de 2000 à 2004

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

L’Harmattan, 160 pages, 14.50 euros     

Quelques extraits en introduction : « J’écris ce livre dans le but d’attirer l’attention sur le fait qu’aucune mesure susceptible de protéger notre environnement ne sera efficace s’il n’y a pas au départ une interrogation sur les limites de l’expansion de l’homme sur notre planète. Homo sapiens est une espèce biologique, née de la sélection naturelle, qui ne peut être dissociée du contexte naturel qui l’entoure. Mais grâce à ses capacités cognitives, l’être humain sait outrepasser les barrages qui pourraient limiter son expansion. Agronome, j’ai eu l’occasion de me rendre dans des pays – Chine, inde, Brésil, Mexique – où la surpopulation a confisqué les zones les plus riches au détriment du reste du vivant.

L’animal n’est pas perturbateur. Plus que toute autre espèce, l’homme modifie d’une manière importante l’espace terrestre. Ces modifications ont essentiellement pour effet d’en réduire la diversité, ce qui va à l’encontre de la sélection naturelle qui, elle, la favorise. Le monde vivant forme un tout interdépendant et équilibré, et l’on doit craindre que toute réduction de la diversité biologique n’entraîne des effets pervers pour l’homme.

» Voici un résumé des aspects essentiels du livre :

1/3) L’homme, prédateur universel

                Homo sapiens est un prédateur universel. La puissance dévastatrice inhérente à ce mammifère penseur n’a fait que s’aggraver au fur et à mesure qu’il prenait possession de la terre et que ses effectifs augmentaient. L’homme est un être hétérotrophe. Son métabolisme est incapable de synthétiser les sucres comme le font les plantes par photosynthèse. Il n’a pas non plus la possibilité, comme les ruminants, de synthétiser certains acides aminés à partir des sucres fournis par les végétaux. Il a donc besoin de tuer pour se nourrir. Il a exterminé les mammifères de grande taille, la méga-faune terrestre et la rhytine ou vache de mer. Il a épuisé les rivières, les fleuves et les mers. Il a exterminé tous les carnassiers situés au sommet de la chaîne alimentaire : loups, ours, tigres… Ces « fauves » le concurrençaient pour la nourriture puisque, comme lui, ils étaient prédateurs des herbivores et omnivores.

Grâce à ses capacités cognitives, l’être humain sait outrepasser les barrages qui pourraient limiter son expansion. Lorsqu’une ressource alimentaire s’épuise, il s’efforce de lui trouver une substitution. L’homme s’est installé dans la plupart des niches écologiques par des artifices technologiques plus ou moins complexes. Il n’y a jamais eu de pause dans la croissance de la population humaine. Il est partout. Il écarte tout ce qui le gêne et notamment les communautés vivantes. Il n’est plus confronté qu’à la sélection interne. En supprimant ou en maîtrisant les acteurs fondamentaux de la sélection naturelle, y compris la peste et la variole, il a induit des déséquilibres dans sa propre population qu’il ne sait plus gérer et qui sont à l’origine de guerres tout aussi néfaste et cruelles que les grandes pandémies.

L’expansion démographique mal contrôlée rend aléatoire toute mesure conservatoire du milieu naturel.

2/3) L’éradication des non-humains

Les humains empiètent sur l’espace vital des autres espèces. Cela constitue une idée générale du livre de René Monet, mais les textes se trouvent dispersés tout au cours du livre. Nous les avons regroupés ici :

« L’homme est chez lui partout, il envahit l’espace, il veut profiter de tout l’espace. Faire de l’agriculture, c’est affecter un espace à une espèce animale ou végétale utile à l’homme et exclure de cet espace toute autre espèce concurrente. S’il s’agit d’une culture, l’agriculteur doit veiller constamment à l’élimination des « mauvaises herbes ». Le besoin en terres agricoles se poursuit. L’homme entame maintenant la forêt tropicale humide, dernier bastion de la biodiversité. L’homme a aussi séparé les espèces domestiques des espèces sauvages. Faire de l’élevage est une action contre nature : c’est favoriser dans un espace donné une espèce animale au détriment des autres… L’immensité des océans a pu donner longtemps l’illusion que leurs ressources étaient inépuisables et que la faune marine était à l’abri des excès humains. Il n’en est rien…

Le centre d’une ville est devenu un espace minéral où la place réservée au monde vivant est réduite à l’extrême. L’homme est omniprésent. Il ne reste que quelques rongeurs se nourrissant de nos détritus. Le règne végétal est limité à quelques arbres et pelouses décoratives, il n’y a aucune possibilité de se multiplier et de concourir aux échanges génétiques, indispensables à la survie et à l’évolution des espèces végétales. L’herbe tondu n’a plus le temps de monter à graine, elle est privée de descendance. On trouve souvent dans nos jardins magnolias, liquidambar, tulipiers… qui n’ont jamais appartenu à nos flores européennes. Un parc public est un espace biologiquement figé, sur-piétiné, avec un réseau dense de commodités pour les visiteurs. Il préfigure ce que deviendront les réserves naturelles. De même la mégapole préfigure ce que deviendront les meilleures zones écologiques de notre planète s’il n’y a pas une stabilisation rapide de la croissance de la population humaine. De larges espaces deviennent des zones d’habitat continu où l’homme se retrouve seul face à ses congénères et à ses phantasmes…

Toutes les infrastructures des moyens de transport et de déplacement occupent beaucoup d’espace au profit de l’homme mais au détriment des autres espèces vivantes. Une route à deux voies occupe généralement un hectare de sol tous les 1,429 km. Elle empêche toute activité biologique sur le sol qu’elle recouvre, elle est un piège mortel pour les animaux qui la traversent. L’emprise totale d’une autoroute occupe un peu plus d’un hectare tous les 435 mètres. Leurs clôtures grillagées s’opposent aux échanges génétiques. Le transport par chemin de fer présente les mêmes défauts que le transport routier. Pour la construction d’un aéroport à deux pistes d’atterrissage, il faut disposer de 1500 hectares. Tous ces réseaux vont se développer encore avec l’accroissement de la population humaine et l’on peut imaginer que les zones biologiquement riches ne seront plus, demain, qu’un damier découpé par les voies de communication. Le reste du monde vivant sera emprisonné dans cet espace fragmenté… La multiplication des échanges ignore la nuisance écologique que l’environnement doit supporter.

De même la domestication des différentes formes d’énergie par l’homme a accru, de manière disproportionnée, son emprise sur le milieu terrestre au détriment des autres espèces vivantes. L’utilisation du feu est à l’origine de la disparition de la plupart des forêts primaires qui recouvraient les zones tempérées. Les incendies de défrichement ont facilité l’expansion de l’agriculture et contribué à l’extinction d’espèces majeures. Il n’y aurait plus de forêts sur terre si l’on n’avait découvert charbon et pétrole. La surface de notre planète est vérolée de mines à ciel ouvert. Ces agressions locales sur le milieu biologique étaient le prélude à des atteintes plus graves. Energie et métaux ont stimulé la croissance de la population humaine et la dégradation de l’environnement. On recherche maintenant le pétrole dans des milieux particulièrement fragiles : mers et lacs, où les accidents d’exploitation peuvent être catastrophiques ; régions arctiques ou équatoriales, où la vie sauvage était encore préservée. La mise en eau d’un barrage fait disparaître de la zone submergée toute espèce animale qui y vivait. Nous sommes incapables d’évaluer les conséquences biologiques du bouleversement apporté par l’homme lorsqu’il barre une rivière tant les interférences dans le monde vivant sont complexes. Capter l’énergie solaire, c’est confisquer cette énergie aux autres espèces vivantes et notamment aux plantes qui l’utilisent pour la photosynthèse. Or l’appropriation de l’homme sur les produits de la photosynthèse est déjà gigantesque. Enfin on peut déjà déceler les effets du réchauffement climatique d’origine anthropique sur le monde vivant.

Même nos « passe-temps » peuvent être très agressifs pour le reste du monde vivant. Avez-vous réfléchi aux nombres d’hectares accaparés par les stades, les gymnases, les piscines, les terrains de tennis, de golf, sans compter leurs annexes (parcs de stationnement, voies d’accès, etc. Une taupe ne pourra pas déranger l’uniformité de la pelouse d’un stade. Le voyage se faisait autrefois de manière très rustique. Aujourd’hui les bords de mer et les sites de montagne sont submergés d’habitats humains. La mise en œuvre des passe-temps se fait au détriment du reste du monde vivant. Aucune autre espèce animale n’est susceptible d’un tel gâchis.

3/3) L’immigration, fausse solution

                Un être vivant a besoin pour vivre d’un certain espace où trouver assez de nourriture pour assurer sa survie et celle de sa descendance. Mais l’homme n’est plus soumis aux éléments naturels de régulation. Le processus darwinien, mutation suivie de sélection, a créé une espèce, l’être humain, dont les propriétés nouvelles lui permettent paradoxalement de se soustraire aux règles qui l’ont construit. Il n’y a plus de ce fait ajustement des populations humaines aux ressources des milieux dans lesquels elles vivent. Lorsque le territoire s’appauvrit, il va falloir en changer ou l’agrandir au dépens des autres. L’histoire de l’homme n’est en fait qu’une quête incessante de nouveaux territoires. C’est ainsi que naissent des conflits. La plupart du temps les médias ont occulté le problème démographique pour ne présenter que les aspects politiques, religieux ou ethniques de ces guerres. Ils n’ont en fait retenu que le point de vue culturel. Cette position culturelle devient inacceptable car elle encourage de fait cette expansion. Ne s’intéressant qu’à l’homme, on ignore le fait biologique. D’un point de vue écologique, les invasions, les colonisations, les guerres sont des conflits de territoire. D’abord il s’agit d’accaparer les ressources vivrières. Ensuite de chercher des matières premières, puis depuis le 19e siècle des sources d’énergie.

Supposons que la France s’ouvre totalement à l’immigration et autorise, par exemple, 13 millions d’immigrants indiens. Si l’on rapportait cette population migrante à l’ensemble des Indiens, il y aurait à peine un peu plus d’un migrant sur 100 Indiens. L’Inde aurait du mal à se rendre compte que 13 millions d’entre eux ont émigré. En revanche, pour la France, sa population augmenterait de plus d’un sixième, avec tous les problèmes que l’on peut imaginer du point de vue économique et social mais surtout du point de vue environnemental : extension des terres agricoles, de l’habitat, des voies de communication etc. Des populations disponibles pour l’immigration existent un peu partout là où les conditions de vie sont difficiles. Le potentiel migratoire est gigantesque. Une immigration entièrement libre n’aurait même pas pour effet de hâter la transition démographique des pays pauvres, elle y entraînerait certainement une natalité compensatoire. En revanche elle aboutirait à saturer l’espace des pays riches. L’homme va continuer à saturer l’espace planétaire à la fois par la croissance démographique et par les transferts de population. Ainsi il n’y aura pas de répit.

Les écologistes devraient dire que l’immigration maintient ou accroît la pression humaine sur le milieu naturel dans des pays où, de par le recul de la natalité, cette pression pourrait s’y stabiliser sinon régresser.

conclusion

                L’échec des prévisions de Malthus n’est qu’apparent. Peut-on imaginer ce que deviendra notre planète dans 100 ans lorsque la population sera proche de 11 milliards d’habitants ! Ce ne sera plus qu’une surface minérale où l’homme sera seul avec les seules espèces qui lui sont utiles. Alors les prévisions de Malthus seront réalité, et la population humaine se stabilisera car elle aura épuisé toutes les possibilités d’annexion de ressources nouvelles.

L’homme est le dernier maillon de la chaîne et la chaîne lui appartient. Mais la science nous apprend, peut-être un peu trop tard, que l’oiseau qui plane dans le ciel est aussi notre frère comme le loup qui hurle dans la nuit ou l’arbre qui bruisse sous le vent. L’homme saura-t-il faire preuve d’humilité et reconsidérer sa vraie place sur terre ?