Un modèle pour l’écologiste, le paysan Paul Bedel

Paul Bedel, né en 1930 « à la ferme », est un des derniers exemplaires du paysannat à l’ancienne. Il a confié à Catherine Ecole-Boivin son Testament d’un paysan en voie de disparition : « C’est pas moi qui suis important dans le message, c’est nous tous, gens de la terre, qu’on regarde au travers de mon métier et de mon témoignage. » Son témoignage est d’autant plus précieux qu’il ne s’agit pas de simplicité volontaire construite, mais de la simplicité telle qu’elle était vécue naturellement en France il n’y a pas si  longtemps. Le retour à ce mode de vie ancestral risque fort de devenir une obligation dans les décennies qui viennent… sauf qu’il n’y a plus assez de fermes pour recevoir tous les urbains.

Quelques phrases-culte

– Quand on est élevé à la campagne on est allergique à rien, on est vacciné.

– Je n’ai pas été à l’école et parfois ça bloque, je suis lent à écrire, mais ça bloque pas dans la pensée !

– Quand tu travailles du corps, tu ne travailles pas du chapeau.

– Nous sommes liés par la mer et la terre, à côté l’homme reste un petit commis.

– Quand je quitte mon village je respire moins. Le raz Blanchard me manque.

– Le beau temps, pour un paysan, c’est le mauvais temps.

– On fait tous le même métier, on gratte la terre et les autres grattent le papier.

– C’est pas tes hectares qui font ta richesse, mais le nombre de kilos de vers de terre que t’as dedans.

– A faire des objets qui servent, tu te plonges dans tes pensées dans du vide plein. Ce sont des moments bien agréables.

– Je ne veux pas payer d’impôts. Ils nous bouffent du pognon avec leur folie des grandeurs.

– L’usine (AREVA à la Hague), des tas de gens critiquent, mais ils appuient sur le bouton quand même.

– J’ai un tracteur. Je ne connais pas beaucoup de personnes qui accepteraient de vivre sans électricité ou sans voiture.

– La guerre détruit tout, même le sentiment humain.

– La guerre,  ça te laisse la frousse de la haine entre les hommes.

– A chaque bombardement pendant la guerre je me demandais : mais à quoi bon ?

– Avec la ferme, en temps de famine on aurait du mal à mourir de faim.

– La graine meurt en terre pour germer puis pousser de nouveau. Mourir pour revivre.

– Dans la vie on arrive dépouillé et on repart pareil. Ça ne sert pas à grand chose de se parer de richesse.

– Le temps est le même pour tous puisque, dans les cimetières, c’est plutôt dans le bas niveau pour tout le monde.

– J’apprécie vraiment la menuiserie et quand tu pars, tu fais toi-même ta boîte. Encore des économies !

– Je vais écrire sur un panneau : « Décédé, Paul Bedel parti en poussière, à tout à l’heure ! »

(éditions J’ai lu – Presse de la Renaissance, 2009) 223 pages – 6,30 euros

pour en savoir plus : Testament d’un paysan en voie de disparition

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