Il ne faut pas confondre la déclaration d’indépendance américaine en 1776 et l’invention d’une constitution qui ne se fera qu’en 1787.
Après le big bang de la déclaration d’indépendance en 1776 – et la paix entre les représentants américains et la Couronne britannique, conclue par le traité de Paris en 1783 –, il a fallu créer un modèle de gouvernement. Inventer une nation ! Les colonies nouvellement indépendantes étaient devenues ingouvernables, incapables de décider de leurs institutions. Les Etats s’infligeaient les uns les autres des droits de douane. La Pennsylvanie avait décidé qu’elle se passerait d’exécutif et se porterait très bien avec seulement un Parlement… A l’été 1787, les membres du Congrès continental s’enferment à Philadelphie pour mettre de l’ordre dans la cacophonie. Ils en sortiront avec une Constitution.
Les délégués signent, le 17 septembre 1787, un document de 4 543 mots établissant un système d’équilibre des pouvoirs – législatif, exécutif et judiciaire – qui n’existe nulle part ailleurs. La Constitution propose un équilibre inédit entre les trois pouvoirs pour éviter toute possibilité de retour à la monarchie. Le préambule est chargé de mots profondément démocratiques : « We the people of the United States, in order to form a more perfect Union » (« Nous, le peuple des Etats-Unis, en vue de former une Union plus parfaite »). D’une sensibilité exacerbée sur tout ce qui pourrait ressembler à un régime autoritaire, les conventionnels décident que le Congrès aura la prééminence dans les institutions (article premier), le président la mission d’exécuter ses volontés (article 2), la Cour suprême celle d’en déterminer la légalité (article 3).
Comment le président sera-t-il désigné ? Dans l’improvisation, on institue un système de suffrage indirect : le président sera élu par un collège électoral, issu de grands électeurs élus dans chaque Etat. Ce collège comptera deux sénateurs par État (quelle que soit sa population), auxquels s’ajouteront des représentants à la Chambre (dont le nombre sera, lui, proportionnel au nombre d’habitants). Résultat, quel que soit leur poids démographique, les petits États auront au moins trois voix au collège électoral, au risque de déséquilibrer la démocratie, comme on le voit encore aujourd’hui. Le premier président, George Washington, élu en 1789, est aujourd’hui perçu comme un modèle de vertu et de dignité au sommet de l’Etat. Une anecdote apocryphe assure que, dès l’enfance, il ne mentait jamais. Premier président, il était conscient qu’il créait la fonction. Franc-maçon, il était fasciné par Cincinnatus, le sauveur de la République romaine, qui, mission accomplie, est retourné à son potager. En 1796, Washington a donné une nouvelle fois une leçon de démocratie – lorsqu’il a renoncé, après deux mandats, à se représenter.
L’affrontement entre Hamilton et Jefferson, entre les fédéralistes (démocrates) et les républicains, partisans d’un gouvernement minimum, va traverser les siècles. Aucun troisième parti n’a jamais réussi à s’imposer.
La question de l’esclavage est reportée à des jours meilleurs. John Adams, le deuxième président des Etats-Unis, et Thomas Jefferson, qui lui succède, n’ont pas la même vision de la nature humaine. Le premier, lettré antiesclavagiste du Nord, craint que la démocratie ne périsse sous les coups de la corruption des puissants. La postérité a plutôt retenu les envolées lyriques du planteur du Sud esclavagiste.
Adams est un réaliste. Sept ans avant la convention de Philadelphie en 1787, il a dessiné les contours du système de séparation des pouvoirs dans sa Constitution du Massachusetts – la plus ancienne au monde encore en vigueur. Mais il s’est demandé si « les successions héréditaires » ne constituaient pas un « moindre mal » comparé aux élections à répétition. Le peuple n’est pas assez vertueux pour un gouvernement républicain. Il doute de la cohésion d’un pays d’un pays qui compte « 19 sectes religieuses ».
Jefferson, lui, pense que le peuple est bon par nature. Il défend la révolution française, allant presque jusqu’à cautionner la Terreur. « L’arbre de la liberté doit être rafraîchi de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans », a-t-il écrit de Paris, en novembre 1787. Jefferson déteste les banques (« plus dangereuses que les armées permanentes »), un instrument de corruption de la société rurale qu’il préconise. D’un point de vue philosophique, il est partisan d’un gouvernement fédéral réduit. Il n’en lance pas moins l’expansion vers l’ouest.
En 1826, les Etats-Unis comptent 11 Etats de plus qu’en 1776. La population est passée de 2,5 millions à 9 millions d’habitants, mais on recense encore 20 % d’esclaves.

Le 13e amendement de la Constitution a aboli l’esclavage en 1865, le 14e en 1868 a garanti la citoyenneté à toute personne née sur le sol américain et l’égalité des droits et le 15e a étendu (théoriquement) en 1870 le droit de vote à tous les citoyens masculins sans distinction « de race, de couleur ou de condition antérieure de servitude ».
Lors de l’arrivée des premiers colons européens en Amérique du Nord au XVIe siècle, la Confédération des cinq nations iroquoises existait ainsi que sa constitution. La Gayanashagowa (« grande loi de l’Unité et de paix ») est l’ancien code juridique des Iroquois rédigé en 1720 en anglais sous forme de 117 paragraphes. Ces lois étaient transmises, depuis le XIIe siècle selon la tradition orale. Cette constitution est confédérale: elle n’établit pas un régime unitaire. Le système de prise de décision est fondé sur le principe de subsidiarité.
Ce modèle d’Union a inspiré celui de la Constitution des États-Unis d’Amérique. Un chef Onondaga ayant conseillé Benjamin Franklin. Ce dernier aurait déclaré qu’il « serait une étrange chose si les Six Nations étaient capables de former une telle Union alors qu’une Union similaire serait impossible pour douze colonies anglaises ».
Mais les Constitutions contemporaines oublient le fondement écologique de la philosophie amérindienne :
« Au commencement des temps, quand notre Créateur fit que les humains soient, il nous dit seulement une chose : n’oubliez jamais d’apprécier les dons de la Terre Mère. Mais à un moment, durant un âge sombre de notre histoire, les Hommes n’écoutaient plus cette instruction. Notre Créateur devint triste, car il y avait trop de crimes, de déloyautés, d’injustices et tant de guerres. Alors, notre Créateur envoya un grand Pacificateur avec un message pour être droit et juste et pour construire un meilleur futur pour nos enfants des sept générations à venir. Il inspira les guerriers à enterrer leurs armes et planter sur le sol un Arbre sacré de Paix »….
– « Les ancêtres de ce pays, des hommes et des femmes d’horizons, de religions et de langues diverses, ont su trouver ce terrain d’entente et la force nécessaire pour œuvrer à un avenir meilleur. Les principes qui ont inspiré les fondateurs de l’Amérique, ancrés qu’ils sont dans la vérité de la personne humaine, les ont rassemblés autour d’une même cause, d’un rêve commun. L’unité a donné de la force à ce rêve, donnant naissance, sous l’égide de Dieu, aux États-Unis d’Amérique. […] Aujourd’hui, alors que nous nous tournons vers l’avenir, cet anniversaire historique nous offre l’occasion de réfléchir une nouvelle fois aux principes fondateurs de la nation, dans l’espoir que l’Amérique reste toujours fidèle au rêve qui lui a valu le titre de «terre de liberté» et de «patrie des braves». […] Que Dieu bénisse l’Amérique ! »
(250 ans des États-Unis, le Pape Léon XIV reçoit la Médaille de la Liberté – vaticannews.va 03 juillet 2026)
En attendant, que Dieu bénisse notre grand Libérateur Pacificateur, tout fraîchement médaillé ! Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs, reprenez avec moi toustes en cœur :
– « Notre Père, qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel !
Donne-nous aujourd’hui notre pain [Big Mac] de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés [Tiens, prends ça dans ta pauvre gueule !], et ne nous laisse pas entrer en tentation [Boogie-woogie, pas de boogie-woogie !]…
mais délivre-nous du Mal. Amen »
L’histoire des Etats-Unis commence avec Christophe Colomb, elle se poursuit avec les conquistadors, le vol et le pillage, les premiers colons, une immigration massive, l’élimination des autochtones, l’esclavage, les désaccords et les guerres entre les uns et les autres, etc. etc.
Et c’est comme ça que s’est construite la fameuse grandeur de l’Amérique. Comme la richesse des pays du Vieux Continent, ne l’oublions pas. Bref, pas de quoi être fiers.
– « Commençons par le commencement. L’Amérique s’est construite sur un génocide. Ce n’est ni une métaphore, ni une exagération […] Mais le vrai pilier économique de cette grandeur naissante c’était l’esclavage. Quatre millions de personnes réduites à l’état de marchandise. Des fortunes colossales bâties sur le dos de ces esclaves. […] La violence comme modèle […] Un mythe qui fascine encore aujourd’hui. [etc. etc.] »
( Rendre sa grandeur à l’Amérique, mais de quelle grandeur parle-t-on ? novafuture.org )
Quelle horreur, tout ça, on se demande pourquoi tout le monde veut aller y vivre.
Pas moi en tous cas ! Et même pas pour aller y faire du tourisme.
Et je vous laisse deviner pourquoi. Mais je sens là comme une odeur de second degré… Tout le monde, dites-vous… Vous parlez sûrement des Mexicains.
Ou alors des Cubains… qui vivent l’horreur.
– « Il ne reste plus qu’à s’en aller » : à Cuba, la vie devenue impossible
(Le MONDE 29 janvier 2026)
– « 14 % des électeurs démocrates sont encore capables de se dire extrêmement fiers d’être Américains, une baisse considérable de 40 points par rapport au début du millénaire. Les électeurs se qualifiant d’indépendants nourrissent une tendance similaire, à 28 %, contre 46 % il y a 25 ans. Seuls les républicains cultivent encore l’extrême fierté d’être Américain, à 70 %, une hausse depuis 2001, où ils étaient 64 % à se décrire ainsi. »
(Des Américains moins fiers que jamais d’être américains – ledevoir.com 2 juillet 2026)
– « Par ailleurs, la fierté des Américains à l’égard de leurs forces armées a chuté de 19 points de pourcentage depuis 2017, et celle concernant l’histoire des États-Unis a reculé de 14 points de pourcentage. Dans chaque cas, cette baisse est principalement le fait des démocrates, même si l’on observe également une certaine évolution chez les indépendants. »
(Le sentiment de fierté diminuerait chez les Américains – msn.com)
Finalement ils commencent à me plaire ces Ricains. Et s’ils continuent comme ça, alors peut-être que je pourrais aller y vivre.