une civilisation étouffée par ses déchets

En 2015, un département français sur deux pourrait être obligé d’exporter ses déchets ménagers dans un autre département. Les distance parcoures sont à l’origine de coûts environnementaux substantiels. (LE MONDE du 6 octobre 2011). Voici quelques extraits de textes qui montrent que la problématique des déchets n’est pas nouvelle, pourtant nous avons fait comme si nous ne savions pas.

1940 Testament agricole (pour une agriculture naturelle) de Sir Albert Howard

La population humaine, concentrée principalement dans les villes, est entretenue presque exclusivement par la terre. Il en résulte qu’une grande quantité des déchets agricoles est concentrée dans les villes, loin des champs qui les produisent. La plupart des déchets municipaux sont enterrés ou bien brûlés dans des incinérateurs. Pratiquement, aucun déchet ne revient à la terre. Il faut donc considérer les villes comme des parasites de l’agriculture. Ce sont les paysans qui mettent tous leurs soins pour le retour à la terre de tous les déchets se rapprochent le plus de l’idéal de la nature.

1972 La dernière chance de la terre (hors série du Nouvel observateur)

Robert Poujade, ministre de l’Environnement et de la Nature

Q : Le développement des centrales nucléaires accroît la production de déchets radioactifs. Le problème de leur stockage n’est pas résolu…

R.P. – Je ne le crois pas, en effet. C’est une impression personnelle, je m’empresse de le dire. Le problème est difficile. Je n’entrerais pas dans le détail des techniques de stockage des déchets. Y en a-t-il une qui soit souveraine ? Je n’en suis pas sûr.

Q : Le directeur de la Commission de l’Energie atomique américaine a conclu que la seule solution était de lancer les déchets dans l’espace.

R.P. – C’est une solution d’une technologie tellement avancée que je ne me sens pas qualifié pour vous répondre !

1975 Le macroscope, vers une vision globale de Joël de ROSNAY

Avec l’accélération de la consommation d’énergie, l’action de l’homme sur la nature prend des proportions alarmantes. Contrecoup de cette action : les trois grandes crises énergétiques que traverse notre civilisation industrielle, la crise des matières premières, la crise alimentaire et la crise de l’environnement. La quantité totale des déchets résultant du métabolisme de l’organisme social atteint aujourd’hui des ordres de grandeur tout à fait voisins des quantités totales d’éléments recyclés par l’écosystème.

1979 La décroissance (entropie, écologie, économie) de Nicholas GEORGESCU-ROEGEN

La théorie économique dominante considère les activités humaines uniquement comme un circuit économique d’échange entre la production et la consommation. Pourtant il y a une continuelle interaction entre ce processus et l’environnement matériel. Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur.

on ne peut produire de façon meilleure ou plus grande qu’en produisant des déchets de manière plus forte et plus grande. Il n’y a pas plus de recyclage gratuit qu’il n’y a d’industrie sans déchets.

Les vraies catastrophes ne sont connues qu’à la longue ; quand les dégâts sont irrémédiables. Il en est peut-être ainsi du pétrole et des innombrables déchets qui s’accumulent. Le catastrophisme a raison d’annoncer l’apocalypse pour demain, mais ce demain n’est pas celui du sensationnel journalistique, c’est celui de l’histoire  cumulant en silence pollutions et restrictions de liberté. Il ne s’agit pas de faire mieux, il s’agit d’abord de rompre.

1991 Philosophie de la crise écologique de Vittorio Hösle

L’universalisation du niveau de vie occidental est un processus qui ruinerait écologiquement la Terre. De ce constat suit, en vertu de l’impératif catégorique, un principe simple selon lequel le niveau de vie occidental n’est pas moral. Si tous les habitants de cette planète gaspillaient autant d’énergie, produisaient autant de déchets, rejetaient autant de produits toxiques dans l’atmosphère que les populations des pays riches, les catastrophes naturelles vers lesquelles nous nous dirigeons auraient déjà eu lieu.

1995 La révolte luddite, briseurs de machine à l’ère de l’industrialisation de Sale Kirkpatrick

La technosphère induit à  chaque étape de ses activités quotidiennes (extraction, transport, manufacture, marketing, usage, déchets…) des nuisances à l’environnement que la biosphère supporte entièrement. L’énergie photosynthétique, indispensable à la vie sur terre, est déjà consommée à un taux de 40 % par une seule espèce, homo sapiens ; toutes les autres espèces doivent se partager le reste. L’extension toujours plus rapide de la technosphère semble inexorable, comme si aucune forme d’opposition ou d’avertissement moral ne pouvait l’enrayer, comme si elle était littéralement incapable de comprendre que la planète ne peux absorber davantage ses déchets, et que la destruction des écosystèmes ne saurait perdurer sans entraîner des conséquences dramatiques.

1996 Notre empreinte écologique de Mathis WACKERNAGEL et William REES

Si nous additionnons les besoins en sol de toutes les catégories de consommation d’énergie, de matière et d’élimination des déchets d’une population donnée, la superficie totale représente l’empreinte écologique de cette population sur la Terre, que cette superficie coïncide ou non avec la région où vit cette population. Bref, l’empreinte écologique mesure la superficie nécessaire par personne plutôt que la population par unité de superficie. Plus formellement, on peut définir l’empreinte écologique d’une population ou d’une économie spécifique comme étant la superficie de sol (et d’eau) écologiquement productif de différentes sortes (sol agraire, pâturage, forêts…) qui serait nécessaire avec la technologie courante

a) pour fournir toutes les ressources d’énergie et de matière consommée et

b) pour absorber tous les déchets déversés par cette population.

Les optimistes parmi nous vont accueilli la crise qui s’annonce comme la dernière chance de l’humanité à devenir vraiment civilisée et  » chez elle  » sur la planète Terre. Il est certain que la reconnaissance du rôle supra-économique du capital naturel est en tout cas la première étape vers la sagesse écologique : pas d’écosphère, pas d’économie, pas de société (ou pour ceux qui ne pensent qu’aux affaires : pas de planète, pas de profits). L’autre possibilité, c’est que nous maintenions le cap actuel jusqu’à ce que le déclin accéléré empêche une réaction raisonnée, efficace et mondialement coordonnée.

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