de 1182 à 1999

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

L’édition originale de 1936, The value of Voluntary Simplicity, a été traduit et édité en français par les éditions « Le pas de côté » en 2012. Voici quelques extraits :

La sobriété est une question relative, qui dépend du climat, des coutumes, du caractère de l’individu. Par exemple en Inde, chacun, pauvre comme riche, s’assied par terre, et il n’y a pas de chaises. Un grand nombre d’Américains, les pauvres comme les riches, pensent qu’ils doivent posséder une automobile et considèrent le téléphone comme extrêmement important. Ce qu’est la simplicité pour un Américain serait loin d’être simple pour un paysan chinois. Dans la mesure où les désirs de l’humanité sont illimités – et nous tendons tous à justifier nos désirs -, quelles limites devons-nous nous fixer ? C’est à chacun de déterminer le degré de simplification à atteindre. Mais il est facile de voir que nos existences individuelles et notre vie collective seraient grandement changées si tout le monde simplifiait ses desseins.

1/8) Les dérives de la société de consommation

L’idée d’Henry Ford selon laquelle la civilisation progresse avec l’augmentation des besoins des gens a l’air sensée. L’énorme quantité de papier et d’encre destinés à la publicité ajoute du poids à cette croyance. L’objectif de la publicité est de stimuler vos envies de biens matériels, vous serez sage d’éviter d’en regarder trop. La cupidité et la compétition sont aussi deux éléments nuisibles. La rivalité ostentatoire – imiter à tout prix les voisins – est une caractéristique marquante de la vie moderne (cf. Thorstein Veblen). Nous payons plus pour nous divertir que pour nous protéger du froid, de la maladie, des criminels. Nous déboursons chaque année 700 millions de dollars pour  des cosmétiques et des salons de beauté [aux USA en 1936], et en 1919 nous avons dépensé plus de deux milliards pour fumer.

Les relations créées par la science, la machine et la monnaie sont mécaniques plutôt qu’organiques. Lorsqu’un moyen est utilisé intensément et sur une longue période, il finit par revêtir le caractère et l’influence d’une fin en soi. Nous sommes tous influencés par les outils que nous utilisons. Lorsqu’une personne vit au milieu de possessions pléthoriques, celles-ci constituent un environnement qui l’influence ; sa perception des relations humaines importantes est susceptible de devenir obstruée. En apparence, les machines et l’argent nous procurent plus d’énergie, mais ils se nourrissent de notre énergie intérieure et nous en dépouillent. Les pays mécanisés ne se démarquent pas par leur temps libre. N’importe quel voyageur ayant visité l’Orient peut témoigner que le rythme de vie y est bien plus détendu que dans l’Occident industrialisé. Afin de corriger notre sur-mécanisation délirante, la simplicité n’est pas dépassée mais grandement nécessaire.

2/8) Les résistances à la simplicité volontaire

La simplicité volontaire a été prêchée et pratiquée par les fondateurs de la plupart des grandes religions (Bouddha, Moïse et Mahomet) ainsi que par des meneurs d’hommes (Lénine ou Gandhi). Mais la vaste quantité de choses que nous donnent la production de masse et le commerce, le développement de la science et la complexité de l’existence dans les pays industrialisés, ont semé le doute sur la validité de cette pratique et de son principe.

Revenir à la simplicité signifierait à coup sûr, pour la plupart d’entre nous, le retour d’une grande quantité de corvées que nos appareils modernes complexes exécutent pour nous. Aussi compliqué que soit notre attirail, ne nous protège-t-il pas contre la famine, la maladie et les températures extrêmes ?

3/8) Luttons contre la société de consommation

Les actions comptent plus que les mots. La simplicité volontaire affecte en premier lieu la consommation. Elle instaure une limite d’achats. La consommation est le secteur dans lequel chaque individu peut influencer la vie économique de la communauté. Le consommateur a donc le devoir de réfléchir et de se conformer à un niveau de consommation pour lui-même et sa famille. Doit-il posséder trois ou un seul chapeau ? Sa maison doit-elle comporter une salle à manger séparée ?

Je ne cherche pas à fixer un niveau de consommation universel, car c’est une question que chacun doit régler pour lui-même. Un mode de vie simple agit comme un moyen de dissuasion contre l’ostentation et décourage à la fois l’avarice et la compétition. C’est à la portée de chacun d’entre nous.

4/8) Luttons contre le capitalisme et le luxe

Le capitalisme n’est pas une simple organisation extérieure de banquiers et d’industriels. Ceux qui veulent le réformer ou l’éradiquer ont généralement intériorisé certaines des attitudes, des manières automatiques de penser et de désirer inhérentes au capitalisme. L’exploitation des êtres humains est un mal ancestral, plus vieux que le capitalisme. Le plus grand fossé est celui qui sépare les riches et les pauvres. Le premier pas que je peux faire pour réduire ma participation à l’exploitation, c’est de vivre dans la simplicité.

Tout superflu demande un travail inutile. La production et la consommation de produits de luxe détournent le travail et le capital de tâches plus bénéfiques socialement ; elle empêche souvent une utilisation plus judicieuse des terres ; et elle gaspille les matières premières qui pourraient être employées à meilleur escient. En conséquence, cela tend donc à augmenter le prix des biens de première nécessité et renforce la misère des plus démunis. Mais ceux qui travaillent dans le secteur du luxe sont, lors d’une dépression économique, dans la position la plus précaire qui soit, puisque dans ce cas les dépenses consacrées au superflu sont les premières à éliminer. Moins il y aura de personnes impliquées dans l’industrie du luxe, plus la population sera protégée.

5/8) Pratiquons la vertu de l’exemplarité

Je n’ai pas le droit de dénoncer le mal sans commencer d’abord par le déloger de ma propre vie.  L’exemple est plus puissant que l’exhortation et le modèle donné par une personne, inlassablement répété, s’étendent à tous ceux qui reçoivent ce stimulus. Par son ascétisme, le dirigeant prouve son désintéressement et sa sincérité. En partageant les conditions d’existence des gens, le gouvernement garde en tête leurs problèmes et reste en rapport [en français dans le texte] avec eux. Si un groupe entier de dirigeants ou d’intellectuels adoptait pour toujours la simplicité, l’unité morale de toute la nation en serait renforcée.

C’est l’absence de simplicité dans notre société qui renforce la frontière sociale. La pratique de la simplicité par les privilégiés aiderait à franchir ce gouffre. L’abstinence subie paraîtra  alors aux plus défavorisés moins injuste, et leur pauvreté pourrait alors trouver un remède.

6/8) Plus de liens, moins de biens

L’essence de la vie sociale réside dans la qualité des relations plutôt que dans leur quantité : elle est morale et non technologique. Arnold Toynbee arrive à la conclusion que la véritable croissance d’une civilisation ne consiste pas en une domination toujours plus poussée de l’environnement physique, ni en une exploitation croissante de l’environnement humain (contrôle d’autres nations), mais qu’elle se trouve dans ce qu’il appelle « éthéréalisation » ; le développement de relations intangibles.

Dans notre environnement américain mécanisé, il faudra de l’intelligence pour passer avec succès d’une vie complexe à une vie simple. Les habitants des pays industrialisés devront faire preuve de discernement pour sélectionner les machines dont ils se serviront à des fins personnelles et domestiques.

La dimension des grandes organisations les rend humainement inopérantes, qu’elles soient ou non efficaces sur un plan mécanique ou financier. Je doute que le socialisme intégral soit une réponse appropriée. Nous devons décentraliser notre vie économique, sociale et politique.

7/8) Pratiquons la non-violence

Pour ceux qui croient à la non-violence, la simplicité est essentielle. Des possessions abondantes nécessitent de la violence sous la forme de protection policière et de poursuites judiciaires. Dès lors, la grande propriété est incompatible avec le principe de la non-violence. L’amitié et l’amour n’exigent la détention d’une propriété ni dans leur manifestation ordinaire, ni dans leur expression la plus raffinée.

La maîtrise du latin n’aide pas à maîtriser les mathématiques, mais les qualités morales développées dans un domaine sont utilisables dans des sphères connexes. Voici des traits de caractère qu’il serait judicieux de renforcer dans l’optique de simplifier notre vie : la résistance à la pression de l’opinion publique, la capacité à supporter l’incompréhension et les commentaires défavorables, une inclination aux valeurs et aux relations immatérielles, la persévérance… La frugalité est une œuvre de valeur, mais pour l’atteindre nous devons en payer le prix.

8/8) conclusion

Un groupe combinant la simplicité de vie, la discipline de la non-violence, et une sage transformation des pratiques économiques et sociales, pourrait acquérir une puissance morale suffisante pour guider et façonner une nation nouvelle. La simplicité ne serait pas un facteur négligeable dans l’influence de ce groupe.