Un premier pas vers la fin de la publicité… pour enfant

Une proposition de loi supprimant la publicité dans les programmes pour enfants sur France Télévisions a été adoptée le 14 janvier 2016*. Le texte vise les émissions destinées aux enfants de moins de douze ans ainsi que durant les quinze minutes qui les précèdent et qui les suivent. Notons que « la quasi-totalité des spots diffusés dans les émissions pour enfants demeurent orientés vers des produits saturés en sucre ou en gras ». Le temps passé devant la télévision et devant les spots promotionnels est corrélé à l’augmentation de la consommation d’aliments denses en énergie et pauvres nutritionnellement. Une étude montre aussi que plus des trois quarts des demandes ou des achats effectués par les enfants de 4 à 10 ans sont en lien avec une publicité. Et 82 % des enfants interrogés disent qu’il leur arrive régulièrement de demander ou d’acheter un produit « vu à la télévision ». D’autres pays ont déjà fait le choix de supprimer la publicité en direction des enfants. C’est par exemple le cas au Québec depuis 1980, en Suède depuis 1991 et en Norvège depuis 1992.

Mais l’adoption de la proposition de loi n’a été possible qu’en raison du faible nombre de députés socialistes présents dans l’Hémicycle. En effet, la ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin et le groupe socialiste à l’Assemblée nationale avaient affiché leur désaccord face à ce texte. Ils mettent en garde contre la situation économique de France Télévisions. Selon la ministre, « La situation financière de France Télévisions est préoccupante. Les recettes publicitaires ont diminué de 100 millions d’euros entre 2010 et 2014 et ce dispositif se traduira par un manque de 15 à 20 millions d’euros. » Encore une fois l’économique essaye de l’emporter sur l’intérêt des enfants, sur la nécessité écologique de réduire notre consommation et sur l’importance d’échapper à l’aliénation consumériste. On n’aliène jamais mieux autrui qu’en lui rappelant sa liberté. Affirmer dans chaque slogan publicitaire la liberté de choix des consommateurs, c’est vouloir faire coïncider une production industrielle décidée à l’avance avec les envies de chacun. Le schéma classique du besoin qui porte vers l’objet s’est renversé, les objets génèrent des désirs qui, à leur tour, créent des besoins. Le désir d’objet a pris le pas sur le désir d’être.

Sur ce blog, notre conception est claire, interdiction de la publicité, il nous suffit pour choisir d’avoir le résultat de tests comparatifs qualité/prix. Quand Emile de Girardin accepte l’insertion d’annonces payantes le 29 avril 1845, elles doivent être selon ses propres termes franches et concises : « La publicité  se réduit à dire : dans telle rue, à tel numéro, on vend telle chose à tel prix. » Un écologiste raisonnable pourrait exiger, aujourd’hui, la stricte application de ce précepte-là.

* lemonde.fr | 15.01.2016, La suppression de la publicité pour enfants fait débat entre socialistes et écologistes

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3 réflexions sur “Un premier pas vers la fin de la publicité… pour enfant”

  1. Personnellement je suis tout à fait d’accord avec vous sur l’article concernant les enfants, mais supprimer les publicités dans le métro et dans l’audiovisuel etc… Je ne vois pas l’intérêt.

  2. Le financement de services publics par la publicité est une aberration. Sous couvert de gratuité, elle abuse les élus pour proposer toujours plus de services en échange d’espaces de diffusion. L’hypocrisie doit cesser. Loin de tomber du ciel, la manne publicitaire est financée par le consommateur. Au même titre que la TVA, cet impôt publicitaire est profondément inégalitaire. Sa collecte par des entreprises et sa redistribution très parcellaire, a discrétion, sur certains projets prive les élus de leur prérogative en matière d’orientation des politiques publiques. Il faut réhabiliter le rôle de l’impôt et rétablir la neutralité des services publics :
    – Suppression totale de la publicité sur le service public de l’audiovisuel
    – Interdiction de la publicité dans et autour des établissements scolaires (mallettes pédagogiques, manuels scolaires, …)
    – Réduction drastique de l’affichage publicitaire dans les transports en commun
    – Découplage de tous les appels d’offres publics pour une transparence des coûts (abris bus, vélos en libre service, …)
    http://eelv.fr/2011/04/15/remettre-la-publicite-a-sa-place/

  3. Cet article est au fond un merveilleux plaidoyer pour la décroissance. Il est beaucoup plus utile de ne pas détruire en ne croissant pas que d’essayer de réparer en faisant encore plus d’activités qui d’ailleurs consommeront des ressources et pollueront d’une façon ou d’une autre. La victoire écologique que constituerait l’abandon du projet Notre Dame des landes, serait très importante localement, ce serait aussi symboliquement un acte fort pour montrer qu’on doit (qu’on accepte ?) de changer de direction.

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