un parti social-écologiste ou bien ni droite ni gauche ?

Le premier ministre Bernard Cazeneuve attaque Emmanuel Macron : « Faire son miel sur la fin du clivage gauche-droite qui structure la vie politique dans les démocraties depuis deux siècles est juste une hérésie. »* Bernard Cazeneuve se trompe. C’est un politique à l’ancienne qui croit encore que la séparation en deux de l’hémicycle depuis la révolution française a encore une validité : à droite les conservateurs, à gauche réformiste et révolutionnaires ! Aujourd’hui ce dualisme a du plomb dans l’aile. D’abord à cause de l’ambiguïté de ce qu’est la gauche, qui est un terme fourre-tout ; trotskysme, communisme, social-démocratie, social-libéralisme, autogestion, planification impérative, relance par l’offre ou relance par la demande, tout cela se dit à gauche. Et le productivisme comme le consumérisme sont à la fois de droite et de gauche. La deuxième raison, essentielle, c’est que l’écologie politique veut rassembler tous les citoyens sans exception puisque par exemple le consumérisme ou la question nucléaire concerne l’ensemble des citoyens. La fin du clivage gauche-droite est bien en question dans ses élections de 2017, mais c’est Macron qui a piqué l’idée sans mettre l’impératif écologique en avant. Il se positionne en fait au centre droit ou au centre gauche selon ses propositions.

Dans un contexte de déroute de l’écologie politique qui ne présente pas de candidat à la présidentielle pour la première fois depuis 1974, le prochain congrès d’Europe Écologie Les Verts devra trancher entre deux orientations. Soit une alliance institutionnalisée avec Benoît Hamon et ce qui restera du parti socialiste autour de lui. Cela donnerait lieu à la création d’un « parti social-écologiste » et à la dissolution d’EELV en tant que tel. C’est d’ailleurs l’ambition du PS, arrêter de sous-traiter la question écologique à un autre parti que lui-même. La nomination de ministres de l’écologie spécifiquement socialiste tout au cours du quinquennat Hollande en est la preuve. Le débauchage des adhérents EELV en est une autre, que ce soit directement avec le départ d’Emmanuelle Cosse qui quitté son poste de secrétaire national pour un plat de lentilles, ministre du logement comme l’était auparavant Cécile Duflot : un placard. Ou indirectement avec l’alliance de l’ex-présidentiable Yannick Jadot qui tombe dans les bras de Benoît Hamon, un frondeur impénitent qui se considère depuis explicitement comme LE seul représentant de l’écologie politique à la présidentielle, Jadot servant uniquement de faire-valoir.

L’autre possibilité est une refondation de l’écologie politique en tant qu’instance autonome par rapport à la gauche, une refondation dont EELV serait cheville ouvrière. Ce serait le constat que l’alliance exclusivement à gauche des Verts (EELV) depuis 1994 a abouti aujourd’hui à un échec total. Ce serait un certain retour au « ni droite ni gauche » des origines des Verts en 1984. Ce serait surtout l’idée que le long terme et la cohésion de la famille humaine avec son écosystème n’est pas un problème de droite ou de gauche puisque cette problématique concerne tous les citoyens. L’écologie s’intéresse aux limites biophysiques de la planète et au long terme ce que fait ni le PS, ni Les Républicains. L’écologie politique est devenue inaudible aux yeux des électeurs et ses militants partent en ordre dispersé pour cette présidentielle, choisissant qui Hamon, qui Macron, qui Mélenchon, qui le jardinage. Vivement le prochain congrès pour qu’on sache où se situe fondamentalement l’écologie sur l’échiquier politique !

* lemonde.fr du 25 mars 2017, Le Parti socialiste en marche vers une scission ?

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7 réflexions sur “un parti social-écologiste ou bien ni droite ni gauche ?”

  1. Bonjour Michel C,

    Bien sûr, il va de soi que mes remarques précédentes ne visaient pas à absoudre notre système économique actuel de toutes ses fautes.
    Ayant existé, il est (comme tout passé) inévitablement responsable de la situation catastrophique de notre planète. Il a permis la croissance au-delà du raisonnable et en cela il est incontestablement coupable , même si sa faute morale est partagée puisque la plupart des rêves de nouvelles sociétés que l’on a connus auraient eux aussi voulu offrir le plus de biens possibles au plus grand nombre, ce qui est à terme impossible dans un monde matériel fini (d’où mon militantisme pour limiter nos effectifs plutôt que condamner tout le monde à la pauvreté).

    Quand je dis que le capitalisme est incontournable, je veux dire par là que je ne vois pas d’autres alternatives à la propriété publique ou à la propriété privée des moyens de production. La seconde me semble porter en germe les éléments de dictature du fait de la collusion entre pouvoirs de différentes natures. Je trouve plutôt sain que la production soit organisée par des propriétaires de leur capital et responsable en cela des résultats (mais j’admets bien sûr les problèmes liés à la forte inégalité de cette répartition)..
    Cela ne veut bien sûr en rien dire que je couvre les excès que je ne considère pas comme nécessaires de nombreux garde fous. Mais concrètement vraiment, je ne vois rien dans tout ce qui est proposé pour d’éventuels modèles sociaux qui sortiraient de cette alternative : Ou le capital est propriété des individus ou il est propriété de la collectivité. En général les divergences portent sur autre chose et j’appelle capitalisme la première version et socialisme la seconde.

    Maintenant oui, il faut l’amender (je serais bien inconséquent de dire le contraire puisque par ailleurs je milite pour la décroissance) et bien sûr aussi je suis tout à fait ouvert aux discussions sur les évolutions nécessaires de la société, je milite d’ailleurs en ce sens sur bien des points.

  2. Bonjour Didier Barthès
    Je vous rejoins sur de nombreux points. Par contre là où je ne vous suis pas, c’est quand vous semblez dire « TINA » au sujet du Capitalisme. La seule alternative que vous imaginez, est le socialisme (ou communisme), avec ses inconvénients…
    Ne parlons pas ici de démocratie, nous voyons assez l’état dans laquelle elle se trouve.
    J’ai dit qu’elle en était, selon moi, la cause : L’absence de citoyenneté.
    Pourquoi cette absence de citoyenneté ? Demandons au Capitalisme s’il préfère avoir de vrais citoyens ou bien des esclaves du Caddie. Bref, là aussi nous pourrions débattre à n’en plus finir.

    En tous cas, force est de constater les ravages du Capitalisme. Et ceux bien entendu de ce « communisme » qui a été tenté ici ou là sous une forme ou une autre.
    Je n’ai malheureusement aucun modèle de substitution à proposer.
    Je reste toutefois attaché à l’utopie (litt : lieu qui n’existe pas), je reste convaincu de la nécessité de nous faire violence pour inventer autre chose. Pour cela nous devons commencer par sortir de ce cadre de pensée qui nous fait tourner en rond, je parle de l’urgence de décoloniser les imaginaires.
    Je reste également convaincu que ce n’est pas parce que quelque chose n’a jamais bien fonctionné, qu’il faut le mettre à la poubelle. Peut-être aurions-nous besoin d’un nouveau Marx… qui viendrait chambouler tout ça, et qui placerait l’écologie au coeur d’une nouvelle doctrine enfin cohérente.

  3. Bonjour Michel C,
    En fait, ma critique de nos sociétés est plus radicale. Fondamentalement je n’accuse pas le capitalisme, ce qui peut-être me fera classer à droite, mais cela m’importe peu. Je ne l’accuse pas pour deux raisons
    – La première est que je le crois inévitable.
    Dans les grandes sociétés (je ne parle pas des sociétés tribales qui sont autre chose et qui n’ont plus rien à voir avec notre monde), je ne vois pas comment la production pourrait être organisée autrement qu’en comptant sur le capital et son accumulation pour se perpétuer. Bien sûr, il existe une autre version qu’on appelle le socialisme (ou le communisme) et en fait je crois que c’est la seule, mais elle présente deux inconvénients majeurs : Elle est productivement beaucoup moins efficace et elle suppose aussi de l’accumulation de capital mais celui-ci est préempté par l’Etat ce qui amène une situation pire encore car nous faisons face alors à une concentration de tous les pouvoirs politiques et économiques. D’ailleurs, l’Histoire a montré que cela faisait très mauvais ménage avec la démocratie et tous les peuples qui y furent soumis n’eurent d’autre envie que d’en sortir. On critique les multinationales mais quand en plus celles-ci sont l’Etat… La liberté n’a plus de place.
    – La seconde raison est encore plus fondamentale.
    Je place les questions quantitatives très au dessus des questions organisationnelles. C’est à dire que pour un nombre d’hommes donné (et vous savez combien je pense que nous devrions impérativement aller vers des effectifs plus réduits) et pour un niveau de vie donné, notre impact sur la nature est quasiment donné aussi, et nos petites différences d’organisation ne changeront pas grand chose. Et tout écologiste qui pourrait tenir un discours sans dire aux hommes : « Soyez moins nombreux et consommez moins » serait un imposteur. Vous savez aussi combien je suis un grand admirateur de l’ouvrage d’Olivier Rey (« Une question de taille ») que j’ai souvent évoqué dans les commentaires de ce site
    A côté de chez moi, un vaste espace libre (terrain vague comme on dit) abritait de nombreuses espèces animales et végétales sans que personne ne songe à les protéger ni d’ailleurs à les compter, elles existaient tout simplement. Tout a été rasé pour bâtir des immeubles modernes (il faut bien loger les gens). Tous ces immeubles sont labellisés « Bâtiments Basse Consommation », tout est dit, il n’y plus un arbre, plus un seul oiseau. Cette écologie mensongère me fait horreur. La dénoncer me semble nécessaire quelle que soit la couleur dont cela teintera mes propos aux yeux des autres.

  4. Bonjour Didier Barthès
    Je trouve votre analyse très intéressante. J’avoue ne pas avoir bien réfléchi à ce côté « conservatisme » de l’écologie.
    La droite est en effet caractérisée par son attachement à certains valeurs, dont la religion ( Les hommes ne sont pas tout puissants… il y a Dieu au dessus ). A l’inverse la gauche place l’ Homme au dessus, elle est plutôt athée… Et aujourd’hui l’Homme se prend pour Dieu ! Notamment du côté des « scientistes » de la Silicon-Valley ou d’ailleurs… Bref, il y a beaucoup de clichés, mais c’est compliqué. En tous cas je reconnais que tout ça peut faire l’objet de débats intéressants.
    Ma tendance à placer l’écologie à gauche vient très probablement du fait qu’ historiquement le conservatisme a toujours été un courant contre-révolutionnaire. Et aussi du fait que je vois la droite principalement animée par le conservatisme de l’Ordre établi en matière économique.Ce que j’observe clairement, c’est que tous les partis dits « de droite » ne remettent jamais en question ce système productiviste. Bien au contraire, tous veulent extraire, produire, « innover », etc. et toujours plus !
    Et malheureusement, « à gauche »… c’est pareil, ou presque. D’où cette confusion générale. Aujourd’hui on situe JL-Mélenchon à l’extrême-gauche … et M-Le Pen se défend d’être à l’extrême-DROITE. Toutefois, pour moi ça reste clair , je sais où j’habite.
    L’idée sur laquelle je me fixe, c’est que le Capitalisme est un système productiviste. Comme le Communisme de Marx ! Or, c’est bien le Capitalisme qui domine aujourd’hui et qui détruit tout.
    Même repeint en vert, le Capitalisme ne peut pas aller de pair avec l’écologie. Etant donné que sa raison d’être est l’accumulation toujours croissante de capitaux, et ce par l’exploitation de la nature et des hommes .

  5. Bonjour Michel C,
    Même si je partage avec vous l’idée que le clivage droite-gauche est devenu flou, j’ai toutefois une analyse différente de la vôtre et s’il fallait garder quelque chose de cette ligne de fracture pour situer l’écologie je ne la situerais pas à gauche.Bien sûr politiquement les accords ont été majoritairement signés de ce côté, avec d’ailleurs le résultat catastrophique que l’on connait puisque l’écologie ne s’est jamais imposée et que cette année elle n’aura même pas de représentant à l’élection présidentielle.
    Mais sur le fond surtout, je crois que la gauche se caractérise par l’idée de révolution, par l’idée que l’on peut tout changer par une meilleure organisation des choses. Il y a au contraire dans l’écologie une idée fondamentale de conservatisme. Les hommes ne sont pas tout puissants et nous devons préserver l’état des choses (cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire évoluer nos sociétés), mais c’est un appel à un certain respect de l’ordre établi qui est celui de la nature et contre lequel nous ne pourrons rien. La gauche est, je crois, fondamentalement hostile à cette approche.
    Aujourd’hui je trouve que beaucoup des écologistes ne se situent pas à gauche, j’en connais beaucoup qui, tout en mettant au premier rang de leurs convictions, la nécessité de protéger la nature, ne voteraient pas à gauche s’ils n’avaient que le choix droite gauche.

  6. Tout cela est bien compliqué. Si encore il n’y avait que le problème de situer l’écologie. Déjà je trouve grave que les notions de « gauche » et de « droite » soient devenues si confuses aujourd’hui. De même en ce qui concerne les notions de « classes ».En ce qui me concerne, je sais où j’habite.
    L’écologie politique est récente, mais pour moi sa place reste à gauche. Si la gauche se doit d’être révolutionnaire, alors l’écologie ne peut être qu’à gauche. Le mot « révolution » étant entendu comme « Changement brusque, d’ordre économique, moral, culturel, qui se produit dans une société » (pour reprendre une définition de Larousse)
    Le « centre » ça ne veut rien dire. Mitterrand disait « le centre c’est ni de gauche ni de… gauche ». Je me suis souvent demandé où il habitait celui-là.Mais le « centre » c’est finalement bien pratique… ça permet de croire qu’on pourrait avoir le beurre ET l’argent du beurre. C’est comme le célèbre oxymore « développement durable » , comme les « énergie renouvelables », bien pratiques pour croire qu’on pourrait continuer ainsi.Comme ce lieu commun « il n’est jamais trop tard ! », pratique lui-aussi, il permet de croire qu’on peut remettre à demain ce qu’on aurait du faire depuis longtemps.
    Pour moi c’est la citoyenneté même qui a du plomb dans l’aile. Le terme « éco-citoyen » est un pléonasme. Pour moi « citoyen » veut dire libre, responsable, soucieux des autres, de la « maison » (l’environnement), de l’avenir etc. Un citoyen ne se nourrit pas aux jeux du cirque, il ne peut pas en avoir rien à foot ! L’état de notre « démocratie », la déroute de la politique en général, l’intérêt porté par le peuple à la chose politique et à l’écologie… sont probablement les conséquences les plus graves de ce manque de citoyenneté. Les autres conséquences nous les voyons partout et tous les jours, au travers des zones commerciales qui s’agrandissent, des ruées sur les soldes et le low-cost, de l’individualisme, de l’inculture et des idées dangereuses, de cet esprit petit-bourgeois… tout ça qui progresse, toujours plus. Et qui entretient le cercle vicieux.

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