un métier à haut risque, ministre de l’écologie

Un ministre de l’écologie, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Ceux qui s’en sont le mieux tirés sont ceux qui n’avaient pas acquis la fibre écologiste comme Roseylne Bachelot (ministre de l’écologie et du développement durable en 2002-2004). Voici un florilège des ministres en difficulté, si ce n’est en perdition.

Delphine Batho, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie (juin 2012 – juillet 2013)

licenciée par le premier ministre Jean-Marc Ayrault parce qu’elle contestait la faiblesse du budget qui avait été attribué à l’écologie.

Nicole Bricq, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie (mai 2012 – juin 2012)

licenciée par le premier ministre Jean-Marc Ayrault parce qu’elle avait suspendu tous les permis de forages exploratoires d’hydrocarbures au large de la guyane, ce qui n’a pas plu aux lobbies pétroliers.

Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’écologie (janvier 2009 – novembre 2010)

« Quand on a des convictions, qu’on est ministre, mais que le gouvernement prend une décision avec laquelle on n’est pas d’accord, que faire ? Quand on doit expliquer que les restrictions budgétaires pour l’environnement, c’est normal, alors qu’on n’en pense pas un mot ? On m’a fait venir au gouvernement en me disant « on veut une écolo moderne ». En fait, ils voulaient l’image, mais pas le son. Et moi, j’ai produit du son ! J’étais en désaccord avec le premier ministre François Fillon sur la construction du circuit de formule 1 dans les Yvelines, ou la taxe carbone, je l’ai dit. On me l’a reproché. « Maintenant que tu es ministre, tu n’es plus une militante, mais une politique » m’a dit François Fillon. Sous-entendu : tu dois savoir taire tes convictions. C’est castrateur d’être au gouvernement. on a le choix entre se taire, pour espérer faire avancer ses dossiers, ou dire ce qu’on pense et abandonner l’idée de peser dans l’action gouvernementale. »

Télérama (7 août 2013)

Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement (novembre 2010 -février 2012)

Le 6 mars 2010, Sarko lâchait au Salon de l’agriculture : « Je voudrais dire un mot de toutes ces questions d’environnement. Parce que là aussi, ça commence à bien faire… » Lorsque NKM quitte ce ministère, 90 % des décrets de la loi dite « Grenelle II » ont été publiés, mais ils sont complètement dénaturés, vidés de leur substance.

Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat à l’écologie en 2009

Le 9 avril 2009, NKM laisse voter à l’Assemblée nationale un amendement déposé par l’opposition destiné à limiter la culture des OGM. Après avoir dénoncé « une armée de lâches » (le président du groupe UMP et son ministre de tutelle, Jean-Louis Borloo) dans une interview au journal LE MONDE, ayant rompu les règles de solidarité au sein du gouvernement, elle a été contrainte par le Premier ministre, François Fillon, à présenter des excuses publiques.

Serge Lepeltier, Ministre de l’Écologie et du Développement durable (mars 2004-2005)

Serge Lepeltier  a été tout de suite invalidée par ses amis de droite. Quand le ministre de l’écologie proposait de relancer la taxe azote pour étayer une véritable loi sur l’eau, le ministre de l’agriculture H.Gaymard se contentait de dire que l’agriculture n’était pas en mesure de supporter un prélèvement supplémentaire. Quand le ministre de l’écologie annonçait publiquement la mise en place d’un système bonus-malus à l’achat de voitures neuves  destiné à limiter l’effet de serre, il ne trouvait en face de lui que papotage et indifférence de la part des députés UMP. Raffarin contredisait ensuite S.Lepeltier par un arbitrage défavorable : la mesure phare du plan climat était étouffée dans l’œuf. Quand H.Gaymard marquait son opposition aux propositions de la Commission européenne qui voulait réduire les captures de poissons, J.Chirac se rangeait à ses côtés en réclamant une « vraie étude de fond, scientifique » sur l’état des ressources halieutiques alors que les recherches de l’Ifremer étaient incontestables.

Ce que disait Serge Lepeltier dans son allocution de départ reste toujours d’actualité :« J’ai réalisé que les enjeux environnementaux sont plus considérables qu’on ne le dit et qu’il est urgent de mettre l’environnement au cœur de toute politique. Les décisions qu’on a prises ne sont pas suffisantes, loin de là, mais j’ai dû entrer dans le système existant, et je pense qu’il faut totalement le changer. Mon ministère est un ministère qui dérange, l’empêcheur de tourner en rond. Alors ceux que l’on dérange, les représentants d’intérêts particuliers, ne souhaitent qu’une chose, c’est qu’il n’existe pas. C’est ma crainte. On ne le supprimera pas, c’est impossible politiquement. Mais, sans le dire, on risque de n’en faire qu’une vitrine. »

Corinne Lepage, ministre de l’environnement (1995-1997)

Corinne Lepage tire de son expérience au ministère le livre On ne peut rien faire, Madame le ministre :

« Il est un abîme entre la manière dont l’immense majorité des politiques croient pouvoir traiter les questions écologiques et ce qui serait, en réalité, impératif pour répliquer de manière efficace aux périls »

« Le principe d’intégration qui veut que l’environnement soit intégré en amont de tous les choix publics est piétiné…. Les ministères de l’agriculture, de l’industrie, des transports, de la santé, gèrent désormais seuls ou presque les pesticides et les nitrates, les choix énergétiques, le bruit des avions et les pollutions de la mer » (…) « Le ministère de l’agriculture sera celui des agriculteurs, le ministère des transports celui des transporteurs… : cette organisation verticale est en contradiction totale avec les impératifs de la gestion des systèmes complexes qui appellent à l’horizontalité ».

Robert Poujade, ministre chargé de la protection de la nature et de l’environnement en 1971

Question : Les travaux de prospective écologique publiés par le Club de Rome l’Institut de technologie du Massachusetts nous prédisent, si notre taux de croissance se maintient, une catastrophe planétaire. Que pensez-vous de ces calculs ?

Robert Poujade : Je paraphraserai Victor Hugo : « Ces choses là sont rudes, il faut pour les comprendre avoir fait des études. » Je ne me sens pas capable, à l’heure actuelle, de formuler un jugement scientifique sur ces questions.

Q : Ces rapports soulignent de manière implicite que la croissance ne peut pas se poursuivre indéfiniment.

R.P. – C’est un problème de physique : celui de savoir combien on peut mettre de billes dans un sac et, si on accroît constamment le poids des billes, combien de temps l’étoffe tiendra. Il est possible qu’il y ait un terme à la croissance sur un espace donné : on aura beau recycler, un jour viendra où les ressources naturelles de la Terre seront épuisées.

Q : Proposez-vous des solutions de remplacement ?

R.P. – Certains diront qu’il faut changer de planète : cela me paraît une idée bien avancée ! Je crois surtout qu’il faut limiter la croissance démographique.

Q : Vous faites parte d’un gouvernement qui préconise une France de cent millions d’habitants. Comment le justifiez-vous ?

R.P. – La France est parfaitement capable de nourrir et d’abriter dans des conditions convenables cent millions d’habitants. Mais il y a d’autres pays, submergés par l’explosion démographique, où on ne voit pas comment pourront s’établir des relations écologiques convenables.

Q : Le développement des centrales nucléaires accroît la production de déchets radioactifs. Le problème de leur stockage n’est pas résolu…

R.P. – Je ne le crois pas, en effet. C’est une impression personnelle, je m’empresse de le dire. Le problème est difficile. Je n’entrerais pas dans le détail des techniques de stockage des déchets. Y en a-t-il une qui soit souveraine ? Je n’en suis pas sûr.

Q : Le directeur de la Commission de l’Energie atomique américaine a conclu que la seule solution était de lancer les déchets dans l’espace.

R.P. – C’est une solution d’une technologie tellement avancée que je ne me sens pas qualifié pour vous répondre !

Q : Les définitions de l’écologie sont nombreuses. Quelle est la vôtre ?

R.P. – L’écologie est depuis longtemps sortie du cadre étroit de ses débuts, qui en faisait une branche de l’histoire naturelle, et ne se limite plus à l’étude des relations entre les différentes formes de vie, entre l’homme et la nature. Elle est devenue une dimension de la conscience. L’écologie moderne devrait englober la psychophysiologie, la psychosociologie, l’étude des relations des hommes entre eux, dans leur milieu. Dans une civilisation un peu trop dominée par le court terme, elle devra, je crois, devenir la science du long terme.

in La dernière chance de la terre (hors série du Nouvel observateur, juin juillet 1972)

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4 réflexions sur “un métier à haut risque, ministre de l’écologie”

  1. Au fait, nous avons un ministre de l’écologie, Philippe Martin, et un gouvernement qui proclame qu’il va faire la transition écologique. C’est donc pourquoi, cette semaine, on a appris que la loi sur la transition énergétique serait proposé en 2014 – elle devait l’être cet automne -, que la taxe sur le diesel est repoussée aux calendes grecques, que l’écotaxe poids lourds attendra, et que de nouveaux permis d’exploration de pétrole de schiste ont été accordés.
    http://www.reporterre.net/spip.php?article4688

  2. Au fait, nous avons un ministre de l’écologie, Philippe Martin, et un gouvernement qui proclame qu’il va faire la transition écologique. C’est donc pourquoi, cette semaine, on a appris que la loi sur la transition énergétique serait proposé en 2014 – elle devait l’être cet automne -, que la taxe sur le diesel est repoussée aux calendes grecques, que l’écotaxe poids lourds attendra, et que de nouveaux permis d’exploration de pétrole de schiste ont été accordés.
    http://www.reporterre.net/spip.php?article4688

  3. Philippe Martin, ministre depuis deux mois de l’écologie, déjà en difficulté !
    Philippe Martin sait qu’il doit éviter un faux pas majeur. Faire en sorte que Jean-Marc Ayrault ne se retrouve pas dans l’obligation de devoir nommer un quatrième ministre de l’écologie. L’ancien député du Gers, proche de Laurent Fabius, est le troisième en seize mois, après Nicole Bricq et Delphine Batho. Le feuilleton tournerait alors définitivement au ridicule. Mercredi 11 septembre, lors de sa conférence de presse de rentrée, il fait un aveu : « Je mesure la difficulté de la tâche qui est la mienne : quand la priorité est de redresser les comptes publics, il est difficile de parler écologie. »
    « Philippe ? Il n’a pas d’autres solutions que de vendre les décisions avec lesquelles il n’est pas forcément d’accord, constate l’un de ses compagnons de route qui ne veut surtout pas être cité. Il va faire des doubles sauts périlleux avant, et des doubles sauts périlleux arrière. » Quand il a annoncé lors de l’université d’été des Verts, fin août, l’introduction d’une contribution- climat- énergie, François Hollande lui a téléphoné, l’a rabroué, lui demandant d’expliquer que cette fiscalité ne serait pas un impôt de plus. Un premier couac.
    Acteur avec Martine Aubry de l’accord avec les Verts lors de la campagne présidentielle de 2012, l’homme portait pourtant haut et fort ses convictions environnementales.
    LE MONDE, 13 septembre 2013, A l’écologie, la mission « casse-gueule » de Philippe Martin

  4. Philippe Martin, ministre depuis deux mois de l’écologie, déjà en difficulté !
    Philippe Martin sait qu’il doit éviter un faux pas majeur. Faire en sorte que Jean-Marc Ayrault ne se retrouve pas dans l’obligation de devoir nommer un quatrième ministre de l’écologie. L’ancien député du Gers, proche de Laurent Fabius, est le troisième en seize mois, après Nicole Bricq et Delphine Batho. Le feuilleton tournerait alors définitivement au ridicule. Mercredi 11 septembre, lors de sa conférence de presse de rentrée, il fait un aveu : « Je mesure la difficulté de la tâche qui est la mienne : quand la priorité est de redresser les comptes publics, il est difficile de parler écologie. »
    « Philippe ? Il n’a pas d’autres solutions que de vendre les décisions avec lesquelles il n’est pas forcément d’accord, constate l’un de ses compagnons de route qui ne veut surtout pas être cité. Il va faire des doubles sauts périlleux avant, et des doubles sauts périlleux arrière. » Quand il a annoncé lors de l’université d’été des Verts, fin août, l’introduction d’une contribution- climat- énergie, François Hollande lui a téléphoné, l’a rabroué, lui demandant d’expliquer que cette fiscalité ne serait pas un impôt de plus. Un premier couac.
    Acteur avec Martine Aubry de l’accord avec les Verts lors de la campagne présidentielle de 2012, l’homme portait pourtant haut et fort ses convictions environnementales.
    LE MONDE, 13 septembre 2013, A l’écologie, la mission « casse-gueule » de Philippe Martin

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