Valérie Cabanes, être en harmonie avec le vivant

« Nous sommes d’abord les citoyens de la Terre avant d’être les citoyens d’un pays. » Le livre de Valérie Cabanes, « Homo natura »*, explicite cette conception du monde : « Que l’homme soit par nature un être de culture est un fait, mais en quoi cela l’extrait-il de la nature ? Nous avons perdu le sens de l’urgence quand il nous menace collectivement, car notre sentiment d’appartenance à l’humanité a été relégué à l’arrière-plan de celui qui nous lie à une nation, à un pays. Nous nous imposons au mieux quelques devoirs à l’égard de l’écosystème Terre, mais nous ne lui accordons aucun droit. Or le droit de la nature à maintenir la vie sur Terre est un préalable à celui de l’humanité si elle veut perdurer. »

Pour Valérie, notre prédation du système terrestre découle de notre volonté d’appropriation. L’article 544 du Code civil de 1804 a en effet posé l’idée que « la propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue. » Elle ajoute : « Marx a imaginé résoudre ce paradigme en promouvant l’idée d’un socialisme d’État où les moyens de production deviendraient une propriété collective via un processus de socialisation des biens. Il espérait que ce collectivisme économique mènerait au communisme intégral. Depuis 1848, date du manifeste du parti communiste, toutes les tentatives pour mettre en œuvre cette idée ont échoué parce qu’elles promeuvent l’idée que l’humanité a un droit de propriété sur les terres de la Terre. Le communisme, ce n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise. En aucun cas la notion de propriété n’est remise en question. » Or quand nous revendiquons un territoire et que nous le délimitons sur la carte du monde, nous nous isolons du reste de l’humanité. Nous ne sommes plus incités à protéger notre humanité commune, et encore moins notre maison commune, la Terre, nous ne sommes encouragés à ne protéger que notre pré carré et à le défendre. Le droit foncier occidental a poussé plus loin encore cette incitation à l’individualisme. Il a créé le droit d’héritage, ce qui restreint le partage d’un patrimoine au seul bénéfice d’une famille.

Les peuples autochtones revendiquent un autre modèle de société, ni libéral ni socialiste. Ils demandent à ce que leur soit reconnu un droit collectif d’usage de leur territoire, non un droit de propriété qu’il soit individuel ou collectif. Pour les peuples premiers, une population appartient à un territoire et non l’inverse. Ils se perçoivent comme gardiens de ce territoire dont ils assurent collectivement la gestion des communs naturels. Si nous reprenions à notre compte l’idée première des peuples autochtones, nous devrions privilégier la notion d’usufruit à celle de propriété.

* Valérie Cabanes, Homo natura (en harmonie avec le vivant) aux éditions Buchet Chastel

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