de 2005 à 2008

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Technique démocratique contre technique autoritaire

Lewis Mumford (1895-1990) caractérise deux types de technique dans un écrit de 1962 :

Ma thèse est que deux technologies ont toujours cohabité, l’une autoritaire et l’autre démocratique. La première est centrée sur le système, immensément puissante et intrinsèquement instable, la seconde est centrée sur l’homme et relativement faible, mais pleine de ressources et durable. Les techniques démocratiques sont les méthodes de production à petite échelle, reposant principalement sur les compétences humaines et l’énergie renouvelable, faisant un usage limité des ressources naturelles. Elles demeurent toujours sous la direction active de l’artisan ou du paysan.

Si cette technique démocratique remonte aux tous premiers âges de l’outil, la technique autoritaire est bien plus récente. Elle commence autour du quatrième millénaire avant J.C. dans un contexte de contrôle politique centralisé. Les activités qui étaient auparavant disséminées, diversifiées, adaptées à la mesure humaine, sont unifiées à une échelle monumentale qu’on appelle « civilisation ». Cette technologie autoritaire n’est pas délimitée par les coutumes et les sentiments humains, elle repose sur une contrainte physique impitoyable, elle a créé des machines humaines complexes composées de parties interdépendantes spécialisées, standardisées. Malgré sa tendance continuelle à la destruction, la technique totalitaire est bien accueillie parce qu’elle permet la première économie d’abondance contrôlée. La technique a accepté le principe de base de la démocratie selon lequel chaque membre de la société doit avoir une part de ses biens, faisant disparaître tous les autres vestiges de la démocratie.

Arrêtons de nous méprendre. Au moment où les nations occidentales rejettent le pouvoir absolu de la monarchie, elles restaurent le même système sous une forme plus efficace, réintroduisant des contraintes de type militaire pas moins strictes dans l’organisation d’une usine que dans celle des nouvelles armées. Elles sont mues par des obsessions non moins irrationnelles que celles des premiers systèmes absolutistes, en particulier l’idée que le système lui-même doit être étendu quel qu’en soit le coût potentiel pour la vie. Maximiser l’énergie, la vitesse, l’automatisation, sans référence aux conditions complexes qui sous-tendent fondamentalement la vie, sont devenus des fins en soi. Le centre de l’autorité n’est plus une personnalité visible, le centre est maintenant le système lui-même, invisible, omniprésent ; toutes ses composantes humaines sont prises au piège de la perfection de l’organisation qu’elles ont inventée. Parce que le système n’est plus dirigé par quiconque, il peut nous empoisonner pour nous nourrir ou nous exterminer pour assurer la sécurité nationale. La technique autoritaire perfectionner constamment le contrôle des masses par sa panoplie de tranquillisants et d’aphrodisiaques. Comment faire pour échapper à ce destin ?

Il nous faut défier ce système autoritaire, la vie ne peut pas être déléguée. Nous avons intérêt à préparer la reconstitution de techniques démocratiques, sacrifier la quantité à la qualité du choix, favoriser la variété écologique de groupes autonomes et surtout réduire la course insensée à l’expansion du système pour le  contraindre à respecter les limites. L’excès de voitures qui détruit nos villes ne sera réglé que si nous faisons plus de place à l’agent humain le plus efficace : le piéton. (résumé d’un article d’Ecorev, mai 2008)