Une planification écologique est nécessaire

David Cormand (la thèse) : « La planification, c’est un mot concept qui plaît à un gaulliste, à un jacobin, à un stalinien ou à un colbertiste parce que son ambiguïté est telle que personne n’y met la même chose. Bien évidemment il faut penser transition. Mais je me méfie du terme de planification, car il renvoie à la technostructure, et donc à la technocratie. Or l’écologie, l’émancipation, et la réorganisation d’une forme d’autonomie démocratique des gens sur leurs territoires, sont peu compatibles avec la technocratie. » («Il ne faut pas une synthèse molle autour d’un candidat» – 28 mai 2020 sur mediapart)

Dominique Plihon (l’antithèse) : « La crise environnementale place la France dans la situation de 1946, lorsque la planification avait permis la reconstructionde l’appareil productif. La Suède s’est dotée d’un système de planification écologique décentralisé. Seize objectifs stratégiques à long terme de qualité de l’environnement ont été fixés, concernant le climat, la couche d’ozone, la biodiversité… Dès 1991, une programmation de l’évolution à moyen-long terme du prix du carbone a été instituée, couplée avec une réforme de la fiscalité comprenant un volet écologique. Résultat : la Suède affiche des performances écologiques supérieures à la moyenne européenne pour les émissions de CO2, le développement des énergies renouvelables, le traitement des déchets, la préservation de la biodiversité. Depuis 1973, la consommation des produits pétroliers y a été divisée par deux, et la part des énergies fossiles est tombée à 49 %, contre 70 % en France. La planification à la française, qui a fonctionné jusque dans les années 1990, était indicative. Elle avait été qualifiée de « réducteur d’incertitude ». La planification écologique ne serait-elle pas un moyen efficace de réduire l’incertitude sur l’avenir ? » (LE MONDE du 15 mai 2020)

Synthèse de biosphere : Si la France a abandonné l’idée d’une planification, c’est parce que la vitesse des innovations technologique et la diversification des modes de consommation ont empêché toute vision globale et rendu impossible la gestion de la complexité. Il n’en est pas de même en période de crise, la parenthèse Covid-19 nous a d’ailleurs montré qu’on pouvait rapidement en rester à la couverture des besoins essentiels. Or le blocage énergétique et le réchauffement climatique nécessitent une baisse drastique de nos émissions de gaz à effet de serre, d’où l’urgence de limiter nos besoins de consommation et de simplifier notre appareil de production. Une planification par l’État des changements structurels nécessaires paraît donc nécessaire, et cela peut s’accompagner de plans territoriaux démocratiquement conçus au niveau local. En fait, il existe déjà une planification indicative nationale (PPE programmation pluri-annuelle de l’énergie, SNBC stratégie nationale bas-carbone) comme il existe déjà une planification indicative régionale (les SRCAE devenus récemment les SRADDET, schéma régionaux d’aménagement, développement durable et d’égalité des territoires), ainsi que divers outils locaux.En fait, il existe déjà une planification indicative nationale (PPE programmation pluri-annuelle de l’énergie, SNBC stratégie nationale bas-carbone) comme il existe déjà une planification indicative régionale (les SRCAE devenus récemment les SRADDET, schéma régionaux d’aménagement, développement durable et d’égalité des territoires), ainsi que divers outils locaux. L’urgence écologique nécessite des débats techniques et non des envolées lyriques. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

12 mai 2020, post-covid, pour une planification écologique

17 janvier 2017, La planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

27 mars 2012, la planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

25 juillet 2010, planification impérative des naissances ?

16 mai 2010, liberté contraceptive ou planification ?

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6 réflexions sur “Une planification écologique est nécessaire”

  1. Didier BARTHES

    Oui le planificateur ne peut pas prévoir l’avenir, disons qu’il tente de l’orienter en mélangeant sa connaissance du présent, les règles qu’il croit être à peu près déterminantes,, les moyens disponibles et qui devraient le rester et ses souhaits.
    Bon, de toute façon, pour l’action on ne peut guère éviter d’en passer par là même si l’on sait que la réalité se moque parfois (souvent) de chacun de chacun de ces éléments.
    Là en plus nous sommes clairement sous une menace d’effondrement général à l’échéance de peu de décennies ce qui renverra les planificateurs, les économistes et tout le monde dans les champs , ou dans les grottes pour ceux qui survivront.

    1. – « de toute façon, pour l’action on ne peut guère éviter d’en passer par là même si l’on sait que la réalité se moque parfois (souvent) de chacun de ces éléments.»
      C’est vrai. Nous avons tendance à oublier que la plupart de nos actions ne sont en fait que des paris. Par exemple nous ne devrions jamais dire «dans une heure je serais là, dans une heure j’aurais terminé». En une heure il peut se passer des tas de choses. Toutefois une action a de meilleures chances d’être efficace (question de probabilités) si elle a été bien pensée auparavant, c’est à dire planifiée. Evidemment, si nous attendions d’avoir 100% de chances de réussite pour entreprendre quoi que ce soit, alors nous ne ferions rien du tout.
      Planifier c’est d’abord tracer un plan, faire un dessin. Les mots dessin et dessein ont la même étymologie, pendant longtemps ils avaient le même sens, aujourd’hui on aime bien les projets. Aujourd’hui le mot projet se conjugue à toutes les sauces, on a des projets pour tout et n’importe quoi. Sauf qu’on n’a toujours pas de véritable projet de société. Dans ce cadre là, à quoi peut bien servir une planification écologique ? La Transition est-elle un projet de société ? Si oui, ça voudrait dire que le monde de demain tournerait comme celui d’aujourd’hui, à la différence près que ce seraient des EnR qui remplaceraient les fossiles, des bagnoles électriques à la place des diesels etc. Et en quoi serions-nous plus avancés ? De toute façon ça déjà c’est un leurre, ça n’a rien à voir avec un véritable projet de société. Un projet de société c’est une UTOPIE, qui doit d’abord être dessinée, tracée, mise à plat, décrite point par point, comme l’ont fait Platon (La République) et Thomas More (Utopia).

      1. «  »Dans ce cadre là, à quoi peut bien servir une planification écologique ? La Transition est-elle un projet de société ? Si oui, ça voudrait dire que le monde de demain tournerait comme celui d’aujourd’hui, à la différence près que ce seraient des EnR qui remplaceraient les fossiles, des bagnoles électriques à la place des diesels etc. Et en quoi serions-nous plus avancés ? » »

        Ne te fais pas de mourrons, la voiture électrique ne remplacera JAMAIS la voiture fossile ! Ou alors si elle remplace, ce ne sera que dans des proportions ridicules ! En effet, pour effectuer le renouvellement du parc automobile au même rythme actuel, soit au même rythme que les voitures fossiles, il faudrait produire 100 millions de voitures électriques par an ! OR, concernant la production des voitures électriques, il faudrait produire l’équivalent de 100 millions de batteries de voiture par an. MAIS, la production de batteries électriques peine à dépasser les 4,5 millions par an, ça fluctue essentiellement entre 3,8 à 4 million par an annuellement, et parfois 4,5 ponctuellement et brièvement… Autrement dit, même en étant optimiste et en arrondissant la production à 5 millions par an, ça voudrait dire que 100 millions de voitures nécessaires pour alimenter le marché – 5 millions de batteries électriques produites = 95% du parc automobile qui ne pourra pas obtenir de batteries électriques, soit 95 % du parc automobile mondial qui disparaîtra !

        Après sur ces 5 millions de voitures électriques produites annuellement au mieux, si on considère qu’il faudra servir en premier les élus, les hôpitaux pour des ambulances, les commissariats de police, les sapeurs-pompiers, ainsi que l’armée….. Et tout ça à l’échelle mondiale pour tous les pays, alors autant dire qu’il ne restera plus beaucoup de voitures de disponibles pour les consommateurs……

  2. – « Synthèse de biosphere : Si la France a abandonné l’idée d’une planification, c’est parce que la vitesse des innovations technologique et la diversification des modes de consommation ont empêché toute vision globale et rendu impossible la gestion de la complexité.»
    Certes, il doit y avoir de ça. En fait je pense que la France est tout simplement paumée, aveuglée, prise dans un cercle vicieux. Pas que la France, les autres pays aussi, et leurs habitants n’en parlons pas. Les écolos n’échappent évidemment pas à ce problème. Tout le monde est paumé !
    Comme Didier Barthès je maintiens qu’on ne peut pas prendre l’épisode Covid en exemple. Ce n’est seulement que, parce qu’on savait que cette pandémie ne durerait qu’un temps, et on a fait en sorte que ça ne dure pas longtemps, qu’on a décidé d’arrêter l’économie. Du moins de la réduire à «l’essentiel». Il convient de mettre de guillemets sur ce mot, parce qu’on a vu de quoi il s’agissait : maintenir «coûte que coûte» l’Ordre Etabli et le Système.
    Le mot CRISE porte en lui l’idée qu’après la pluie vient le beau temps, c’est à dire que ça ne va durer qu’un temps, pendant lequel il faut serrer les dents. Et qu’après les choses reviendront comme avant, à la normale dirions-nous, comme lors d’une crise d’asthme ou d’hémorroïdes. Le mot CRISE devrait donc être banni de notre langage (écolo). Nous devrions le remplacer par le mot FIN. Et là ça changerait peut-être les choses, les mentalités, les imaginaires, les rêves etc. C’est de la planification de la FIN dont il vaudrait mieux parler.

  3. Didier BARTHES

    Je suis assez d’accord avec la synthèse et les orientations proposées par biosphère et notamment l’évocation des différents niveaux de planification redescendant jusqu’au local cela me semble essentiel. Je proposerais juste deux petites restrictions sur l’analyse.
    – L’abandon de la planification a également pour cause la mondialisation des économies, ce qui rend plus petite la marge de manœuvre. Par contre bravo d’avoir souligné le rôle de la rapidité d’évolution technologique c’est un facteur trop souvent négligé.
    – Je ne pense pas que l’épisode épidémique que nous venons de connaître ait montré que l’on pouvait restreindre l’économie aux besoins fondamentaux. Cela n’a marché qu’à cause du temps très court, les autres besoins étaient fournis sur les stocks (nos ordinateurs ne sont pas tous tombés en panne et nos voitures non plus pendant ces trois mois.) mais surtout, les revenus de tous les gens (c’est la majorité) qui vivent sur la production de biens « superflus » ont été maintenus plus ou moins artificiellement. L’ensemble de l’appareil d’Etat a payé ses fonctionnaires comme si les ressources (c’est à dire les prélèvements sur la production qui par ailleurs s’écroulait) pouvait être maintenus. Il va de soi que cela ne peut durer que très peu de temps. si la crise durait, et nous entrerions là dans un terrible épisode d’effondrement par faillite en cascade et finalement par une impossibilité à payer tous les bénéficiaires de l’énorme appareil de prélèvements que constitue l’administration française. D’ailleurs à terme la simplification et l’allègement doit certainement commencer par là.

    modération de ce commentaire : attention, vous avez déjà dépassé les 1500 cataractes impartis… mais nous conservons exceptionnellement la suite :
    Je ne mets pas là en cause bien sûr la nécessité de réorienter l’économie vers nos besoins essentiels, simplement cela prendra du temps et ne peut être le résultat du prolongement d’un état de crise, mais plutôt en effet d’une planification de long terme et à tous les étages.
    Pour ma part je suis assez favorable à l’utilisation de la TVA pour orienter la consommations des biens les plus nécessaires et les moins polluants, les autres devraient être plus lourdement taxés, c’est en plus un impôt qui peut être juste, car proportionnel à notre impact et surtout facile à mettre en place (par contre il faut en supprimer beaucoup d’autres et notamment aller vers une refonte, allègement et simplification gigantesque de l’impôt sur le revenu.

    1. – « L’abandon de la planification a également pour cause la mondialisation des économies»
      En effet. Et je rajouterais la modélisation des économies. L’économie étant traitée comme une science dure, c’est désormais le règne des économistes assistés de brillants matheux qui leur élaborent de savants algorithmes. Comme pour la météo, les «gouvernants» s’en remettent donc à ces prédictions qui ne reposent que sur du vent. Les planifications dont parle Biosphère (PPE , SNBC , SRCAE et SRADDET) portent sur la sacro-sainte Transition, elles reposent notamment sur des perspectives de Croissance (peu importe la couleur) et de la fameuse Demande (celle qui tire la fameuse Offre, à moins que ce ne soit l’inverse). Là encore ce sont de grosses machinent qui moulinent et qui disent à nos «gouvernants» ce qu’ils doivent faire, combien ils doivent planter d’éoliennes supplémentaires, produire de bagnoles électriques etc.
      La planification a bien sûr son intérêt, mais elle a aussi ses limites. Notamment dans un climat instable et incertain, d’autant plus quand on est frileux, quand les engagements n’engagent que ceux qui les croient. Enfin, même avec les meilleurs machines et les meilleures volontés qui soient on ne pourra jamais planifier l’impossible.

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