Nos dirigeants prescrivent deux remèdes, le rachat de leurs dettes par les Etats-unis et le déstockage du pétrole stratégique. Ce n’est qu’un soulagement de court terme à la maladie mortelle qu’est la raréfaction des matières premières bon marché, pétrole en tête. Fondamentalement, l’ancien monde d’une croissance forte soutenue par des prix bas de l’énergie est désormais mort. Néanmoins, la nostalgie du passé aveugle encore nos candidats à la présidentielle, en France comme aux Etats-Unis. Ils ignorent que notre industrialisme n’est qu’une machine thermodynamique qui convertit des inputs énergétiques en biens et services.

La « reprise » chantée en boucle par nos politiques au printemps se transformera en récession à l’automne. L’étonnement nous saisit à la lecture des orientations des finances publiques pour 2012, distribués et débattus le 27 juin à l’Assemblée nationale. La majorité UMP comme l’opposition socialiste retiennent des prévisions de croissance supérieures à 2 % pour le prochain quinquennat. Les écologistes 1 %. Sur quelles analyses s’appuient-ils pour exprimer de tels chiffres ? L’impossible réalisation du fantasme d’une augmentation permanente de la production de pétrole nous conduit à l’autre solution : la décroissance massive de notre consommation de pétrole, que nous le voulions ou non. La réalité n’est pas financière, elle est géologique, basée sur la déplétion pétrolière. Offre inélastique, demande croissante : les prix remonteront plus vite et plus haut, deviendront plus volatiles.

Le rationnement devient alors la seule politique possible pour éviter le chaos social. Economie de guerre ? Electoralement inenvisageable ? Je prends le pari aujourd’hui, contre Nicolas Sarkozy et Martine Aubry, que la récession imposera cette politique.

Yves Cochet (LeMonde du 14 juillet 2011, Dernières vacances avant la récession)