Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

Le récent positionnement politique de Yannick Jadot clôt la parenthèse 1994-2019. En 1986, Antoine Waechter fixait ainsi la ligne politique des Verts : « l’écologie politique n’est pas à marier. » Le ni-ni (ni droite, ni gauche) domine, les Verts considèrent que l’écologie est un nouveau courant de pensée politique différent des partis productivistes. Mais lors de l’Assemblée générale des Verts à Lille en 1994, l’alliance à gauche de l’écologie politique est devenue la norme. La participation au gouvernement Jospin puis Hollande, la constitution de groupes parlementaires grâce au PS, le ralliement du présidentiable écolo Jadot en 2017 au PS d’Hamon… se sont terminés par un désastre électoral. Merci Macron d’avoir fait éclater le vieil antagonisme droite/gauche, c’est là votre seule victoire ! C’est pourquoi la proportionnelle aux Européennes 2019 ont redonné leur autonomie aux écolos et un succès électoral : troisième force politique après le rassemblement national et l’attrape-tout macroniste. Aujourd’hui Jadot acte clairement le fait qu’il se dissocie complètement des « vieux appareils » pour construire une vraie alternative aux simplismes de l’extrême-droite. Cela va dans le sens de l’histoire, une écologie qui sera la seule voie réaliste pour le XXIe siècle. Voici en résumé le discours de Yannick dans LE MONDE* :

« Ce n’est pas la question de la recomposition de la gauche qu’il faut se poser, mais celle de tout le champ politique pour faire face au plus grand défi auquel l’humanité ait été confrontée : sa survie. Notre mandat, c’est de sauver l’avenir, pas le passé, sauver le climat et pas les vieux appareils. Je ne participerai pas à un rafistolage du paysage politique du XXe siècle.Il n’y aura pas de société solidaire et démocratique si on n’échappe pas au chaos climatique et à l’anéantissement de la biodiversité. Pour les municipales, les jeunes ne nous ont pas donné mandat pour nous asseoir autour d’une table avec Olivier Faure, Benoît Hamon et Fabien Roussel [dirigeants du Parti socialiste, de Génération.s et du Parti communiste], mais pour agir concrètement sur le climat. Le deuxième tour se construira sur la base du programme écolo. Il est absurde qu’il y ait différents partis écolos qui se fassent concurrence. Il faut créer la structure qui va rassembler la liste Urgence écologie et le Parti animaliste. Génération.s ou La France insoumise ne sont pas des partis écologistes. Mais leurs militants sont les bienvenus s’ils souhaitent, avec nous, construire une société écologique et apaisée. Le populisme, c’est instrumentaliser les difficultés sans se donner les moyens d’y répondre. Nous avons la démarche inverse ; notre souhait est d’être dans le concret, pas dans les slogans. Notre écologie doit montrer qu’elle est sociale et positive, qu’elle est la vraie alternative à l’extrême droite. On doit donner cette espérance dans les zones qui se sentent abandonnées. L’écologie est une exigence concrète qui répond à des besoins quotidiens : chauffage, isolation, fuite d’eau. L’extrême droite se combat tous les jours en améliorant le quotidien. La seule façon de contrer la montée de l’extrême droite, c’est l’alternative écolo. L’écologie a deux pôles : le global et le local, l’Europe et les municipales. Je vais m’y investir pleinement. »

Le gros problème, c’est que la politique politicienne et l’arrivée d’opportunistes qui réclament des places d’élus fasse basculer le parti de Jadot du côté de l’écologie superficielle, apte à la langue de bois et aux mesurettes. Il reste à former les militants et les sympathisant à un discours cohérent et plus radical. Il faudrait que se diffuse dans la population un langage commun dont on pourrait définir les termes de façon suivante : Acteurs absents (démocratie), Biens communs (gouvernance), communauté résiliente (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), croissance maîtrisée (économie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), Fécondité raisonnée (démographie), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). Cette réflexion complexe sous-tend le contenu de ce blog biosphere.

* LE MONDE du 6 juin 2019, Yannick Jadot : « Nous voulons conquérir et exercer le pouvoir »

12 réflexions sur “Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche”

  1. @biosphere :
    Je n’ aime guère Marine Le Pen , caution de l’ infâme Macron, elle est peu soucieuse comme la plupart des politichiens , d’ écologie réelle (donc scientifique), son programme en matière migratoire est mou et risible (aucune mention de remigration) : elle parle même de ses compatriotes musulmans !
    Beaucoup d’ identitaires supportent bien sûr la relocalisation qu’ on peut nommer politique autarcique

  2. L’écologie défend la planète contre l’économie sur-consommatrice et pour le bien des hommes, or beaucoup n’ont RIEN et risque pour avoir un minimum de se vendre au néolibéralisme et de travailler contre l’écologie. Or Jadot promet du social, ce qui est vague…
    L’écologie doit abolir pour chaque pays le mot puissance et croissance, car la planète ne supporte pas ces compétitions économiques, mais pour cela TOUT LE MONDE DOIT POUVOIR VIVRE.
    https://lejustenecessaire.wordpress.com/2019/04/22/resistance/
    Cela est utopique, mais c’est la seule voie possible pour que survive l’humanité sur cette planète.

  3. Sur la question du rassemblement « à gauche toute » ou d’une écologie ouverte à tous, il y a déjà une réponse dans les textes d’EELV  :
    « L’écologie politique n’a pas vocation à devenir la branche supplémentaire d’un arbre déjà constitué, aussi vénérable fut-il, elle est à elle seule cet arbre, autonome, alternatif, un arbre qui entend faire forêt.L’écologie politique ne sera jamais neutre vis-à-vis du clivage droite-gauche quand il s’agit de choisir entre des politiques qui favorisent les privilégiés et celles qui se préoccupent des démunis. Pour autant, les écologistes et les gauches ne sont pas des alliés naturels. Ils n’ont pas le même ancrage historique et ne s’inscrivent pas dans le même horizon. Marqués comme la droite au fer rouge du productivisme, fascinés par ses fétiches et ses addictions, la social-démocratie et les courants marxistes restent éloignés de l’essentiel du paradigme écologiste. Les écologistes souhaitent les convaincre de changer d’orientation. Mais ils n’ont pas vocation à épouser une doctrine qui n’est pas la leur en y introduisant un peu de vitamine verte. En l’état actuel des projets respectifs, l’écologie politique n’est pas candidate à une union de la gauche où son identité se dissoudrait. (Manifeste pour une société écologique (lors de la création d’EELV le 13 novembre 2010))
    Pour le texte complet :
    http://www.eelv.fr/le-rassemblement/5277-manifeste-pour-une-societe-ecologique/

  4. Patrick de Ré

    Je n’approuve pas Yannick Jadot !
    1) Réduire l’écologie à EELV+le Parti animaliste+Urgence écologie est une erreur politique.
    2) Génération.s, LFI et le PP+PS sont bien des partis à vocation social-écologiste. Cette façon d’exclure la gauche de l’écologie, comme si elle campait éternellement sur ses bases traditionnelles est également une erreur politique.
    3) Les jeunes ont appelé à agir pour le climat et, pour le faire, il faudra tenir les rênes de la régulation publique en 2022 en faisant basculer les majorités. Il faut donc un grand rassemblement.

    1. Patrick, il s’agit de savoir si on se rassemble autour de la gauche ou autour de l’écologie. La position d’un rassemblement autour de l’écologie ne nie pas le coté social des choses, mais c’est d’abord la préservation d’un équilibre durable de la planète pour les générations futures et les non-humains qui compte. Sauf à vouloir perpétuer la dégradation de la biosphère, nous sommes tous écologistes par définition, qu’on soit de droite ou de gauche. L’écologie politique, basée sur l’écologie scientifique, TRANSCENDE les notions de droite et gauche et œuvre pour tous les humains sans exception.
      Verser dans le clivage stérilisant droite/gauche, c’est occulter la nouveauté du message de l’écologie et refuser un carrefour (un archipel) où pourraient se retrouver tous les citoyens. L’écologie est devenue le paradigme politique du XXIe siècle. Quant à la prétention des différentes forces de gauche « prêtes à se rassembler », le bal des egos et la multiplicité des gauches avait bien montré lors de la présidentielle que cela ne peut aboutir : on avait frôlé un rassemblement Hamon (PS), Jadot (EELV) et Mélenchon (LFI). Mais Jadot a dénaturé l’écologie en se dissolvant dans le PS (pour assurer une place à Cécile Duflot) et Mélenchon s’est enfermé dans l’anti-système systématique. N’oublions pas que le concept de « gauche » n’est pas en soi rassembleur, il y a autant de positions « de gauche » qu’il y a d’individus, surtout quand ils sont en position de pouvoir.

  5. Si on considère que « droite » et « gauche » ne veulent plus rien dire aujourd’hui , alors il ne faut pas s’étonner que certains soient si paumés.
    Je dis tout simplement, attention ! La droite et la gauche ce n’est pas la même chose ! Une vessie ce n’est pas une lanterne, un cercle ce n’est pas un carré ! Quoi qu’en disent les sophistes et les propagandistes.
    Toutefois, nous pouvons à la rigueur opposer « progressistes » et « populistes ». (La décroissance N°160 : « Le Progrès contre le peuple » de Pierre Thiesset).

    1. Michel C, Gauche et droite sont les vieux paradigmes qui datent de la révolution industrielle du XIX siècle, les travailleurs contre les capitalistes. Gauche et droite ont été productivistes et restent globalement productivistes. Comme l’a plusieurs fois montré Nicolas Hulot, qui a conseillé la droite ET la gauche au plus haut niveau, l’écologie est au-delà de cette différenciation, elle représente le facteur Terre qui impose ses contraintes au travail (le social) ET au capital (l’exploitation de l’homme par l’homme).
      Objectivement et stratégiquement, on doit se positionner comme écolo avant tout en montrant que l’évolution politique va vers une nouvelle bi-polarisation, la mouvance écolo d’un coté et l’extrême droite de l’autre.
      Cela n’exclut pas les militants de gauche, ils doivent choisir entre l’écologie et un populisme de gauche. Cela n’exclut pas non plus les militants du centre-droit, ils doivent choisir entre l’écologie et le populisme de droite. Penser toujours « gauche » est une erreur politique car cela ignore tout un pan de la population. Nous devons rassembler au nom de l’écologie, pas au nom de la gauche.

      1. Oui Biosphère, c’est un point de vue. Personnellement j’ai une autre vision de la gauche et de la droite, mais bon. Vous dites que nous devons rassembler au nom de l’écologie, pas au nom de la gauche. De mon côté je dirais que nous devrions rassembler au nom du bien commun. Pas besoin d’expliquer que le bien commun passe évidemment par l’écologie.

  6. Droite écolo

    LE MONDE offre une tribune à Noël Mamère, en voici un résumé et la critique grâce aux commentateurs sur lemonde.fr :
    Noël Mamère : « L’urgence et la responsabilité exigent des écologistes qu’ils fassent le premier pas vers leurs alliés naturels. Je dis à Yannick Jadot, dont les récentes déclarations et interviews me glacent, que ce n’est pas le moment de se laisser griser par l’ivresse des cimes. L’écologie « identitaire », conçue comme la seule réponse aux maux de ce monde en péril, est un rêve irresponsable qui peut vite tourner au cauchemar politique. » (LEMONDE du 7 juin 2019)
    miphi : Noël Mamère en fait un peu trop quand il dit que les propos de Jadot le « glace ». Jadot n’a jamais dit qu’il voulait être seul, il affirme seulement ne plus vouloir être à la botte d’autres partis. Il a raison.
    Grabotte : Mamère voit le monde à travers ses petites lunettes d’anciens. Jadot a été malin pour les Européennes en refusant les alliances. Il a raison de dire « je vais pas perdre mon temps à négocier avec tous les autres petits coqs de la gauche, on sera plus clairs seuls ». En terme stratégique, s’il regarde le passé, il a raison de se dire que la dilution des écolos dans la gauche à groupuscules ne leur réussit pas.
    le sceptique : Si l’écologie est l’enjeu politique du siècle et de la planète, cela n’a aucun sens de rabattre cela à des questions pusillanimes de droite-gauche en France. Personne n’échappe à un enjeu qui s’impose de lui-même, autant dire « attention moi je suis écolo, jamais je ne lutterai contre le trou dans la couche d’ozone avec des libéraux et des conservateurs » : tout le monde conçoit que c’est stupide.
    Olaf : Je suis de centre- droit et écologiste. Est-ce possible ? Si les Verts tendaient à la main à cet électorat, une partie la saisirait. Pourquoi faut-il donc être de gauche pour être écologistes… Je connais beaucoup de personnes de droite qui ont voté vert aux Européennes pourtant. Arrêtons ces oppositions binaires et stériles. Allez les Verts, on est les plus forts.

    1. Déjà, ne prenons pas Noël Mamère comme une référence … Voilà un gars que l’on peut écouter discourir avec plaisir. Le seul problème, c’est que c’est une vrai girouette. Depuis les années 90 avec Lalonde (et GE) jusqu’à Place Publique en 2019 et au passage Génération.s en 2017, il met son verbe au service … de sa seule personne. Alors, OK, l’écologie sociale c’est son truc depuis plus de 20 ans et je ne pense pas que la campagne des européennes n’ait dit autre chose que « Fin du monde, fin du mois même combat ». Donc sur l’orientation générale, nous ne divergeons pas. Mais c’est sur la méthode. Quand Podémos a pris les mairies de Barcelonne, de Madrid et d’autres, ils n’ont pas cherché d’abord à négocier avec le reste d’une gauche sclérosée, ils ont d’abord mobilisé autour de leur radicalité politique, autour de leur nouveauté dans un paysage politique fossilisé. Alors pourquoi nous en France, l’avenir de l’écologie politique en passerait pas Guillaume Balas, par Anne Hidalgo, par Martine Aubry, par Stéphane Le Foll, etc ?

  7. Au fait , les nationalistes identitaires opposés à l’ immigration massive de peuplement et malthusiens sont -ils des extrêmedroiteux ? Brrrrrrrrr !
    Une question , qu’ est – ce donc que l’ extrême droite ? Des skinheads (têtes de peaux) , des brutes préhistoriques, des chrétiens intégristes , des admirateurs de Pinochet , Banzer , Somoza, Noriega , Videla , du général Milans del Bosch , des fans des escadrons de la mort genre Einsatzgruppen , des financiers de Wall street ????? Vite une réponse svp !
    Damned , si un extrême droiteux (ultradroiteux) est un malthusien , un opposant à l’ immigration – invasion et au regroupement familial , un antiislam , un identitaire , un opposant à la fausse démocratie , un ennemi du mondialocommunisme (socialisme) , un opposant au règne des multinationales , alors je suis de l’ hyperdroite (bigre) .

    1. Marcel, si les identitaires votent écolo à toutes les élections et pas du tout Marine Le Pen, si les identitaires sont profondément démocratiques, alors pourquoi pas accueillir les identitaires malthusiens au sein de l’écologie politique… Encore faut-il qu’ils penchent pour une véritable relocalisation, ce qui va bien au delà de l’identité « nationale ».

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