de 1970 à 1979

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Pour résumer le livre de façon claire, nous avons classé les phrases mêmes de l’auteur en 7 chapitres.

1/6) Notes de voyage en écosocialisme (décembre1974)

Commençons par la fin du livre : « C’est un scénario parmi d’autres. Pour un monde parmi d’autres. Il contient une part de rêve ? J’en conviens. Mais il est important de rêver. Et pourquoi ne prendrait-on pas ses rêves pour des réalités ?

- Ecosocialisme, écosociété, écocitoyen, écoparlement… Le préfixe « éco » symbolise la relation étroite entre l’économie et l’écologie.

- L’avènement de l’écosociété s’est déroulé en trois grandes étapes, l’économie de survie (société primitive), l’économie de croissance (société industrielle) et l’économie d’équilibre (société postindustrielle ou écosociété).

- L’économie  d’équilibre est une économie régulée, au sens cybernétique du terme. Certains secteurs peuvent passer par des phases de croissance ; d’autres sont maintenus à l’équilibre dynamique ; et d’autres encore à un taux de croissance « négative ».

- A la différence des sociétés industrielles structurées « du haut vers le bas », l’écosociété s’est construite du « bas vers le haut ». A parti de la personne et de sa sphère de responsabilités : par la mise en place de communautés d’utilisateurs.

- La consommation en énergie est maintenue au niveau où elle se trouvait au début des années 1980. Ce n’est pas l’austérité monacale, l’énergie est mieux répartie, mieux économisée, plus efficacement utilisée.

- Le taux de naissance est maintenu au taux de renouvellement de la population ; laquelle se maintient à l’état stationnaire.

- La création de filières de récupération a permis de reconnecter les cycles correspondants au métabolisme de l’organisme social avec les cycles naturels de l’écosystème.

- L’écosociété est décentralisée, communautaire, participative. L’écosociété repose sur le pluralisme des idées, des styles et des conditions de vie.

- C’est une société « rurale », intégrée par un réseau de communication extraordinairement développé. Ce réseau permet d’éviter les déplacements inutiles. Beaucoup de gens travaillent chez eux.

- Alors que la maîtrise de la mégamachine, sécrétée par les sociétés industrielles, exigeait une sur-éducation, l’enseignement de l’écosociété est considérablement réduit. Il est à la fois plus global, plus pratique et plus intégré à la vie.

- L’assistance médicale mutuelle est réalisée à grande échelle. On consomme moins de médicaments, on fait moins appel aux médecins. On cherche plus à stimuler les défenses naturelles de l’organisme, qu’à agir de « l’extérieur » à coups de substances chimiques.

- Des programmes de mise en route de nouvelles centrales nucléaires ont été abandonnés. La décentralisation des moyens de transformation de l’énergie a conduit à l’exploration de nouvelles sources. Mais ce sont surtout les économies d’énergie et la lutte généralisée contre le gaspillage qui ont permis de stabiliser la consommation en énergie.

- La transparence de l’écosociété conduit à faire jouer deux motivations à l’action, la compréhension de l’utilité de son geste et le sens de la responsabilité sociale.

- Les produits manufacturés sont plus robustes, plus faciles à réparer. Ce qui revitalise toutes sortes d’activités d’entretien et de réparation. L’artisanat renaît vigoureusement.

- L’écosociété, c’est aussi l’explosion du qualitatif et de la sensibilité.

- Une bioéthique renforce la nouvelle morale de l’écosociété.

- La mort est acceptée, réintégrée à la vie. Les personnes âgées participent à la vie sociale ; elles sont l’objet du respect et de la considération.

NB : Conseiller scientifique à la Cité des sciences de La Villette, à Paris, Joël de Rosnay (1937-…) disait en mars 2008) : « Je ne suis pas sûr que la démocratie va réussir. Je le souhaite. Si j'avais une totale confiance dans la régulation, je plaiderais pour le modèle de la ruche d'abeilles, un système dans lequel il n'y a plus aucune liberté. »

2/6) le macroscope

Microscope, télescope. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un autre infini : l’infiniment complexe. Mais cette fois, plus d’instrument. Il nous faut donc un nouvel outil. Aussi précieux que furent le microscope et le télescope dans la connaissance scientifique, mais qui serait cette fois destiné à tous ceux qui tentent de comprendre et de situer leur action. Cet outil, je l’appelle le macroscope (macro, grand ; et skopein, observer). On parle beaucoup de l’importance d’une vision d’ensemble et d’un effort de synthèse. Attitudes jugées nécessaires pour surmonter les grands problèmes du monde moderne. Malheureusement, il ne semble pas que notre éducation nous y ait préparés. Regardez la liste des disciplines universitaires : elles découpent la nature en autant de chasses gardées soigneusement clôturées. C’est l’approche systémique que symbolise le macroscope. Elle se concentre sur le jeu des interactions entre les éléments des problèmes ou des systèmes.

Ce livre est ambitieux car il touche à la biologie, à l’écologie, à l’économie, à l’informatique, à l’éducation, à la sociologie, et même à la philosophie. Il fallait écrire l’homme regardant au-delà de lui-même cette macro-vie à laquelle il s’intègre et dont il est l’élément : l’entreprise, la ville, l’économie, l’écosystème.

3/6) L’énergie

Pourquoi ne pas retracer l’histoire de l’organisation sociale sous l’angle de l’énergie ? Cette approche est justifiée car les lois énergétiques ont priorité sur les lois politiques et économiques. Elles en constituent les fondements : il faut de l’énergie pour assurer le maintien d’une organisation ou pour permettre le changement. La combustion (réactions de la respiration couplées à celles de la photosynthèse) libère environ quatre fois plus d’énergie que la fermentation. Disposant de beaucoup plus d’énergie qu’il ne leur en fallait pour survivre, les organismes vivants se trouvèrent à la tête d’un surplus énergétique. C’est ce capital qui fut investi dans l’immense entreprise de l’évolution biologique.

Dans tous les systèmes de la nature, l’organisation se poursuit jusqu’à ce que le coût énergétique d’un accroissement de complexité soit équivalent à la totalité du budget énergétique donc ces systèmes disposent. Si ce budget est dépassé ou si les sources d’énergie se tarissent, ces systèmes se désorganisent et disparaissent. Il en est de même pour les systèmes sociaux. Dans une organisation complexe, chaque individu est relié aux autres par un réseau très dense de fonctions interdépendantes, impliquant des transferts d’énergie. Dans les sociétés modernes, près de la moitié de l’énergie reçue par les individus sous forme de salaires, de produits manufacturés ou d’aliments doit retourner à « l’organisation » (c’est-à-dire l’Etat) sous forme d’impôt et de taxes pour que la survie du système social soit possible.

La loi des rendements décroissants s’applique. Dans de nombreuses entreprise ou équipes de travail, on a atteint depuis longtemps, et  sans s’en apercevoir, la limite des rendements. On continue pourtant dans le but d’améliorer ces rendements à dépenser des quantités élevées d’énergie alors que le facteur limitant reste totalement inaperçu. En navigation, à partir d’une certaine vitesse, l’augmentation de la voilure et les efforts de l’équipage n’ont qu’un effet marginal sur l’accroissement de la vitesse. De plus, avec l’accélération de la consommation d’énergie, l’action de l’homme sur la nature prend des proportions alarmantes. Contrecoup de cette action : les trois grandes crises énergétiques que traverse notre civilisation industrielle, la crise des matières premières, la crise alimentaire et la crise de l’environnement. La quantité totale des déchets résultant du métabolisme de l’organisme social atteint aujourd’hui des ordres de grandeur tout à fait voisins des quantités totales d’éléments recyclés par l’écosystème.

4/6) Economie et écologie

L’illusion de la croissance économique continue est alimentée par cette idée fausse : l’économie serait un processus isolé échappant aux lois énergétiques du monde physique et à l’accroissement de l’entropie. Hélas, il faut payer. La note de la croissance vient de nous être présentée. Elle est lourde. Les ressources naturelles s’épuisent. L’environnement est dégradé. Les inégalités, loin d’être aplanies, sont encore plus marquées. C’est que l’économie n’a rien d’un processus cyclique. L’économie dans son interprétation classique se définit par la répartition de la rareté. La ressource ultime dont la rareté conditionne celle de tous les autres est l’énergie libre (appelée aussi potentiel thermodynamique). Or il y a un processus irréversible, celui de la dégradation de l’énergie et de l’accroissement de l’entropie.

Une approche systémique des processus reliant l’économie à l’écologie doit donc rechercher à dépasser la notion, désormais étriquée, de valeur monétaire, et la compléter par la notion de coût énergétique. L’approche éco-énergétique fait apparaître la liaison entre le temps et l’énergie. Un gain de temps se paie en énergie. Pour aller plus vite, on utilise une voiture, un jet. Pour produire plus vite, les chaînes de montage, l’automation. Aux minutes gagnées s’opposent les kilocalories dépensées. C’est le cercle vicieux de la croissance économique qui croyait pourtant libérer le temps. La consommation énergétique effrénée des pays riches, liée à la vitesse des processus économiques, les conduit à drainer des flux toujours plus intenses dans un environnement qui s’appauvrit. De plus la mainmise sur les systèmes de complexité inférieure conduit obligatoirement à la domination du plus faible par le plus fort.

5/6) Agriculture et écologie

Si l’on considère les différentes chaînes et cycles écologiques, allant de la transformation de l’énergie solaire par les plantes vertes au morceau de sucre de notre café, on s’aperçoit que l’accroissement des rendements agricoles, exigés par la pression démographique et l’élévation du niveau de vie, n’ont été possibles, depuis une cinquante d’années, que grâce à l’injection massive de combustibles fossiles dans les processus agricoles. L’analyse énergétique montre comment l’énergie provenant des ressources fossiles se substitue à celle qui était fournie par le travail des hommes, des animaux domestiques, des engrais naturels.

Selon D.Pimentel, le rendement énergétique de la culture du maïs a diminué de 24 % entre 1945 et 1970. On arrive peu à peu aux limites du rendement agricole théorique. Ce qui constitue une illustration de la loi des rendements décroissants. Dans nos pays développés, il faut 5 à 10 calories de combustibles fossiles pour produire une calorie de nourriture. Dans les pays pauvres, pour une calorie investie, on obtient 5 à 10 calories alimentaires.

6/6) en guise de conclusion

On ne réalise vraiment l’importance d’une des fonctions vitales de la société qu’au moment où elle se ralentit et, a fortiori, au moment où l’on en est privé. Un des meilleurs exemples est offert par la crise de l’énergie (ndlr, premier choc pétrolier). On découvre d’un seul coup la complexité du réseau de distribution et d’utilisation de l’énergie. Vers les grandes industries, mais aussi jusqu’à ses derniers capillaires. C’est-à-dire jusqu’à chacun d’entre nous.

Mais il y a plus important : nous avons soudain pris conscience de notre pouvoir, en tant qu’individus, d’agir collectivement. Ce fut probablement une découverte pour beaucoup d’entre nous de constater les effets globaux des restrictions apportées à la circulation des voitures, ou de l’efficacité potentielle des systèmes de récupération des rejets, reposant sur la capacité de sélection de chaque individu.

(Seuil)