Yannick Jadot et la fin programmée de notre monde

« Je n’ai pas envie d’être le candidat de la fin du monde, a déclaré Yannick Jadot. Que l’on ne nous raconte pas que l’écologie c’est le retour à la bougie, alors que s’il y a une idéologie, un programme qui a besoin de toutes les innovations, technologiques, sociales, financières pour bâtir le monde de demain, c’est bien l’écologie. »* Nous faisons deux commentaires à cette assertion du candidat de l’écologie à la présidentielle 2017 avec cette idée clé, politiques et médias doivent éviter les simplismes !

D’abord aucun écologiste ne parle de « la fin du monde ». Nous sommes (sauf accident) sortis de l’hiver nucléaire que nous promettait la course à la bombe atomique du temps de la guerre froide. Par contre la fin de notre monde, une société thermo-industrielle bercée par les délices de l’énergie fossile, est déjà et sera encore plus demain une réalité. L’effondrement passé de toutes les grandes civilisations est un fait avéré. Quand une société devient ingérable à cause de sa complexité et de l’épuisement des ressources qui permettaient de faire face à ses dysfonctionnements, elle se contracte et se fragmente comme l’a fait l’empire romain. Cela ne veut pas dire que la fin de notre monde sera brutale, l’effondrement a déjà commencé. Alors que les riches ont normalement une capacité d’épargne, l’endettement vertigineux des Etats des pays développés montrent déjà que depuis des années on vit au dessus de nos moyens. La montée du protectionnisme et des nationalismes est un autre signe de la fin de la mondialisation « bienfaitrice ». La période actuelle est lourde de risques, et Yannick Jadot le reconnaît : « Avec Trump et Poutine, nous avons un nouveau monde de collaboration pour le pire, protectionnisme pour Trump et expansionnisme côté Poutine, un monde d’addition des intérêts nationalistes. Nous sommes près de la rupture… » Ne plus donner la propriété aux intérêts nationaux, c’est un complet bouleversement de la politique telle qu’elle est conçue aujourd’hui au niveau international. Il faut le dire, la protection du niveau de vie des Américains (ou des Français…) doit être remis en question. Un candidat écologiste à la présidence ne peut pas bercer les citoyens de fausses promesses, le monde de demain sera plus dur et nous devons nous y préparer. Entrer dans la voie de la sobriété heureuse, c’est remettre en cause tous les fondements de la société de consommation, la publicité et la mode, l’achat à bas prix et les soldes, les produits venant de l’autre bout du monde. Produire et se déplacer autrement, c’est aller à l’inverse de toutes les conceptions culturelles aujourd’hui. Oui, la fin prévisible de notre monde devrait être expliquée aux citoyens par Yannick Jadot.

Au niveau technologique, il est vrai que les imbéciles parlent des écolos comme d’un « retour à la bougie » ou à « l’âge de pierre ». Il ne s’agit pas d’opposer de façon simpliste technophobes et technophiles. Des auteurs ont présenté un dualisme, techniques acceptables d’un côté, pernicieuses de l’autre :  techniques démocratiques ou autoritaires pour Mumford (1962), outil convivial ou hétéronomes pour Ivan Illich (1973), techniques « enchâssées » et techniques « branchées » pour Teddy Goldsmith et Wolfgang Sax (2001), technologie cloisonnée contre technologie systémique avec Ted Kaczynski (2008). Un  tableau synthétique avait déjà été présenté dans un numéro spécial du Nouvel Observateur en juin-juillet 1972, « spécial écologieLa dernière chance de la Terre » :

Société à technologies dures Communautés à techniques douces
Grands apports d’énergie non renouvelable

Matériaux non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie renouvelable

matériaux recyclés

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

La résilience, la capacité de résister à effondrement de la civilisation thermo-industrielle, passe nécessairement par la sobriété partagée et par les low tech, les techniques douces aux humains et à la nature. C’est le discours que j’attends du 8ème candidat de l’écologie à la présidentielle depuis 1974.

* LE MONDE du 6 janvier 2016, L’écologiste Yannick Jadot refuse d’être le « candidat de la fin du monde »

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4 réflexions sur “Yannick Jadot et la fin programmée de notre monde”

  1. @ biosphère
    Je connais le lieu commun  » il n’est jamais trop tard …  »
    Je suis toutefois totalement d’accord avec les deux autres phrases.

  2. Bonsoir
    Déjà, je pense que n’est pas parce que la course aux armements nucléaires s’est calmée, que le risque de guerre nucléaire n’existe plus. Ceci dit je suis globalement d’accord avec les deux commentaires développés dans l’article.

    Citation : « Un candidat écologiste à la présidence ne peut pas bercer les citoyens de fausses promesses, le monde de demain sera plus dur et nous devons nous y préparer… la fin prévisible de notre monde devrait être expliquée aux citoyens par Yannick Jadot. »

    Expliquer aux citoyens … leur expliquer qu’il y a des limites, qu’on ne peut pas ranger 13 œufs dans une boite de 12 sans faire une omelette … moi je veux bien.
    Toutefois je me dis que tout ça, ils le savent parfaitement.
    Expliquer, informer, c’est déjà ça. Et bien d’autres avant Yannick Jadot l’ont fait et le font encore, ne serait-ce que Biosphère. Seulement, expliquer est une chose, faire comprendre et faire accepter, c’est autre chose. D’un côté nous avons besoin d’un bon pédagogue qui maîtrise son sujet, mais de l’autre, de quoi aurions-nous besoin, mis à part d’une baguette magique ?
    À ces … non pas citoyens (où sont-ils d’ailleurs ?) , mais à ces esclaves qui ne peuvent ni voir ni entendre, à cette populace formatée à consommer toujours plus et appelée régulièrement à élire des marionnettes supposées avoir les moyens de changer les choses … mais comment donc leur faire comprendre et surtout accepter cette idée si dérangeante de l’effondrement de notre civilisation ? Nous sommes dans une impasse.
    Seule l’éducation permettrait à ces esclaves de sortir de leur caverne pour affronter la réalité en face, hélas je pense qu’il est trop tard.

    1. @ Michel C
      il n’est jamais trop tard pour faire qqch,
      il faut se battre contre l’inertie sociale et la bêtise avec l’énergie du désespoir.
      L’espèce humaine peut aussi témoigner de grandeur… même dans la défaite.

  3. Il y a une chose qui saute aux yeux dans cette comparaison société dure – société douce, c’est que toutes les caractéristiques de la société douce sont celles des sociétés d’avant.
    Il faut en avoir conscience et tant pis si les anti-écolos nous accusent d’être passéistes et préfèrent une course vers toujours plus de technologie.
    Ce sont bien ces sociétés du passé qui ont duré et non celle dans laquelle nous vivons qui ne tiendra sans doute pas un siècle encore.

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