de 2000 à 2004

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Le  développement n’a été que la poursuite de la colonisation par d’autres moyens. Aide alimentaire, aide financière, transfert de technologie, on retrouve toujours l’occidentalisation du monde. Le développement durable, qui nous promet maintenant le développement pour l’éternité, participe de la même toxicité, il nous enlève toute perspective de sortie. Mais ce système mondialisé s’effondrera un jour, victime de ses contradictions, de ses échecs et du fait de l’épuisement des ressources naturelles.

« Défaire le développement pour refaire le monde ». Tel était l’objectif du colloque organisé à l’UNESCO en 2002, dont l’argumentaire était annoncé dans l’Ecologiste ci-dessous résumé.

1/12) Gandhi : la non-violence économique

Je dois reconnaître qu’entre l’économie et l’éthique je ne trace aucune frontière précise : le régime économique qui va à l’encontre du progrès moral d’un individu ou d’une nation ne peut qu’être immoral. Le but à atteindre est de promouvoir le bonheur de l’homme, tout en le faisant parvenir à une complète maturité mentale et spirituelle. Pour parvenir à cette fin, il faut qu’il y ait décentralisation. Car la centralisation est incompatible avec une structure sociale non-violente. Si chaque région produit ce dont elle a besoin, le problème de la distribution se trouve automatiquement réglé ; il devient plus difficile de frauder et impossible de spéculer.

L’esprit ne trouve guère l’occasion de s’élever s’il faut mener une vie compliquée sur le plan matériel et se soumettre au rythme vertigineux de Mammon. Si j’en avais le pouvoir, je détruirais notre système actuel. Je serais disposé à faire usage des armes les plus redoutables si j’étais persuadé qu’elles viennent à bout du système. Mais non ! Le recours à de telles armes ne ferait que perpétuer le système : ceux qui cherchent à détruire les hommes plutôt que les méthodes finissent par adopter ces dernières.

J’accueillerais volontiers toute amélioration apportée à notre artisanat. Mais je suis persuadé qu’il est criminel de réduire des hommes au chômage par l’introduction de machines à filer, à moins qu’on ne soit à même de donner aussitôt un autre travail à domicile à des millions de fermiers.

Après des réflexions prolongées, j’en suis venu à une définition du Swadeshi : le fait de nous restreindre à l’usage et aux ressources de notre environnement immédiat. En matière économique, ne faire usage que des biens produits par le voisinage. Un Swadeshiste apprendra à se passer de centaines d’objets qu’il considère aujourd’hui comme indispensables. Sous la discipline du Swadeshi, la privation d’une épingle qui ne soit pas fabriquée en Inde n’a rien d’intolérable. La profonde misère dans laquelle est plongée la majorité des Indiens est due à l’abandon du Swadeshi. Si aucun bien n’avait été importé en Inde, ce pays serait aujourd’hui une contrée où coulerait le miel.

2/12) Teddy Goldsmith : avant le développement

- Le développement impose des changements de direction continuels, pour s’adapter aux progrès réputés désirables. Or 99 % de l’expérience humaine sur la planète s’est déroulé dans des communautés tribales dédiées, au contraire, au maintien de la stabilité face au changement.

- L’économie traditionnelle s’enchâsse dans les relations sociales. Sa base d’action n’est pas l’entreprise mais la famille et la communauté.

- On conçoit dès lors que l’homme tribal, à moins d’y être sérieusement contraint, refuse un travail ennuyeux et dépourvu de sens, loin de la famille et du groupe, dans une entreprise commerciale montée par le pouvoir colonial.

- Et cela est si vrai que le marché ne triomphe que grâce à la désintégration des relations de parenté traditionnelles.

- L’instrument le plus efficace du colonialisme économique réside dans l’Aide aux pays en développement. L’Aide apparaît surtout efficace pour  endetter les pays qui la reçoivent.

- Du reste, ce n’est pas le libre-échange que les néo-colonialistes imposent, mais l’échange obligatoire.

- Désormais les multinationales sont nos maîtres. On leur a livré la planète sur un plateau pour en user selon leur vouloir.

- L’économie mondialisée que le développement instaure est, par nature, très instable et sa chute inéluctable, probablement imminente. Tel sera le stade final. Il comportera certainement beaucoup de souffrances, mais peut aussi fournir les conditions de l’évitement d’une catastrophe écologique et surtout climatique.

3/12) Gilbert Rist : l’invention du développement en 1949

Le rédacteur des discours présidentiels s’efforçait de définir quelques lignes claires qui puissent structurer le traditionnel « discours d’investiture » que le président Truman devait prononcer le 20 janvier 1949. Trois idées firent rapidement l’unanimité, l’ONU, le plan Marshall et l’OTAN. Un fonctionnaire suggéra d’ajouter une extension aux nations défavorisées de l’aide technique jusqu’ici apportée à quelques pays d’Amérique latine. Après quelques hésitations, l’idée fut finalement retenue parce qu’elle constituait un public relations gimmick (un hochet médiatique), au contraire des trois premiers points assez conventionnels. Au lendemain du discours présidentiel, la presse américaine fit donc ses gros titres sur le « Point IV », même si personne, pas même le président, ne pouvait en dire plus que ce que chacun avait lu :

« Quatrièmement, il nous faut lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les avantages de notre avance scientifique et de notre progrès industriel au service de l’amélioration de la croissance des régions sous-développées. Plus de la moitié des gens de ce monde vivent dans des conditions voisines de la misère. Leur vie économique est primitive et stationnaire. Leur pauvreté constitue un handicap et une menace tant pour eux-mêmes que pour les régions les plus prospères… Une production plus grande est la clef de la prospérité et de la paix. »

A première vue, il n’y a rien de très extravagant dans ce petit catalogue de bonnes intentions. Mais c’est la première fois que l’adjectif « sous-développé » apparaît dans un texte destiné à une pareille diffusion. Cette innovation terminologique introduit un rapport inédit entre « développement » et « sous-développement ». Jusqu’alors les relations Nord/Sud étaient largement organisées selon l’opposition colonisateurs/colonisés. La nouvelle dichotomie développés/sous-développés propose un rapport différent, conforme à la nouvelle Déclaration universelle des droits de l’homme. A l’ancienne relation hiérarchique des colonies soumises à leur métropole se substitue un monde dans lequel tous les Etats sont  égaux en droit même s’ils ne le sont pas encore en fait. Dans ces conditions, une accélération de la croissance apparaît comme la seule manière logique de combler l’écart. Non seulement on évacue les effets de la conquête, de la colonisation, de la traite, du démantèlement de l’artisanat en Inde, de la  déstructuration des sociétés, etc., mais encore on fait comme si l’existence des pays industriels ne transformait pas radicalement le contexte dans lequel évoluent les candidats à l’industrialisation. Ainsi, à partir de 1949, plus de deux milliards d’habitants de la planète ne seront plus Aymaras, Bambaras, Berbères, Mongols ou Quechuas, mais simplement « sous-développés ».

Le point IV impose simplement une nouvelle norme qui permet aux Etats-Unis de prendre la tête du classement : le produit national brut.

4/12) Ivan Illich : la critique du développement (texte de 1969, réponse au rapport Pearson de 1968)

- L’esprit est conditionné au sous-développement lorsqu’on parvint à faire admettre aux masses que leurs besoins se définissent comme un appel aux solutions occidentales, ces solutions qui ne leur sont pas accessibles.

- Dans leur bienveillance, les nations riches entendent aujourd’hui passer aux nations pauvres la camisole de force du développement, avec ses embouteillages et ses emprisonnements dans les hôpitaux ou dans les salles de classe.

- Chaque réfrigérateur mis sur le marché contribue à restreindre les chances que soit construite une chambre froide pour la communauté.

- Chaque voiture lancée sur les routes du Brésil prive cinquante personnes de la possibilité de disposer d’un autocar.

- Les rues de Sao Paulo s’embouteillent tandis que pour fuir la sécheresse près d’un million de Brésiliens du Nord-Est font 800 kilomètres à pied.

- Des chirurgiens d’Amérique latine suivent des stages dans des hôpitaux spécialisés de New York pour y apprendre des techniques qui ne s’appliqueront qu’à quelques malades.

- Une poignée d’étudiants bénéficie d’une formation scientifique poussée ; si par hasard ils retournent en Bolivie, ils deviendront des enseignants, spécialisés dans quelque matière au nom ronflant.

- La scolarité obligatoire est affiliée au marché mondial de la production et de la consommation.

- Les écoles justifient cruellement sur le plan rationnel la hiérarchie sociale dont les églises défendaient autrefois l’origine divine.

- La seule réponse au sous-développement est la satisfaction des besoins fondamentaux. Pourquoi, par exemple, ne pas considérer la marche à pied comme une solution de rechange aux embouteillages et ne pas amener les urbanistes à se soumettre à cet impératif ?

- En matière de santé, ce qu’il faut à l’Amérique latine, c’est un personnel paramédical qui puisse intervenir sans l’aide d’un docteur en médecine.

- Je lance un appel pour qui se développe une recherche qui vise à remplacer les produits dominants du marché, les centres hospitaliers et les spécialistes prolongeant la vie des malades, les écoles et les programmes impératifs interdisant de s’instruire à ceux qui ne se sont pas enfermés assez longtemps dans les salles de classe.

5/12) Majid Rahnema : la production de la pauvreté moderne

- Dans la pauvreté  conviviale, propre aux sociétés vernaculaires, le manque consistait dans la perte des relations de solidarité et de réciprocité avec les autres. La modernisation de la pauvreté est une rupture avec notre passé.

- Le petit chef d’œuvre de Xénophon, oekonomia, nous apprend que l’économie était une science de la maisonnée ; que la première fonction était de produire pour les besoins de la famille et de ses proches. Or l’économie moderne a complètement renversé l’ordre des choses, sa fonction moderne est de servir ceux qui ont le plus d’argent.

- Avec l’hégémonie du langage économique, le mot clef de richesse se réduit à tout ce qui a de la valeur d’échange sur le marché. Par-là même, il prive toute forme de pauvreté des richesses multiples dont les pauvres se sont servis, tout au long de leur histoire, pour éviter la chute dans la misère.

- Dans les sociétés du Sud, par les temps où la pauvreté représentait la condition normale, la misère relevait d’un accident.

- L’économie de marché fabrique en masse des besoins de plus en plus variés et  créateur de dépendance et produit en même temps les raretés qui empêcheront d’importantes couches de la population de gérer leur vie. C’est dans ce fossé grandissant que naîtra le nouveau pauvre modernisé, un être déchiré par la multiplication de ses besoins et son insolvabilité chronique.

- La lutte contre la pauvreté modernisée ne peut donc commencer que par nous-mêmes. Aussi implique-t-il la conversion sincère de chacun de nous à un mode de vivre, de faire, de partager et d’aimer qui serait autre. Un mouvement pour nous conduire à choisir un mode de vie basé sur la simplicité volontaire, le refus du superflu et le sens d’un Bien commun partagé.

- Nous vivons dans un monde qui se transforme sans cesse grâce aux petits changements que des millions de femmes et d’hommes, souvent à l’ombre des grands centres visibles des pouvoirs, apportent dans l’exercice de leurs activités quotidiennes.

6/12) Wolfgang Sachs : la technologie, cheval de Troie du développement

- Les stratèges du développement rencontrent partout un manque scandaleux d’objets utiles, mais les réseaux de relations avec les voisins, les ancêtres ou les dieux se réduit en poussière à leurs yeux. De là se construit l’image d’un Tiers Monde qui lutte désespérément pour une survie précaire, alors que ce qui fait leur force ou leur espoir passe inaperçu.

- Alors que les outils modernes donnent l’impression d’épargner du travail, ils exigent au contraire l’importante contribution d’un grand nombre de personnes dans des lieux éloignés ; les outils fonctionnent dans la mesure où les personnes se transforment en outils.

- Un simple coup d’œil sur le fil électrique et la prise révèle qu’il s’agit d’un terminal domestique d’un système mondial : le courant arrive dans un réseau de câbles et de lignes haute tension qui est alimenté par des centrales électriques, lesquelles dépendent de cargaison de pétroliers, des tours de forage ou de barrages. Toute cette chaîne garantit une livraison efficace et rapide à la condition expresse que se mettent à sa disposition  des légions d’ingénieurs et de financiers qui recourent aux administrations, aux universités et à toutes les industries. Le robot culinaire, comme l’ordinateur, l’automobile ou le téléviseur dépend entièrement de l’existence de vastes systèmes d’organisation soudés les uns aux autres. Quiconque appuie sur un interrupteur ne se sert pas uniquement d’un outil, mais se branche sur un système.

- Comme le cheval de Troie, la technologie permet la conquête de la société de l’intérieur. Chaque nouveauté technique est beaucoup plus qu’un moyen ; elle est une puissance culturelle.

- Le déluge d’appareils et de machines qui a fondu sur de nombreuses régions a sûrement contribué à évacuer les aspirations et les idéaux traditionnels. A la place de ces derniers s’installe un point de vue émotionnel et cognitif d’après les coordonnées de la civilisation technologique.

- La magie consiste à produire des effets insolites par la manipulation de forces invisibles. Quiconque appuie sur l’accélérateur ou tourne un commutateur fait lui aussi appel à un monde lointain et invisible.

- La magie des outils du progrès domine aujourd’hui le monde des idées, mais ce système peut ne jamais être parachevé en raison de la pénurie des ressources et de la crise environnementale.

7/12) Silvia Pérez-Vitoria : refaire le monde ?

- François Partant, né en 1926, a d’abord travaillé comme banquier du développement auprès de grandes institutions internationales avant de s’apercevoir, en 1968, du caractère destructeur des politiques menées au nom du développement.

- Le monde rural est la première victime des politiques de développement qui préconise une agriculture intensive et chasse des milliers de paysans de leurs terres.

- Le développement, impulsé par les pays riches, leur profite en premier lieu. Le développement, ici ou ailleurs, est une impasse.

- Le principe même d’un financement extérieur niant l’apport pluriséculaire des traditions locales doit être remis en question.

- Nous débattons également de la question du « commerce équitable » qui maintient la dépendance vis-à-vis des exportations alors que ce qu’il faudrait promouvoir pour combattre la famine, c’est l’autonomie alimentaire.

- Il n’y a pas de solutions toutes faites pour « défaire le développement et refaire le monde » ; il ne s’agit pas de remplacer le  développement par un autre modèle unique, mais de renouer avec la pluralité des mondes !

- Comment convaincre les pays du Tiers-monde de ne pas faire comme nous ? En changeant nous-mêmes de modèle. La critique du développement, c’est d’abord la critique des pays industrialisés.

8/12) François Partant : L’Occident, un modèle à ne pas suivre

Pendant des millénaires, les sociétés humaines sont parvenues à s’adapter à des milieux très différents, de sorte que leurs cultures  étaient également très différentes. Avec une organisation socio-politique qui leur était propre, avec des moyens plus ou moins élaborés, mais toujours adaptés au contexte qui était le leur, elles produisaient en vue de satisfaire des besoins qu’elles définissaient elles-mêmes. Mais elles avaient en commun cette autonomie économique, que devrait  revendiquer toute entité socio-politique indépendante et soucieuse de préserver sa raison de vivre ; elles maîtrisaient les conditions de leur propre reproduction sociale. Or la période coloniale a radicalement modifié les données.

Associé à une conception prométhéenne du progrès, l’anthropocentrisme explique l’irrespect fondamental de l’Occidental à l’égard du monde physique et des autres espèces vivantes, irrespect contre lequel s’insurgent aujourd’hui les écologistes. Dans la mesure où il élimine beaucoup de contraintes et de scrupules, cet irrespect a incontestablement contribué au succès historique de l’Occident. Cependant, ce n’est pas seulement au sein du monde vivant que l’Occidental établit une hiérarchie c’est aussi au sein de l’humanité : celle-ci est constituée de sociétés fort différentes, l’Occidental voit dans ses différences des inégalités. Ces inégalités tiendraient à ce que les sociétés soient plus ou moins avancées sur la route qui mène de l’homme préhistorique à l’homme contemporain. De même l’intellectuel sera présenté comme supérieur au manuel.

En cessant d’être un processus endogène et autocentré d’évolution globale spécifique à chaque société, le développement ne pouvait plus être une dimension de l’histoire humaine. La concurrence joue au profit des pays les plus compétitifs, la domination économique remplace avantageusement la domination politique et militaire. Le risque serait que les peuples du Tiers-Monde cherchent à sortir de l’économie mondiale. D’où l’utilité du conditionnement idéologique des élites dirigeantes du Tiers-monde, pour qui le développement, qu’il soit capitaliste ou socialiste, n’est conçu que par référence au modèle extérieur.

Petite histoire : Dans un village côtier mexicain, un Américain rencontre un pêcheur en train de faire la sieste et lui demande :

- « Pourquoi ne restez-vous pas en mer plus longtemps ? » Le Mexicain répond que sa pêche suffit à subvenir aux besoins de sa famille. L’Américain demande alors :

- « Que faites-vous le reste du temps ? »

- « Je fais la grasse matinée, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir je vais voir mes amis, nous jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie. » L’Américain l’interrompt :

- « Suivez mes conseils : commencez par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices, vous achèterez un gros bateau. Avec l’argent que vous rapportera ce bateau, vous ouvrirez votre propre usine. Vous quitterez votre village pour Mexico, d’où vous dirigerez toutes vos affaires. »

- « Et après ? » interroge le Mexicain.

- « Après, dit l’Américain, vous introduirez votre société en bourse et vous gagnerez des millions. »

- « Des millions ! Mais après ? » réplique le pêcheur.

- « Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter un village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, faire la sieste avec votre femme, passer vos soirées à jouer de la guitare avec vos amis ! »

9/12) Arundhati Roy : Défaire le développement, sauver le climat

- On ne discute pas beaucoup du changement climatique en Inde, parce que les gens se battent avec des choses si énormes et si brutales que rien ne peut plus les horrifier.

- Il y a une coalition entre le monde occidental et l’élite du Tiers Monde pour s’approprier les ressources, pour conserver ce modèle de développement qui a été imposé à l’ensemble du monde.

- Nous n’avons qu’une quantité limitée de forêts, d’eau, de terre. Si vous transformez tout en climatiseurs, en pommes frites, en voitures, à un moment vous n’aurez plus rien. Vous produirez de l’argent, mais il n’y aura plus rien à acheter.

- Je ne sais pas si les pays riches sauront changer leur façon de consommer. Leur égoïsme est incontestable. Mais la rébellion commence, même dans les sociétés du « premier monde ».

- Il y a toujours un contre-argument à toute critique. Le cœur de la solution est le respect de l’environnement, il n’y a pas d’alternative.

10/12) Thierry Jaccaud : réflexions à l’usage des écologistes

Au niveau de la planète, notre niveau de consommation n’est tout simplement pas généralisable. Soyons plus concrets : la lutte contre la crise climatique exige de réduire de 70 % l’émission de gaz à effet de serre par rapport à 1990. La seule façon d’approcher cet objectif, c’est la décroissance économique : - 4 % sur trente ans. Cela implique bien sûr une toute autre société. N’est-ce pas là un projet autrement plus enthousiasmant que le « développement durable » ?

11/12) Daniel Cérézuelle : le terrorisme fruit du développement

L’histoire enseigne que nous sommes souvent prêts à courir le risque d’énormes pertes de vies humaines pourvu que nous ne sachions pas à l’avance quels individus mourront. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui notre virtuosité technique a pour effet ordinaire des désastres technologiques d’une ampleur bien plus importante que l’attaque du World Trade Center. Ainsi aux Etats-Unis, le système de transport routier tue presque 45 000 personnes par an et les techniques médicales près de 70 000 ; mais ces risques sont devenus socialement acceptables parce que le coût humain de ces techniques s’est révélé progressivement et leur énorme impact est disséminé dans l’espace. Il n’en reste pas moins que comparé à la conduite automobile ou au fait d’aller à l’hôpital, le terrorisme reste insignifiant.

La fascination pour la destruction et même l’autodestruction a toujours été une des composantes essentielles du psychisme humain. Le processus de destruction créatrice qui est une des conditions du dynamisme économique a aussi pour effet la destruction des modèles symboliques qui organisent l’existence et font obstacle à nos pulsions violentes. Le développement est un terreau sur lequel, parmi d’autres fleurs vénéneuses, le terrorisme semble prospérer.

12/12) Citations

Edouard Goldsmith : C’est parce que la société vernaculaire a adapté son mode de vie à son environnement qu’elle est durable. Parce que la société industrielle s’est au contraire efforcée d’adapter son environnement à son mode de vie, elle ne peut espérer survivre.

Marshall Sahlins : Le néolithique n’a accompli aucun progrès par rapport au paléolithique en ce qui concerne le temps nécessaire par personne à la production alimentaire ; et on peut même supposer qu’avec l’avènement de l’agriculture, les hommes se sont vus contraints de travailler davantage.

Serge Latouche :  Les caractères durables ou soutenables renvoient non au développement « réellement existant », mais à la reproduction. La reproduction durable a régné sur la planète en gros jusqu’au XVIIIe siècle ; il est encore possible de trouver chez les vieillards du Tiers-Monde des experts en reproduction durable : les artisans et les paysans qui ont conservé une large part de l’héritage des manières ancestrales de faire et de penser.

Gustavo Esteva : Je découvre avec douleur les victimes du développement : ce sont des indigènes pleins de sagesse qui n’osent partager leur savoir ou qui le dévaluent « parce qu’ils n’ont pas été à l’école ».

Karl Polanyi : la production mécanique suppose la transformation de la substance naturelle et humaine en marchandises. La conclusion est inévitable, car la fin recherchée ne saurait être atteinte à moins ; il est évident que la dislocation provoquée par un pareil dispositif doit briser les relations humaines et menacer d’anéantir l’habitat naturel de l’homme.

Pierre Rabhi : Voici l’humanité moderne condamnée à n’être plus qu’en frénésie productive avec des vacances comme respirations et la retraite comme une sorte de délivrance finale proche de la finitude.

Emmanuel N’Dione : L’ici et maintenant ne doit pas faire perdre de vue la relation au monde extérieur. Nous vivons désormais dans le « village global ». Local ne signifie pas isolationnisme.