de 2000 à 2004

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Google nous dit que "So Watt" est d’abord une exposition itinérante des plus beaux travaux de designers, pilotée par EDF. Manière d’étouffer le livre d’analyse de Benjamin Dessus et Hélène Gassin ! Pourtant l’idée générale de SO WATT est imparable : la production d’énergie n’est qu’une priorité de second rang, la première des priorités, ce sont les économies d’énergie. Voici quelques extraits recomposés :

Les scénarios prospectifs peuvent se classer en deux catégories. Un modèle productiviste d’abondance énergétique ou un développement par la sobriété énergétique. Si le choix de premier rang devient celui d’une politique de la demande d’énergie, une modification profonde des termes du débat et des partenaires à s’y impliquer s’impose. Les partenaires à mobiliser ne sont plus les entreprises énergétiques, mais bien les consommateurs, les citoyens, les autres entreprises, les collectivités locales. Si les citoyens arrivent à mieux comprendre les relations entre leurs consommations et l’énergie nécessaire, ils seraient à même d’intervenir dans le débat. Savent-ils par exemple que l’alimentation représente 30 % de nos dépenses énergétiques, presque autant que nos logements ? Savent-ils que l’aménagement du territoire, le type de logement, la nature du réseau de transports ont une influence considérable sur les quantités d’énergie mises en jeu ?

Les scénarios sobres impliquent un élargissement de la sphère d’intervention de la politique énergétique, traditionnellement centrés sur l’offre d’énergie, à l’ensemble des secteurs d’activité structurant la demande. Le scénario négaWatt se propose de respecter à terme l’objectif d’une division par 3 ou 4 des émissions de gaz à effet de serre. Mais, alors que le fumeur risque sa propre santé, le consommateur débridé d’énergie ne risque personnellement pas grand-chose à court et moyen termes : les problèmes d’épuisement des ressources, le réchauffement du climat atteindront plutôt ses enfants que lui-même. De plus, les scénarios impliquant la demande d’énergie se heurtent  à la sacro-sainte liberté individuelle ! Claude Bienvenu, alors directeur de recherche  d’EDF, a réagi ainsi au projet Alter de 1978 à l’horizon 2000 : « Ils se croient investis du pouvoir de décider de ce qui convient à chacun ! Faire le bonheur des autres contre eux, c’est le contraire de la démocratie, de toutes les idées qui ont fait progresser l’humanité. C’est le retour à l’Eglise toute-puissante, c’est le retour du fascisme. » Pendant ce temps, les services d’EDF établissaient sans complexe des prévisions de consommation électrique pour 2000 en justifiant ainsi la construction d’un parc nucléaire finalement très surdimensionné.

Les choix que nous avons appelé de « second rang », ceux d’offre d’énergie, reposent sur des méthodes de décision et d’organisation traditionnelles. Dans le domaine de l’énergie, les pouvoirs publics soutiennent principalement les recherches technologiques sur les filières de production d’énergie existantes ou des filières du futur. Par contre, les budgets de recherche consacrés aux technologies de maîtrise de l’énergie restent ridiculement faibles. En France, les responsables politiques, en continuant à affirmer que « la » solution à la lutte contre le changement climatique est le nucléaire, nous entraînent en fait vers un cumul des risques. Les EPR sont conçus pour fonctionner largement avec du combustible Mox. Or l’usage de ce combustible entraîne une série de risques, pollutions et difficultés de gestion particulièrement importants. Alors que la France s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, aucune mesure symétrique n’a été prise pour contrôler à la source la croissance du stock de déchets nucléaires et de matières potentiellement proliférantes comme le plutonium. L’hypothèse la plus probable est que les pouvoirs publics se contentent de regarder déraper les consommations et les émissions de gaz à effet de serre sans prendre les mesures nécessaires à la maîtrise des consommations, ni arriver à réaliser leur ambitieux programme nucléaire. En somme, on nous propose à la fois le nucléaire ET les changements climatiques.

Nous sommes devenus totalement dépendants de nos esclaves mécaniques sans disposer de la moindre prise sur l’évolution de la situation. L’avenir de notre système énergétique se jouera dans l’élaboration des plans locaux d’urbanisme, dans l’organisation de circuits courts pour les produits alimentaires, dans le maintien des commerces de proximité, dans l’exploitation locale des ressources locales. C’est donc bien de citoyenneté qu’il s’agit. Le citoyen véritable ne se contente pas de voter une fois tous les cinq ans, mais s’implique dans la vie quotidienne de sa commune, de sa région, de son pays.

(éditions de l’aube)