellent au secours les chercheurs. Ma réponse est : c’est trop tard !

Matthieu Auzanneau : Entendons-nous bien : c’est cuit. Chacun sait qu’il faut très vite baisser le feu sous le grand fait-tout de la thermo-industrie. Au rythme actuel, il ne nous reste plus que 20 ans (2035) avant d’épuiser notre budget carbone, la quantité de CO2 que nous pouvons encre émettre dans l’atmosphère sans trop risquer d’aboutir à un réchauffement supérieur à 2°C d’ici à la fin du siècle. Et ce, à condition qu’après 2035, l’humanité n’émette plus du tout de gaz à effet de serre ! Sauf à rêver d’un sursaut radical, seuls une divine surprise et/ou un cataclysme économique semblent pouvoir encore nous empêcher d’altérer irréversiblement le climat.

Agnès Sinaï : la culture de la catastrophe n’est pas du côté de ceux qui pointent le risque d’un effondrement par l’excès (ce sont ceux-là qui sont raisonnables, et non pas «catastrophistes»), mais du côté de ceux qui arguent de la possibilité de prolonger le système sans se heurter à un mur.

source : Quelques extraits du livre « Le progrès m’a tuer »
(éditions Le pas de côté, 230 pages pour 20 euros)

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