de 2000 à 2004

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

L’état de la planète n’était déjà pas très brillant en l’an 2001. Plutôt que m’attacher aux différents chapitres de cette prospective (sous la houlette de Lester Brown), la faim dans le monde (un problème qui s’aggrave), le déclin des amphibiens, l’endettement extérieur…, voici un résumé du dernier chapitre « Visons le long terme et la pérennité de nos économies » :

1/2) l’anatomie du changement

Le changement chez l’homme se distingue du changement dans la nature – les évolutions biologiques, par exemple, ou la naissance et la mort des étoiles – par l’intervention en vue d’un certain objectif. Etant les seules créatures connues qui envisagent et organisent le changement, les hommes plongent dans leur histoire et modifient le cours de leur propre développement. Or, depuis la Révolution Industrielle, et surtout depuis 100 ans, la vitesse du changement s’est beaucoup accélérée. Aux Etats-Unis, il a fallu 46 ans pour qu’un quart de la population adopte l’électricité au début du XXe siècle, 35 ans pour que la même fraction adopte le téléphone, 26 ans pour la télévision, 13 ans pour le téléphone portable, et seulement 7 ans pour l’Internet. A cette allure étourdissante, les sociétés n’ont guère la possiblité de saisir toutes les conséquences de leur propre activité.

L’intelligence qui permet à l’humanité d’intervenir dans son propre développement n’est pas assez avancée pour prévoir les effets secondaires de ruptures. Quand par exemple les chlorofluorocarbones furent créés dans les années 1930, ils apparurent comme un produit merveilleux car ininflammable, non toxique et non corrosif. Ils furent largement employés dans les réfrigérateurs et les aérosols. Mais ce produit miraculeux devait rapidement menacer la santé des hommes et celle de leur environnement ; les CFC sont aujourd’hui plus connus comme des destructeurs de la couche d’ozone qui protège notre planète. Cette sorte de choc en retour montre aux avocats du changement qu’il faut examiner de très près tous les aspects d’un problème avant de prescrire les solutions

2/2) il faut accélérer l’évolution culturelle

Dans la plupart des pays, les entreprises privées sont le fondement sur lequel reposent les économies ; ce secteur peut donc jouer un rôle essentiel. L’une des stratégies consiste à adopter une modalité de production qui ait un effet moins lourd sur l’environnement. Un exemple en est l’expansion de l’agriculture biologique. La diminution du volume des déchets est une autre stratégie. Un nombre croissant d’entreprises adopte des stratégies de zéro déchets, en recyclant sous une forme ou sous une autre le maximum de résidus de fabrication.

Il faut néanmoins admettre que les possibilités pour les entreprises de devenir plus écologiques seraient nettement accrues si les gouvernements prenaient certaines initiatives permettant de concilier la recherche du profit (ndlr, Lester Brown ne veut pas quitter le cadre capitaliste) et le respect de l’environnement. Mais pour réaliser les changements nécessaires, les pouvoirs publics ont besoin d’une base politique qui apprécie leurs actions. Le Danemark est un bon exemple de réussite d’un accord général pour le soutien d’une politique officielle de l’énergie. En 1976, le gouvernement danois annonce un programme national de développement de l’énergie éolienne. Plus de 100 000 familles possèdent des turbines ou des actions de coopératives.

Les comportements changent aussi quand les conséquences sont vraisemblables et prochaines et des comportements alternatifs sont possibles. Selon les psychologues, ce qui fait réagir les individus est plutôt le comportement de leurs pairs ; un cas particulier est notable à cet égard, celui des personnes qui, ayant accepté de porter un insigne distinctif, s’engagent plus facilement que celles qui n’en portent pas. Quand les entreprises, les pouvoirs publics et les individus seront devenus les avocats du développement des énergies renouvelables, une évolution à l’échelle mondiale aussi ample que la Révolution Industrielle pourrait se dessiner. Un monde durable recevra du soleil l’énergie nécessaire, les matières premières seront employées plusieurs fois et les communautés humaines auront une population dont les effectifs seront stables, solidaires et mues par l’équité.

Souvent le changement n’est ni progressif ni linéaire. Le changement rapide est en fait possible dès qu’un seuil critique a été franchi et que tous les secteurs de la société évoluent ensemble. Ce n’est que si les médias élargissent leur vision temporelle pour y inclure les évolutions à long terme qu’ils réaliseront leur potentiel en matière d’éducation du grand public afin de favoriser la durabilité du monde naturel.

En conclusion la Biosphère pourrait ajouter : « Je fais parce que tu fais, parce que nous faisons tous. »

(éditions Economica)