de 2000 à 2004

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Sous la coordination de Michel Bernard, Vincent Cheynet et Bruno Clémentin, un ouvrage qui présente le résultat de recherches menées par la revue Silence. Notre mode de vie n’est pas soutenable, il convient donc d’en changer. Cela signifie que l’ère du développement, cette période historique de la grandeur et de la prospérité de l’Occident, est sur le point de s’achever. Lorsque Silence consacre un premier dossier à la décroissance en 1993, cela ne provoque pas la moindre réaction. Dix ans plus tard, il a fallu réimprimer ce numéro, de nombreux articles sont parus, des débats sont organisés un peu partout, l’hostilité des économistes s’affiche haut et fort.

Il s’est donc passé quelque chose pendant ces dix ans. Les dirigeants traitent les objections à leur système en cinq phases : l’ignorance, le dénigrement, la contre-argumentation, la compromission, le compromis. Aujourd’hui nous sommes au stade du dénigrement… La diffusion d’une idée juste dans la population permet de franchir les différentes étapes. Gandhi parlait de la « force de la vérité ».

Quelques extraits :

1/8) Paul Ariès

L’économique n’existe pas en dehors du politique. La société primitive assigne à sa production une limite stricte qu’elle s’interdit de franchir, sous peine de voir l’économique échapper au social et se retourner contre la société en y ouvrant la brèche de l’hétérogénéité, de la division en riches et pauvres, de l’aliénation des uns par les autres.

La croissance était l’impensable anthropologique de cette époque, tout comme la « décroissance » aujourd’hui. Ni l’une ni l’autre ne sont naturelles, il s’agit de choix collectifs.

Le discours de la croissance repose sur un élargissement de l’espace, comme condition de sa banalisation marchande. Le discours de la décroissance suppose un rétrécissement de l’espace, prélude à son intensification humaine.

2/8) Michel Bernard

Le terme négatif de décroissance permet une opposition claire et surtout protège du processus de récupération  comme cela a été le cas pour des mots, au départ positifs, comme « paix » ou « développement ».

La démarche individuelle de simplicité bute rapidement sur des obstacles si elle ne s’ouvre pas au collectif. Quelqu’un peut diminuer sa consommation. Mais s’il gagne toujours autant d’argent, il cherchera à le dépenser. Le moyen complémentaire le plus simple est de moins travailler.

3/8) Mauro Bonaïuti

Depuis toujours les économistes orthodoxes ont défendu la croissance contre les attaques des écologistes, avec un noyau théorique basé sur le progrès technologique. Or la production de technologies avancées implique un flux continu d’inputs provenant des processus de transformation de type traditionnel, qui demandent à leur tour des quantités croissantes de ressources naturelles. De plus les lois de la thermodynamique, en particulier la loi de l’entropie, nous enseignent que la décroissance de la production est inévitable en termes physiques.

Il faut donc favoriser le déplacement de la demande de biens traditionnels vers les biens relationnels. Dans les pays moins avancés, cela signifie avant tout qu’il faut éviter la destruction des liens sociaux, des réseaux néo-claniques au nom d’un développement qui ne pourra jamais, pour des raisons écologiques et économiques, assumer les caractéristiques du développement occidental.

4/8) Marie-Andrée Brémond

Vivre ensemble permet qu’il n’y ait dans la communauté de l’Arche qu’un lavoir manuel pour l’ensemble des habitants, deux voitures pour onze permanents adultes, un téléphone et un photocopieur pour tous, engagés et stagiaires, soit entre 30 et 40 personnes. Un seul jardin, boulangerie, ferme, fromagerie, etc. Les fruits du travail sont partagés, chacun donnant ce qu’il peut et  recevant en fonction de ses besoins. Chaque secteur d’activité, souvent représenté par une seule personne, produit pour l’ensemble du groupe.

En choisissant un cheval plutôt qu’un tracteur, nous optons pour un lien respectueux à la terre et une relation de confiance avec l’animal. Choisissant la hache et la scie plutôt que la tronçonneuse, nous choisissons le silence, un rythme plus humain et l’esprit d’équipe. Car ce qu’un seul homme accomplit avec la machine, il en faut plusieurs pour l’accomplir manuellement. L’éclairage à la bougie offre  aussi un bon exemple de simplicité, nous l’avons choisi par le passé et le choisissons encore pour certains. Avec très peu de moyens, on peut faire une fête magnifique, joyeuse et colorée, toute de chants, de danse, de jeux, de nourriture simple et bonne. Ici les enfants « bricolent » avec ce que la nature leur donne et se gavent de fruits sauvages. L’essentiel n’est-il pas de réduire tout en tenant dans le temps ?

5/8) Vincent Cheynet

Si nous ne rentrons pas dans une décroissance économique choisie aujourd’hui, dont la condition est une croissance des valeurs humanistes, nous courrons tous les risques d’avoir une décroissance imposée demain, jointe à une terrible régression sociale, humaine et de nos libertés. Plus nous attendrons pour nous engager dans la décroissance soutenable, plus le choc contre la fin des ressources sera rude, et plus le risque d’engendrer un régime éco-totalitaire ou de s’enfoncer dans la barbarie sera élevé.

Dictature et recherche de puissance sont irrémédiablement indissociables. Au contraire la décroissance s’inscrit dans la philosophie non-violente qui est par nature antiautoritaire. Elle se situe clairement dans une volonté de  non-puissance, ce qui n’est pas l’impuissance. La personnalité politique la plus proche des idées de la décroissance (autosuffisance, simplicité volontaire) est sans aucun doute Gandhi.

6/8) Jacques Grinevald

Georgescu-Roegen représente le premier économiste professionnel et pratiquement le seul (depuis Malthus) à poser sérieusement le problème de l’économie dans son contexte écologique global. La bioéconomie relie le métabolisme industriel de la société à la biogéochimie de notre planète.

Dans cette perspective, il est clair que l’économie mondiale doit nécessairement respecter certaines limites écologiques globales liées à la capacité de charge des écosystèmes, à la productivité primaire qui dépend de la photosynthèse de la végétation, à l’intégrité de la biodiversité, à la stabilité des cycles biogéochimiques, à l’équilibre du système climatique du globe.

7/8) Michel Obs

La population a été dépossédée de ses moyens de subsistance, de son savoir-faire, pour se nourrir et agir. La liquidation de l’agriculture traditionnelle a été programmée.

La désertification rurale a une histoire, cinquante ans de dirigisme. Le soi-disant progrès, avec ses tracteurs, tous ses biocides et ses poulaillers industriels, ne s’est pas imposé du fait de son seul dynamisme, confié à la main invisible du marché. L’Etat lui a rudement prêté main-forte. Aide et subventions ne sont versées que pour financer des investissements lourds.

8/8) François Schneider

Les gains des économies d’énergie pourront être utilisés pour voyager plus. Cet effet rebond, qui ruine les avancées écologiques, devrait être mieux expliqué.

L’écologie, c’est débondir. Par exemple, les déplacements à vélo tendent à réduire les kilomètres parcourus. Des activités comme le jardinage, la randonnée, les longs repas sont extrêmement écologiques car leur lenteur réduit le temps disponible pour d’autres activités plus polluantes.

(Editions Parangon)