Vocabulaire

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Biosphere-Info du 1er au 15 juin 2014

Le plus intéressant de l’expérience de Totnes, modèle de ville en transition, n’est pas sa réalité présente : il n’y a pas encore de plan de descente énergétique et madame le maire de cette petite ville de 8000 habitants n’a pas trop conscience de ce que veut dire « résilience ». Mais c’est un concept viral, qui a vocation à se propager dans le monde entier. En effet le constat pour cette ville anglaise est le même que pour les villes de cette planète, nous allons tous être soumis aux terribles jumeaux de l’hydrocarbure : changement climatique et pic pétrolier. Rob Hopkins, à l’origine de l’expérience de Totnes, appelle « Intervalle du pétrole » le bref interlude de 200 ans où nous aurons extrait du sol la totalité de cette extraordinaire substance et l’aurons brûlée. Le changement climatique nous dit que nous devrions changer, tandis que le pic pétrolier nous dit que nous allons être forcés de changer.

Les communautés locales sont les mieux à même de se pencher sur la façon dont la contraction énergétique et économique se manifestera dans telle région, telle ville et tel village et de savoir comment y résister. C’est pourquoi la ville d’Angoulême en France a voulu suivre le même chemin que Totnes. J’ai personnellement initié ou participé à la totalité de ce qui suit.

Michel Sourrouille

1/3) Conditions de réalisation d’une expérience de transition

La constitution d’un groupe de travail sur la transition nécessite un événement fort ou la présence d’un organisme préexistant. La commission anti-nucléaire, une des composantes de Charente-nature, s’était transformé en commission énergie. Après parution du manuel de transition de Rob Hopkins en 2010, cette commission est devenue à mon initiative Energie-Résilience : « Angoulême en transition » est donc né début 2011.

                Le groupe a continué à se réunir tous les premiers lundis de chaque mois, une liste de diffusion dédiée a été créée. Cette liste a été ouverte à des représentants des différentes associations d’Angoulême, SEL (système d’échange local, une variante des monnaies), Incroyables comestibles, AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), des membres de Colibri, vélocité de l’Angoumois, etc. Des représentants du parti socialiste local et d’EELV ont été associés.

                Un tel groupe de travail a pour fonction de sensibiliser la population, mais doit disparaître quand la transition est prise en charge par la communauté tout entière. Encore faudrait-il que cette sensibilisation soit effective.

2/3) Les caractéristiques de la transition à Angoulême

                Le groupe s’est fait connaître au travers de manifestations publiques, projection du film « solutions locales pour un désordre global », débats organisés au cours de différentes évènements locaux, conférence-débat avec le conférencier Benoît Thévard (vers un avenir sans pétrole). Nous avons fait accepter par l’AG de Charente Nature une motion pour le « lundi végétarien ». Nous avons diffusé les témoignages de plusieurs membres du groupe sur leur expérience de simplicité volontaire, publié un livret sur les différentes entreprises régionales engagées dans la rénovation thermique de l’habitat, visité des maisons « passives », participé à l’expérience de l’ADEME « familles à énergie positive», etc.

                Les objectifs étaient clairs, tendre localement à l’autonomie alimentaire et énergétique. Il fallait donc reconquérir la ceinture vivrière autour d’Angoulême, mettre en place des centrales hydroélectriques sur la Charente, transformer le contexte culturel, etc. Tout cela n’était plus de la compétence du groupe de travail, mais de la communauté de commune. Nos tentatives de contacts avec les autres villes en transition n’ont rien donné et le site français de synthèse ne vit pas : à chacun dans son coin de faire ce qu’il peut.

                Le groupe Angoulême-Résilience s’est éteint à l’approche des municipales 2014, au moment même où cette initiative aurait du être reprise par l’ensemble des listes en présence.

3/3) Les limites de l’expérience angoumoisine

- Le terme « transition » est aujourd’hui galvaudé : transition écologique, énergétique, agricole… C’est pourquoi nous avions choisi le terme de communauté de « résilience », ou capacité de résister aux chocs. Mais il a fallu expliquer ce terme, y compris au président de Charente-nature. Nous ne sommes qu’au début de la prise de conscience.

- Une ville comme Angoulême, forte de près de 50 000 habitants (110 000 avec l’agglomération), ne peut pas faire vivre l’esprit de communauté d’appartenance. Il faudrait descendre au niveau des quartiers, mais ce petit territoire n’a quasiment aucun potentiel d’autonomie véritable au niveau socio-économique.

- Il est très difficile de convaincre les gens que la question énergétique et alimentaire va devenir cruciale alors que le prix du baril stagne autour de 100 dollars et que la nourriture arrive en masse des quatre coins du monde. Le groupe de travail connaissait un taux d’entrée/sortie important, et les initiatives concrètes se comptaient sur le doigt d’une main

- Les municipales auraient du être le coup d’envoi de la transition/résilience. Mais le débat national sur la transition énergétique avait déjà capoté et les partis n’avaient comme définition de la transition qu’une vision édulcorée, y compris EELV (cf. son site).

- Convaincu de l’urgence d’agir contre le réchauffement climatique, le GrandAngoulême avait initié dès 2007 un plan climat de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il a associé tous les partenaires du territoire, les collectivités, le monde socio-économique, les institutions, les associations (dont Charente-nature). Il n’a abouti à rien de palpable. On parle maintenant depuis 2010 de Schéma Régional Climat Air Énergie Poitou-Charentes (SRCAE), une usine à gaz sans conséquence. Ces initiatives officielles montrent bien que le PADE (plan d’action de descente énergétique) de Rob Hopkins commence à titiller les instances politiques, locales et nationales… Une initiative associative comme Angoulême-Résilience n’est qu’un élément de tout un ensemble. Mais il faudra un baril à 500 dollars pour que des concrétisations réelles soient vraiment mises en place.

Conclusion partielle

« Le niveau idéal pour une Initiative de Transition est celui que vous sentez pouvoir influencer. » (Rob Hopkins)

« Nous apprenons à faire quelque chose en le faisant. Il n’y a pas d’autre façon. » (Rob Hopkins)


Documentation annexe

Plate-forme d’action : pour élaborer sur Angoulême une communauté de résilience

                La commission énergie de Charente Nature a constitué début 2011 un groupe de pilotage pour élaborer un plan de descente énergétique local au niveau du territoire angoumoisin. Voici quelque indications pour mieux comprendre notre action.

présentation

Depuis 1972, le rapport du club de Rome a dénoncé la course à la croissance en démontrant les limites de la planète. Depuis 1974 et le premier choc pétrolier, nous savons que notre civilisation dépend du pétrole. Depuis 1990 et le premier rapport du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), nous savons que l’humanité va faire face à un réchauffement climatique. Nous savons aussi de façon scientifique que le choc des hydrocarbures n’est qu’une partie des dégradations écologiques qui menacent nos sociétés. Comment agir efficacement ? L’échec des conférences internationales et les inerties gouvernementales montre que cette voie est trop lente. Pratiquer à l’échelle personnelle la simplicité volontaire semble nécessaire mais insuffisant. Ce qui nous semble le plus pragmatique, c’est d’agir directement au sein de sa communauté d’appartenance pour en restaurer la résilience, la capacité de résister aux chocs.

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience … La profusion des termes montre la richesse de cette alternative à l’ère des combustibles fossiles. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs. Tout le monde est concerné puisqu’il s’agit de rendre notre avenir durable.

1) notre objectif : instaurer un territoire de résilience

- une démarche logique : Les jumeaux hydrocarbures (pic pétrolier et réchauffement climatique) nous imposent une descente énergétique. Il ne s’agit pas de catastrophisme, mais d’une réalité. Le meilleur moyen est de tendre localement à l’autonomie alimentaire et énergétique. Seule l’énergie renouvelable est durable.

- une démarche non idéologique : il y a un intérêt commun à adopter une telle voie, quelle que soit l’appartenance politique des habitants d’un territoire. Agir ensemble sur son territoire implique décentralisation en acte, mais aussi soutien de l’Etat à ce mouvement.

- une démarche pragmatique : le territoire doit élaborer un plan d’action de descente énergétique (Pade), ce qui peut rejoindre des pratiques locales existantes (plan climat local, AMAP, SEL, MAB, Velocity, point info-énergie, jardins partagés…). Il s’agit d’instaurer une dynamique collective.

2) un changement technique : usage de techniques douces

- doux à la nature : application du principe du berceau au berceau, c’est-à-dire un nouveau modèle économique où la notion même de déchets est bannie au profit de cycles fermés. Il faut suivre l’exemple de la nature qui opère selon un métabolisme au sein duquel le déchet n'existe pas.

- doux à la société : utilisation d’une spécialisation limitée et d’appareillages simplifié ; renouveau de la paysannerie et de l’artisanat ; principe de coopération et non de concurrence.

- doux politiquement : il s’agit d’instaurer une démocratie locale, sachant que seul le local est durable. L’avènement d’un territoire de résilience ne peut se faire qu’avec la participation de tous.

3) un changement culturel

- limitation des besoins : les limites de la planète, qui ne se mesurent pas seulement au gaspillage des ressources fossiles, imposent une sobriété joyeuse et l’abandon du culte de la croissance.

- changement de valeurs : pour une éthique de la Terre qui combine respect de la nature (de ses cycles, des différentes formes du vivant…) et défense des intérêts des acteurs absents (générations futures, non-vivants, habitants des autres territoires)

sources d’information

tableau comparatif :

Ne contribue pas à la résilience

Contribue à la résilience

Recyclage centralisé

Plantation d’arbres décoratifs

Approvisionnement international en bio

Transactions de crédits carbone

Investissement éthique

Achat de musique sur CD

consommation

Compostage local

Plantation d’arbres productifs

Procédures d’achat local

Investissements   communautaires local

Monnaie locales

Chanter dans un cœur local

réciprocité

trois ouvrages de référence sur les communautés de résilience :

2006 Les Ecovillages de Jonathan Dawson

2010 Manuel de transition de Rob Hopkins

2011 comment sortir de la société de consommation (World Watch Institute)

Site Internet des Territoires de Transition

http://www.transitionfrance.fr/