de 2000 à 2006

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

L’espèce humaine transforme sa niche écologique à une échelle et avec une rapidité qui n’ont aucun précédent dans l’histoire de la vie sur Terre. La construction de la niche écologique de l’homme expose l’ensemble des espèces à de nouveaux stress écologiques, auxquelles elles sont incapables de s’adapter. D’où l’idée largement adoptée aujourd’hui dans la communauté scientifique d’une sixième extinction en masse dans l’histoire de la biosphère, sous l’effet de la pression de la culture et de la technique spécifiquement humaines. Avec l’obsession permanente de sa propre survie, l’homme se comporte désormais comme un « tueur planétaire », selon l’expression saisissante d’Edward O.Wilson (L’avenir de la vie, Le Seuil, 2003)

Les retombées du développement technique et des modes de colonisation planétaires qu’elle soutient posent évidemment la question du type de rétroactions qui lient technique et espèce humaine. Comme l’avait déjà écrit Heisenberg, l’attitude des hommes envers la nature a changé lorsque « de contemplative elle est devenue pragmatique ». La science naturelle elle-même est devenue une science technique car chaque connaissance nouvelle a été systématiquement assortie de la question de l’utilité que l’on pourrait en tirer.

Mais écosystème, réseau trophique, niche écologique, cycles biogéochimiques, biosphère, sont aujourd’hui comme un rappel à l’ordre des réalités naturelles auxquelles nos sociétés doivent porte la plus grande attention. Comme l’écrivent les 1300 experts du Millenium ecosystem assessment, « Nous avons pris nos distances avec la nature, mais nous sommes complètement dépendants des services qu’elle nous rend ». Nous pouvons rechercher aujourd’hui un autre horizon que celui, désenchanté, de l’anthropomorphisme en nous tournant vers les mouvements naturalistes (l’écologie profonde ?) qui s’opposent, pied à pied, au désenchantement de la nature. Car oublier la nature, cela revient pour nous à la laisser détruire. Miser sur l’écologie, c’est aujourd’hui miser sur un nouveau monde à découvrir.

(revue « écologie et politique »)