de 2005 à 2008

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Idée générale du livre : L’EPR (European pressurized Reactor), dernier avatar d’une technologie à haut risque, n’apporte aucune réponse aux problèmes liés à l’énergie nucléaire. Il n’y a aucune justification énergétique, c’est un véritable obstacle aux alternatives, une erreur stratégique industrielle et sans perspectives commerciales sérieuses. L’EPR s’avère être en définitive un projet inutile et dangereux. Pourtant, la France s’est engagée dans ce projet sans avoir eu l’ombre d’un doute.

en conclusion, un déni de démocratie 

Bloqué par le gouvernement Jospin, l’EPR est remis en selle en 2002, dès l’arrivée du nouveau gouvernement de Jacques Chirac. Mais les modes de décision ont évolué par rapport aux années 1970. Il n’est plus possible de lancer un nouveau réacteur nucléaire sans impliquer au moins le Parlement, voire échanger d’une manière ou d’une autre avec le public. Dès 2003, la ministre de l’industrie est donc chargée de mener un « débat national sur les énergies ». Les associations écologistes claquent la porte tant les points de vue divergents ne semblent pas avoir leur place. Un groupe de trois sages, nommés par la ministre pour encadrer le débat, rend son rapport le 12 septembre. Les sages concluent à la non-urgence du lancement d’un nouveau réacteur en France. Pourtant le 8 octobre, la ministre déléguée à l’industrie prend clairement position en faveur du lancement de l’EPR : « J’ai décidé de proposer, dans les meilleurs délais, au Premier ministre de choisir l’EPR. ». La prise de décision de madame Fontaine tombe en effet à point nommé pour soutenir la candidature d’Areva pour la construction d’un EPR en Finlande. Le 16 octobre, l’électricien finlandais TVO annonce avoir retenu Areva pour tenir des négociations exclusives.

Le 8 janvier 2004, le Parti socialiste annonce dans un communiqué son opposition « à la décision de construire aujourd’hui l’EPR ». Mais la contestation, bien qu’elle soit argumentée et majoritaire, ne détourne pas le gouvernement de son objectif. Le 5 avril 2004, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin précise dans un discours de politique générale que « la France devra s’engager dans la voie de l’EPR ». Une première discussion sans vote sur la politique énergétique française a lieu dans la foulée au Parlement le même mois. Une étude PROSES de Sciences-Po Paris s’intéresse d’ailleurs aux écarts entre les attitudes du public et celles de ses représentants. Alors que 55 % du public souhaitent abandonner progressivement cette énergie, seuls 15 % des parlementaires sont du même avis. L’écrasante majorité de nos représentant (77 %) sont favorables au remplacement au fur et à mesure des anciennes centrales : à la crise environnementale s’ajoute une crise de la représentation démocratique concernant l’écologie.

La loi programme d’orientation de la politique énergétique (POPE) est rapidement votée en première lecture le 1er juin à l’Assemblée et le 10 au Sénat. Ce n’est qu’après ce vote, le 9 octobre 2004 que l’avis de la DGSNR sur la sûreté de l’EPR est rendue public ! Le 21 octobre 2004, le président d’EDF choisit le site pour l’EPR, ce sera Flamanville dans la Manche. Dans la foulée de sa décision, EDF saisie la Commission nationale du débat public conformément à ses obligations légales : l’EPR constitue en effet un investissement d’un coût bien supérieur à 300 millions d’euros. A la différence du débat organisé par le gouvernement en 2003, ce nouveau débat officiel obéit à un certain nombre de règles définies par la loi. La participation du public porte même sur « l’opportunité, les objectifs et les caractéristiques principales du projet ». Le calendrier et les modalités du débat sont fixés courant juillet 2005. Mais c’est au même moment, le 13 juillet, que le vote final de la loi POPE a lieu. Donc sans attendre le débat, les parlementaires entérinent définitivement le choix de lancer l’EPR. Beaucoup de députés vont même jusqu’à contester l’idée de débat public, qui remettrait en question la démocratie représentative ! De son côté EDF développe son projet sans même faire semblant d’attendre l’avis du public.

Premier réacteur occidental post-11 septembre 2001, un document confidentiel d’EDF concernant la résistance de l’EPR à un crash d’avion de ligne est classé « secret défense ». Le premier débat, prévu le 19 octobre 2005, est alors annulé dans l’attente de connaître les règles de la transparence. En définitive le gouvernement tranche : toutes les questions ne seront pas traitées ! Les autorités accélèrent le rythme du processus d’autorisation de l’EPR. L’enquête publique, dernière étape avant l’obtention d’une autorisation finale sous forme de décret, est limitée à une zone de 10 kilomètres autour du site. Cherbourg, à 30 km à peine, est exclu de l’enquête publique. Fin janvier 2007, sans appel d’offres, EDF confie à Areva la fourniture de la chaudière nucléaire de l’EPR.

Le gouvernement Villepin signe le décret autorisant EDF à créer une centrale nucléaire sur le site de Flamanville le 10 avril 2007, soit onze jours avant le premier tour de l’élection présidentielle ! Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu président de la République. Candidat de rupture, comme il s’est défini, c’est un président de continuité en matière nucléaire qui entre à l’Elysée.

(Syllepse)