Votons pour des députés désignés par tirage au sort

résumé d’un article du MONDE* : « Le tirage au sort, en effet n’a rien d’un caprice ; dans la longue histoire de la démocratie, il a été au contraire un puissant outil au service de l’égalité des citoyens et du partage du pouvoir. « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie, le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie », résumait Montesquieu. C’est cette vieille tradition démocratique que les pays occidentaux, depuis une trentaine d’années, tentent de faire revivre.

C‘est une nécessité face à la professionnalisation de la politique, l’homogénéité sociale des élus, l’absence de rotation des mandats. La sphère politique ne doit pas être un monde à part. D’ailleurs le tirage au sort était massivement utilisé à l’âge d’or de la démocratie athénienne, aux Ve et IVe siècles avant Jésus-Christ. A l’époque de Périclès, son usage concernait même la grande majorité des magistratures. Pour Aristote, « Il est considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et comme oligarchique qu’elles soient électives ».

Mais au moment de la fondation des démocraties modernes, à la fin du XVIIIe siècle, le tirage au sort connaît une longue éclipse. Les pères fondateurs des révolutions française et américaine choisissent de confier la direction des affaires publiques à une élite éclairée. La République tourne le dos au tirage au sort en instituant un pouvoir représentatif élu. Si ce choix nous paraît aujourd’hui naturel, tant l’équation « démocratie = élections » nous semble évidente, il constitue une rupture majeure dans la tradition républicaine. Le tirage au sort repose sur le postulat d’égale capacité. Ce qui fait la légitimité d’un député, c’est sa capacité, au terme d’une discussion informée et contradictoire, à rendre un avis politique sur une question. Cette capacité n’est pas réservée aux professionnels de la politique : elle peut être celle de n’importe quel citoyen. La démocratie représentative cherche à faire émerger un gouvernement fondé non pas sur le principe de la participation de tous, mais sur celui de la distinction de quelques-uns. Les élus adoptent des jeux de posture définis par des rapports de force préalables . Dans des démocraties minées par la médiocrité des campagnes électorales, le tirage au sort présente une précieuse vertu : alors que l’élection suscite passions et divisions, le tirage au sort assure le sérieux et la neutralité des débats. L’attention pour le bien commun se renforce car les citoyens tirés au sort ont un atout majeur : la liberté. Ils n’ont pas à combattre pour se faire élire ou réélire. » 

Un livre paru début juillet, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir »**, envisage cette idée de faire de la politique autrement. On y trouve aussi bien les avantages du tirage au sort que les inconvénients des référendums et bien d’autres choses. A lire absolument avant d’aller voter.

* LE MONDE idées du 21/07/2016, La démocratie autrement, le tirage au sort

** L’écologie à l’épreuve du pouvoir de Michel Sourrouille

aux éditions Sang de la Terre, 370 pages pour 19 euros

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1 réflexion sur “Votons pour des députés désignés par tirage au sort”

  1. Michel Bellamy

    La professionnalisation de la politique est effectivement critiquable et néfaste, mais porter aux responsabilités des gens qui ne le souhaitent ou n’y sont pas prêts n’est pas meilleur.
    La réponse aux risques de professionnalisation tient évidemment dans une interdiction très stricte du cumul des mandats, tant simultanément que dans le temps. Les citoyens qui s’intéressent sincèrement à la vie publique peuvent très bien, lorsqu’ils ne sont pas aux responsabilités, militer dans un parti politique et agir dans le monde associatif.
    Le tirage au sort amènera fatalement au pouvoir des gens incompétents ou peu motivés, qui devront se reposer sur l’analyse de « techniciens » pour prendre leurs décisions. On formera ainsi, avec ces « techniciens », une caste de dirigeants irresponsables, un peu sur le modèle de la Commission européenne actuelle. Le postulat d’égale capacité est une naïveté qui confond l’égalité en droit, fondement des institutions démocratiques, avec l’égalité en dons, tirage au sort aléatoire et injuste de la nature.
    S’inspirer de la « démocratie » grecque est un non-sens, car les problèmes d’alors n’ont ni la même dimension ni la même complexité que ceux d’aujourd’hui. Tout au plus pourrait-elle être mise en œuvre au niveau d’une commune pas trop grande. Au demeurant, il ne faut pas se faire d’illusions : le régime grec était en fait celui d’une oligarchie de démagogues, liée à l’inégalité de fortune.
    Quelle que soit la solution retenue, la priorité est à une véritable formation citoyenne dans le cadre de l’Éducation Nationale.

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