de 1182 à 1999

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Origine de ce livre : Cycle de conférences sur la philosophie de la crise écologique à Moscou, en 1990

1/7) Présentation générale

La thèse selon laquelle le XXIe siècle sera le siècle de l’écologie peut été accréditée, notamment parce que les hommes n’ont pas entrepris grand-chose, ces vingt dernières années, pour tenter de résoudre la question environnementale. Comme Hans Jonas l’avait pressenti, il est naïf d’espérer pourvoir résoudre le problème simplement au moyen de techniques environnementales. Ce serait aussi un leurre d’espérer résoudre la crise écologique au travers de simples mesures économico-politiques. C’est d’une modification de notre rapport à la nature, mais aussi d’une révision de nos valeurs dont nous avons besoin. Le vœu majeur de notre temps me semble adéquatement formulé dans l’aspiration à une philosophie de la nature qui cherche à  concilier l’autonomie de la raison avec une valorisation intrinsèque de la nature. La thèse centrale de ce livre est que le niveau de vie occidental n’est pas universalisable ni, par conséquent, juste.

La justice ne doit pas uniquement s’appliquer aux membres d’une même culture : elle doit être étendue vers l’avant et vers l’arrière dans l’espace et dans le temps, se préoccuper de ce qui la précède – la nature, les cultures archaïques – autant que des générations futures.

2/7) Question sur la chute du Mur de Berlin

Une époque de remise en question comme la chute du mur de Berlin était propice à une réflexion sur l’avenir. L’interrogation aurait du porter sur ce qui devait être imité par l’Est du modèle occidental. On peut légitimement soupçonner que l’attrait qu’exerce l’Occident sur de nombreux citoyens du bloc de l’Est était essentiellement imputable à leur volonté de rattraper le niveau de vie occidental. D’un autre côté, il aurait été inquiétant que ce souhait-là se substitue à toutes les autres valeurs. En définitive, le besoin de liberté intellectuelle est largement passé après l’assouvissement prioritaire des besoins consuméristes. Les pays de l’Est ont importé principalement les vices occidentaux. On peut donc s’attendre à ce que la plupart de leurs concitoyens, à l’instar des classes privilégiées des pays du tiers-monde, deviennent des répugnantes caricatures de l’Européen de l’Ouest moyen, et multiplient les besoins.

Or l’universalisation du niveau de vie occidental est un processus qui ruinerait écologiquement la Terre. De ce constat suit, en vertu de l’impératif catégorique, un principe simple selon lequel le niveau de vie occidental n’est pas moral. Si tous les habitants de cette planète gaspillaient autant d’énergie, produisaient autant de déchets, rejetaient autant de produits toxiques dans l’atmosphère que les populations des pays riches, les catastrophes naturelles vers lesquelles nous nous dirigeons auraient déjà eu lieu. Il paraît insensé que les pays dont l’économie était planifiée aient adopté le système social occidental sans songer à le corriger. S’approprier un tel système revient à s’exposer prochainement à un nouveau séisme d’amplitude encore plus grande que celui de 1989.

La conservation des fondements naturels de la vie doit constituer une des fonctions principales de l’Etat. Plus tôt nous prendrons des mesures face aux menaces du XXIe siècle, moins le risque sera grand de voir l’Etat sombrer dans un état d’exception. L’apparition de catastrophes sociales d’une ampleur redoutable a toujours été dévastatrice sur le plan démocratique. Certains contemporains bien-pensants choisissent le beau rôle lorsqu’ils se contentent, en guise de contribution à la résolution du problème environnemental, d’agiter le spectre de  la « dictature écologique ». Il est certain que cela serait un malheur terrible, mais on peut être sûr d’y être exposé si la démocratie ne se donne pas les moyens de résoudre elle-même le problème écologique.

3/7) L’Etat national-socialiste

L’Etat libéral classique ainsi que l’Etat providence et l’Etat socialiste appartiennent au paradigme de l’économie. Une politique extérieure musclée émane le plus souvent des Etats qui préconisent l’égalité sociale intérieure. Afin de satisfaire les besoins économiques de ses propres citoyens et, par conséquent, de maintenir la paix sociale, l’Etat moderne est contraint de mener une politique d’exploitation expansive unique dans l’Histoire universelle. Le philosophe Hans-Dieter Klein a avancé l’idée en 1989 que la politique mondiale contemporaine possède une structure profondément « nationale-socialiste ». Ce qu’il y a de terrifiant dans cette association, c’est évidemment le spectre du national-socialisme allemand ainsi que la suggestion pleinement assumée indiquant qu’il ne s’agit pas d’un égarement anormal de ce siècle infâme, mais bien de la manifestation parfaitement logique de son épouvantable essence.

Lorsque les besoins de sa population s’accroissent de façon anarchique, l’Etat national-socialiste doit effectivement tenter de prélever les éléments nécessaires à l’assouvissement de ces besoins là où la résistance est la plus faible. Dans cette optique, deux options majeures sont à la disposition de ces Etats : d’une part la nature, d’autre part les nations encore régies par des rapports de type féodal (les peuples du tiers-monde). Parallèlement, on affirme que, puisqu’elles n’existent pas encore, les générations à venir ne peuvent prétendre à aucun droit. La contradiction fondamentale repose sur le fait que ces pilleurs bafouent à l’échelon international des principes moraux qu’ils appliquent à l’échelon national (l’égalité). Il ne fait aucun doute que la structure nationale-socialiste de l’économie mondiale actuelle implique que la pacification sociale à l’intérieur de l’Etat s’accomplisse grâce à une exploitation conjointe de la nature et du tiers-monde, et se traduise ainsi par une aggravation de la crise écologique. Si on ne parvient pas à la juguler, cette aggravation provoquera des catastrophes en comparaison desquelles les cataclysmes sociaux annoncés par Marx nous paraîtront bénins.

Je trouve grotesque de critiquer le capitalisme en évoquant la paupérisation de la classe ouvrière du monde industrialisé ; il s’agit là d’une avanie éhontée à l’endroit des dizaines de milliers d’individus qui meurent quotidiennement de faim dans le tiers-monde. Il serait en outre naïf de croire que les politiques syndicales aient pour priorité d’améliorer le sort des chômeurs au détriment des avantages matériels de ceux qui ont un emploi. Je pense qu’il existe un réel danger qu’une lutte acharnée entre les différentes dictatures écologiques pour le partage des dernières ressources soient engendrées par la structure profondément « nationale-socialiste » de la politique mondiale actuelle.

 

4/7) L’écologie, de droite  ou de gauche ?

Ce ne sont pas les différents régimes de propriété des moyens de production qui déterminent les modalités d’exploitation de la nature mais bien la mentalité de ceux qui prennent des décisions importantes. C’est avec sagacité qu’André Gorz a subsumé l’économie contemporaine capitaliste et socialiste sous un concept plus large, l’industrialisme.

Cela est difficile à faire admettre à ceux qui restent tributaires de l’illusion simplificatrice du modèle gauche/droite. Mais on se rend compte actuellement que des chrétiens démocrates et des sociaux-démocrates partageant une même sensibilité écologique sont plus proches les uns des autres que de leurs camarades de parti qui restent attachés au modèle productiviste. Les termes « droite » et « gauche » ont-ils encore un  sens dans les mentalités européennes à l’Ouest. Il est évident que la signification des prédicats politiques classiques évolue avec un changement des paradigmes. Pensez par exemple aux mots « réactionnaire » ou « progressiste ». Ils ne prennent leur sens que dans le cadre d’une philosophie de l’Histoire. Du point de vue du paradigme de la pensée productiviste, le progressiste veut accroître la consommation d’un plus grand nombre de gens possible ; dans le cadre du paradigme de l’écologie, un tel comportement pourrait passer pour réactionnaire puisque celui-ci nous éloigne encore davantage d’une situation saine de l’environnement naturel.

Pour les auteurs classiques, y compris Marx, la valeur est une quantité de temps de travail écoulé. Aussi la nature non exploitée recèle une valeur nulle. On reconnaît dans cette position anthropocentrique le pendant économique de l’altération cartésienne de la nature. La nature, chez Smith, Ricardo et Marx, n’a aucune valeur en soi. Cette conviction, profondément enracinée, est l’une des causes principales de la crise écologique. Le prix des marchandises devrait intégrer les dépenses nécessaires à la régénération des ressources naturelles endommagées par la production de ces marchandises. La taxe sur le pétrole est un moyen de faire payer au pollueur les coûts engendrés par les voitures au détriment de la collectivité. Cependant, il vaudrait mieux que les recettes issues de cette taxe soient employées, par exemple, au reboisement des forêts, au lieu de servir à la construction de nouvelles autoroutes. Désormais, le progrès de l’humanité n’est plus lié à la question de savoir comment procurer une voiture à tout le monde, mais à celle de savoir comment restreindre au maximum le trafic automobile.

Un grand politique doit avoir une vision des choses axées sur un objectif ayant une valeur intrinsèque. La clef de voûte de cette vision des choses doit consister en une réconciliation entre l’homme et la nature. Le respect de notre loi morale intérieure doit s’accorder avec le ciel étoilé au-dessus de nous.

5/7) La question techno-scientifique

En tant que savoir portant sur les causalités empiriques, les sciences modernes sont incapables de prendre en compte les questions de sens ou de valeur, puisque de telles questions renvoient précisément à un domaine de la connaissance qui transcende toute analyse empirique des causes. Nul ne peut nier qu’en biologie par exemple, des progrès considérables ont été accomplis depuis Aristote. Pourtant, si l’on compare la manière qu’avait Aristote d’intégrer tous les êtres vivants au sein de l’ensemble de l’être, au refus des sciences modernes de la nature de réfléchir sur les fondements de leur propre entreprise, on en vient à se demander si cette tendance peut véritablement être assimilée à un progrès.

Seul l’être humain (lequel est lui-même un produit de la nature et donc une partie intégrante de celle-ci) est capable de pénétrer le principe de la nature et, par un mouvement de prise de distance, de transcender celle-ci en se plaçant comme son autre. Dans cette ambivalence de la nature humaine réside toute l’ambiguïté du rapport qui existe entre l’être humain et la nature. Cette relation singulière entre « nature » et « être humain » soulève un problème ontologique fondamental. Dans l’histoire plusieurs conceptions de ce rapport se sont succédé ; d’une nature « totalisante » de la nature chez les Anciens, nous sommes aujourd’hui passés à une conception « hétérogène » de la nature. Jamais il n’aurait pu venir à l’esprit des Grecs de saisir l’être humain dans un rapport d’opposition à la physis. Pour les Anciens, les mathématiques et les sciences ne peuvent servir qu’à découvrir et à observer le monde, dans lequel il s’agit d’intervenir le moins possible. C’est à travers l’enseignement chrétien de la transcendance de Dieu que la nature a pu être « désontologisée », c’est-à-dire vidée de sa substance propre. L’idée que la nature peut être régie par un système invariable de lois n’aurait vraisemblablement pas pu surgir ailleurs qu’au sein d’une pensée monothéiste. De toutes les religions monothéistes, le christianisme est la seule à réserver une place aussi centrale à l’être humain au sein de son dogme. Ainsi, le fait que Dieu se soit fait lui-même être humain, en la personne de Jésus-Christ, n’a certainement pas été sans avoir d’effet.

C’est chez Descartes que le rapport d’opposition va apparaître pour la première fois. La doctrine cartésienne de la nature est au cœur du présent ravage exercé par l’être humains sur la nature. Heidegger avait raison de prétendre que la technique moderne porte en elle une ambition secrète, celle d’une soumission cartésienne de la nature. Parallèlement, cette démarche s’est accompagnée d’un désir de recréer la nature sous la forme d’un univers technique dans lequel on ne trouverait plus que des artefacts. Comme l’être humain fait partie de la nature, tout effort de domination sur la nature doit donc, poussé à son terme, conduire à une domination de l’être humain par lui-même : cette domination s’étant déployée sur la nature, elle se retournera ensuite contre nous. L’être humain qui perd son travail, remplacé par un ordinateur, perd avec celui-ci plus qu’un gagne-pain, puisque c’est d’un rapport au monde qu’on le prive. C’est d’ailleurs la désintégration du lien social qui constitue l’une des principales raisons de l’incapacité du politique à faire face à la présente crise écologique. Les conséquences sociales de la technique, combinées à la métamorphose du monde extérieur en une pure objectivité par les sciences modernes, ont ouvert la voie à un essor des techniques de contrôle des sociétés.

Pourtant il existe une supériorité de l’organique sur l’artificiel. L’organisme possède de fait ce que Kant nomme une finalité interne. La finalité de l’artefact, au contraire, est simplement externe. Cette finalité interne s’approche plus du principe de l’autodétermination que la finalité externe et c’est la raison pour laquelle celle-ci a une valeur plus importante et ne doit pas être sacrifiée au bénéfice des artefacts. Le désir de vivre dans un monde technomorphe s’égare sur le sentier de la folie lorsqu’à la construction de machines capables de remplir des fonctions qui ne peuvent être effectuées par des voies naturelles s’ajoute la substitution du vivant par une  chose inerte qui n’en est que le pitoyable reflet.

6/7) Pour une nouvelle philosophie

Les pensées de Leibniz, de Schelling et de Hegel sont les plus grandes tentatives de fondation d’une philosophie anticartésienne de la nature, c’est-à-dire une philosophie dans laquelle la nature ne serait plus conçue dans une opposition dualiste et dans laquelle on lui reconnaîtrait une valeur intrinsèque. Il est aujourd’hui nécessaire de reprendre cette tradition et de l’approfondir. Celle-ci pourrait en effet servir à poser les limites de la soumission du monde naturel à notre volonté. En outre, cette forme de pensée pourrait aussi contribuer de manière concrète à concilier sciences modernes de la nature et préoccupation pour notre planète.

La nouvelle philosophie de la nature devra parvenir à se débarrasser des œillères qui obstruent toujours sa vue, à savoir les deux principales prémisses des sciences naturelles et des techniques modernes. D’une part, il convient de réfuter l’idée centrale de la théorie moderne des connaissances suivant laquelle la nature n’est rien de plus qu’une construction de l’être humain. D’autre part, on doit également rejeter l’opposition binaire dans laquelle sont tenus sujet et objet. Rappelons que cette philosophie à venir est celle de l’idéalisme objectif, dont la principale force réside dans le fait qu’elle est fondée sur un argument réflexif. D’une part, cette pensée peut satisfaire aux exigences du réalisme, dans la mesure où elle conçoit l’esprit comme un produit de la nature. D’autre part, l’idéalisme objectif est également apte à répondre aux exigences de l’idéalisme subjectif en ce qu’il peut montrer comment un esprit de nature finie est capable, au moyen d’une pensée apriorique (dont la fonction est de saisir des structures idéales), d’appréhender la nature.

La crise écologique nous fait ressentir la nécessité d’une perpétuation amendée de l’éthique kantienne. Je maintiens à la suite de Kant que la loi morale appartient à un monde idéal. Mais cette loi n’est pas pour autant ontologiquement et radicalement hétérogène au monde naturel : elle en est plutôt le fondement. Dans la mesure où la nature participe des structures de ce monde idéal, elle possède une valeur intrinsèque. Un organisme vivant ne peut survivre qu’à la condition de pouvoir « assimiler » son environnement. Et cette assimilation est d’autant plus complexe que cet organisme est évolué : la plante n’absorbe que des minéraux pour sa nutrition, mais les substances organiques sont nécessaires à la survie des organismes hétérotrophes que sont les animaux. La finitude des animaux est ce qui garantit que ceux-ci ne détruisent pas la rétroaction négative qui caractérise l’écosystème dans lequel ils vivent. Les lions sont incapables d’éradiquer toues les gazelles, et c’est ainsi qu’ils assurent leur propre survie. Mais ces mécanismes régulateurs seront annihilés du fait de la croissance indéfinie de la puissance humaine, s’ils ne sont pas sciemment protégés par une sagesse qui se présente comme l’avocate de la nature.

De cette revalorisation métaphysique de la nature résulte une importante modification de l’éthique kantienne : la nature, elle aussi, est l’objet de devoirs moraux. Elle « matérialise » des valeurs qui ne doivent pas être supprimées sans nécessité. Une espèce est le résultat d’un processus sélectif s’étendant sur des millions d’années, c’est le réceptacle d’une grande sagesse naturelle. L’éradication d’une espèce ne peut donc être considérée comme morale que dans le cas où cela contribuerait à la préservation de la vie humaine (comme par exemple la mouche tsé-tsé). En effet la valeur s’exprimant dans l’être capable de se poser par lui-même la question de la valeur est infiniment supérieure à la valeur organique. Mais il est impensable de tolérer que des biotopes entiers dans lesquels seules certaines espèces peuvent survivre soient tapissés de béton ou recouverts d’autoroutes qui continuent d’accroître la mobilité des hommes – c’est-à-dire leur aptitude à se fuir eux-mêmes en quittant un lieu toujours plus rapidement sans pour autant savoir précisément en quoi  ce déplacement est véritablement pertinent.

7/7) citations

- Le consensus et la force sont des facteurs de stabilité sociale inversement proportionnels : plus le consensus est large, moins la force est présente, et vice versa.

- Lorsque l’élaboration d’un nouveau consensus échoue, un changement de paradigmes conduit à une montée de violence, à une révolution, mais aussi à une contre-révolution.

- A la suite de cette tragédie que fut la guerre de Trente ans (1618-1648), on commença à comprendre que l’homogénéité confessionnelle ne constitue pas une condition indispensable au bon fonctionnement des relations sociales. L’homme semble avoir besoin de catastrophes pour apprendre.

- La nation est, au moins depuis le XIXe siècle, le nouveau paradigme. Il est cependant clair que la nation est une catégorie nécessairement anti-universaliste alors que les grandes religions sont par définition plus « universalistes ». On peut donc interpréter ce changement de paradigme comme étant une régression.

- L’économie prend la place de la nation comme celle-ci avait pris la place de la religion.

- Rien n’est plus typiquement emblématique de l’esprit de notre temps que cette fête de Noël (censée représenter la naissance du fondateur d’une religion à l’origine ascétique) qui a dégénéré en un rite purement commercial qui, à la fin de l’année, mène à son paroxysme la fièvre consumériste.

- Il est manifeste que le vice majeur de l’époque moderne est de faire abstraction de la qualité tout en convertissant ce qui est qualitativement incommensurable en un équivalent quantitatif.

- Il n’est pas bien sorcier de comprendre qu’une croissance quantitative n’a pas du tout pour corrélat nécessaire un plus grand bien-être.

- Le principe du gratte-ciel et de la mégalopole reflète une double négation, verticale et horizontale, de la limite et de la mesure.

- La destruction de l’harmonie des petites villes a largement contribué à rendre l’âme de l’homme moderne inapte à ressentir l’harmonie plus vaste qui la lie au cosmos.

- L’économie ne représente pas le point d’ancrage de toute culture. Elle ne joue ce rôle prépondérant que depuis peu et elle pourrait bientôt perdre cette prérogative.

- La crise écologique annonce la relève d’un paradigme dépassé : nous sommes au seuil de cette nouveauté. Le paradigme de l’économie doit céder la place au paradigme de l’écologie.

- Efficacité et parcimonie sont des vertus traditionnelles de l’économie. Ce sont aussi en même temps des vertus écologiques.

- On peut espérer que la crise écologique soit reconnue comme l’ennemi public de l’ensemble de l’humanité, celui contre lequel elle ne pourrait mener qu’une lutte collective. Mais il ne serait pas étonnant que la question écologique ouvre la voie à de nouvelles guerres.

- On ne peut parler de droits des générations à venir qu’au sens figuré ; mais c’est bien l’humanité, l’idée de l’homme, qui a pour droit inaliénable de se réaliser également à travers les générations à venir.

- Pour les générations futures, nous avons besoin d’un équivalent dans le droit public de la figure du tuteur présente dans le droit civil.

- Les parlementaires ne défendent pas, dans un Etat de droit moderne, les intérêts de leurs électeurs ; ils défendent l’ensemble du peuple. Ceux-ci devraient prendre conscience  que « l’ensemble du peuple » ne se réduit pas aux générations actuelles.

- Le droit de mettre au monde autant d’enfants qu’on le souhaite ne peut plus être reconnu là où l’universalisation de ce droit épuiserait la nature.

- On ne saurait aujourd’hui faire l’impasse sur la mise en place de mesures politiques restrictives envers ce droit. Il va de soi qu’un contrôle volontaire des naissances reste l’option à privilégier.

- Ce sera une des tâches principales de l’éthique du siècle de l’environnement que de renoncer à l’« infinitisme » de l’époque moderne et de retrouver le chemin de la mesure (et pas seulement en ce qui concerne l’évolution démographique).

- Nous devons réapprendre à voir dans la « pléonexie », dans la volonté de posséder toujours plus, un trait de caractère qui témoigne de la bassesse d’un individu. Nous devons réapprendre à dire : Ca suffit » ; nous devons réapprendre à aimer les limites.

- Celui qui veut améliorer le monde doit commencer par s’amender lui-même.

- La condition de notre propre liberté réside dans un certain degré d’ascétisme : celui qui a besoin de beaucoup de choses pour se sentir bien physiquement, voire pour conserver la reconnaissance de ses pairs, celui-là n’est pas un homme libre.

- Tout changement de paradigme moral implique nécessairement que ceux qui défendent de nouvelles valeurs se heurtent à toutes sortes de réactions hostiles. Personne, en effet, ne voit d’un bon œil qu’on lui ôte le fondement de son amour-propre.

- Doit-on admettre des actes qui, pour contribuer à la sauvegarde de l’environnement, endommagent des biens ? En un mot : les activités de Greenpeace ne sont-elles pas non seulement morales mais aussi légales ?

(Wildproject, 2009)