12/27. Kenya, le fardeau de la dette

Chaque jour nous publions un des 27 chapitres du livre de Michel SOURROUILLE

SURPOPULATION Afghanistan, France, Royaume Uni…

aucun pays n’est à l’abri

https://librairie.edilivre.com/essai/33438-surpopulation-9782414634231.html

Au Kenya coexiste plus de 60 langues parlées avec plus de 40 groupes éthiques. William Ruto a été élu président du Kenya fin 2022. Il hérite d’un pays de 55 millions d’habitants (2021) en croissance démographique rapide et en grande difficultés financières. Il s’exprime ainsi en juin 2023 :

« Le Nord (les pays riches) est largement responsable des dégâts provoqués par le changement climatique, et le Sud, y compris l’Afrique, en supporte les conséquences alors qu’il y a très peu contribué. C’est aussi vrai que la promesse de verser 100 milliards de dollars par an aux pays en développement pour les aider à s’adapter et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre n’a pas été tenue. Nous, pays du Sud, nous avons un problème supplémentaire : nos conditions d’emprunt pour financer notre développement sont huit fois plus coûteuses que celles du Nord. Chaque année, le Kenya verse 5 milliards de dollars pour le service de sa dette. Nous voulons avoir le droit de parler et de décider comme les autres. Si nous ne faisons pas cela, cette planète va couler. Le Nord avec le Sud, ensemble. »1

Dans cette interview, William Ruto est obsédé par les considérations financières, ce qui se comprend ; l’argent ne se mange pas, et sans argent tu ne manges plus aujourd’hui. Mais comme beaucoup trop de présidents au Sud, il ne met pas en évidence la cause fondamentale des maux de son pays, la surpopulation. Le nombre d’habitants n’était que de 7,7 millions en 1960, mais la population a augmenté de 11 millions ces dix dernières années. Le taux de croissance de la population globale tourne encore autour de 2 % soit un doublement tous les 35 ans : 54 millions de Kenyans et Kenyanes en 2023, 108 millions en 2058 ? La situation actuelle est déjà ingérable, elle sera devenue invivable. A peine un peu plus grand que la France, la densité du Keyna est de 93 hab./km² (2021), ce qui est beaucoup trop élevé pour un pays de savanes et de montagnes. Les terres semi-désertiques représentent plus de 80% du territoire du pays et abritent environ 36% de sa population. C’est dans ces régions que l’incidence de la pauvreté est la plus forte.

La capitale, c’est Nairobi, déjà 5 millions d’habitants environ alors que par exemple Bordeaux-métropole en France n’atteint pas 1 millions. Une ville est déjà difficile à nourrir dans un pays développé, à plus forte raison dans un pays en voie de sous-développement. Ses surnoms de « capitale mondiale du safari » ou de « ville verte au soleil » ne font que masquer l’existence des bidonvilles dans la ville obèse qu’est devenu Nairobi. Sans tout-à-l’égout ni réseaux d’assainissement, c’est la rivière Nairobi qui sert de toilettes.

On ne peut pas parler de démographie sans s’intéresser à la sécurité alimentaire. L’accès à l’école primaire est gratuit au Kenya, mais de nombreux enfants ne peuvent pas assister aux cours parce qu’ils aident leur famille en travaillant la terre. Le secteur agricole, qui emploie 80% de la population rurale et contribue à hauteur de 65% aux exportations, est le principal pilier de l’économie kényane. La quasi-totalité de la production agricole du Kenya est issue de cultures pluviales et près de la moitié de la production animale vient des terres arides et semi-arides. L’incidence croissante de la sécheresse et l’irrégularité des précipitations avec le réchauffement climatique vont avoir une incidence considérable sur le secteur. Les inondations sont fréquentes. La pauvreté demeure élevée en milieu rural pour deux raisons : la forte croissance démographique – la population du pays a plus que triplé au cours des 30 dernières années – et la dépendance à l’égard de ressources naturelles qui s’épuisent rapidement. Quelque 10 millions de Kényans souffrent déjà d’insécurité alimentaire chronique et de problèmes nutritionnels.

Face à cette situation inquiétante, que fait le gouvernement ? La santé reproductive est mal en point, le taux de fécondité est encore de 3,4 enfants par femme. L’accès au planning familial est difficile. Faute d’informations suffisantes, faute d’éducation sexuelle des jeunes, et particulièrement des filles, les grossesses non prévues sont nombreuses et les futures mères souvent livrées à elles-mêmes. Selon une étude de 2013 du Centre de recherche sur la population et la santé en Afrique, la dernière menée sur le sujet, près de 40 % des grossesses y sont non désirées. Mais l‘interruption volontaire de grossesse (IVG) n’était autorisée au Kenya que sur recommandation médicale, et seulement si la vie de la mère est en danger. La plupart des IVG sont donc menées en dehors du cadre médical, provoquant infection, ou septicémie. Chaque jour, une femme sur sept ayant subi un avortement clandestin en meurt. Mais 85% de la population kenyane est chrétienne et, selon un sondage, opposée à l’IVG. Pourtant le 25 mars 2022, la Haute Cour de Malindi a jugé que l’avortement est « un droit fondamental en vertu de la Constitution du Kenya ». Cette décision fait suite à un recours du Center Reproductive Health Network Kenya. On commence tout juste à aller dans le bons sens du libre choix des Kenyanes, mais sans doute trop tard. 7,7 millions de Kenyans et Kenyanes en 1960, et 110 millions en 2060 ?

La seule vraie richesse du Kenya, celle qui attire encore plus d’un million de visiteurs tous les ans, c’est sans contexte sa faune incroyable. Touristes, faites preuve cependant d’une extrême prudence, il existe un risque d’enlèvements, de terrorisme et de violence transfrontalière dans certains comtés…

1 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/06/25/william-ruto-president-du-kenya-les-tensions-entre-nord-et-sud-sont-tout-aussi-steriles-que-celles-entre-les-occidentaux-et-la-chine_6179168_3212.html

7 réflexions sur “12/27. Kenya, le fardeau de la dette”

  1. Le fardeau de la dette. Voilà qui aurait fait un bon titre pour l’article sur Haïti. Mais bon, oublions cette histoire. De toute façon oublions les H, les I et les J , et passons aux K.
    Rappel : « L’ONU compte 193 États membres, de l’Afghanistan au Zimbabwe. Ce livre ne considère qu’un seul pays par lettre alphabétique. Le choix a été aléatoire. » (épisode 1/27 – 16 juillet 2025)

    Décidément le hasard fait super bien les choses. De tous les pays commençant par K aucun ne peut faire mieux que le Kenya.
    Avec du sable et du béton partout, et donc une agriculture réduite à rien du tout, une densité de 276 hab/km2 (insoutenable, ingérable, invivable etc.), le Koweït aurait pu faire lui aussi un bel exemple de surpop. Mais bon, oublions le Koweït.
    Avec de vastes steppes et des montagnes partout, un indice de fécondité de 3 (insoutenable, ingérable, invivable etc.), le Kazakhstan aurait pu également faire l’affaire. Mais bon, avec une densité de 8 hab/km2 oublions le Kazakhstan. (à suivre)

    1. Esprit critique

      (suite et fin) Idem du Kirghizistan, que personne ne connaît, sauf peut-être les quelques vrais passionnés de faune sauvage. Quant aux Kiribati, qui crient « au secours », tout le monde s’en fout. Sauf Le MONDE (12 mars 2025), comme par hasard :
      – Les îles Kiribati, archipel du Pacifique équatorial menacé par la montée des eaux crient « au secours ». Récit de la vie des pays vulnérables au déluge qui s’annonce.

    2. Pour ne rester qu’au Kenya, et ne parler QUE de démographie :
      – Kenya . Données démographiques (worldometers.info)
      La courbe illustrant la baisse du taux de fécondité (1955-2015) parle d’elle-même.
      Avec un peu d’optimisme, ON pourrait là encore en conclure que le Kenya est sur la bonne voie. Mais bon, il ne faudrait pas non plus oublier la Dette. 🙂

      1. Kenya en 1961 = 8 millions d’habitants
        Kenya en 2025 = 55 millions d’habitants

        Bref, la population a été multipliée quasiment par x 7 en seulement 64 ans !
        Bon, il y a encore 3,4 enfants par femme, soit bien au-delà du seuil de renouvellement !

        Même les pays européens n’ont pas connu une croissance aussi rapide en si peu de temps de sa population !

        Et oui, ça se finira par guerres, épidémies et famines, c’est inéluctable ! Le Kenya ne pourra pas résorber 10,15,20 ou 50 millions habitants de plus !

        1. commandant costaud

          Quel pessimisme, voyons !
          Les kenyans vont développer leur intelligence collective et décoloniser leur imaginaire : cela subira à enrayer le processus destructif engagé .😁😁
          Dire que tous ces parcs nationaux et forêts magnifiques empêchent l’ humain de prendre toute la place disponible, c’est un scandale et nous exigeons un Kenya à 200 millions d’ habitants

        2. commandant costaud

          Cela dit ; les pays oxydantaux et ces satanées ONG (organismes notoirement gauchistes) doivent cesser toute camapgne de vaccination et apport de nourriture à tous les pays africains sine die en vue de rétablir un taux de mortalité pouvant neutraliser leur taux de lapinisme beaucoup trop élevé

        3. Parti d’en rire

          Si le Kenya ne pourra pas résorber 10,15,20 ou 50 millions habitants de plus… eh ben dis-toi bien que l’Italie, le Japon et j’en passe seront ravis de les accueillir. Même que les gros fachos de « chez nous » seront bien contents de se faire vacciner, soigner, torcher etc. par des kenyans et des kenyanes.

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