Chaque jour nous publions un des 27 chapitres du livre de Michel SOURROUILLE
SURPOPULATION Afghanistan, France, Royaume Uni…
aucun pays n’est à l’abri
https://librairie.edilivre.com/essai/33438-surpopulation-9782414634231.html
En 2023, les dons pour le Programme alimentaire mondial (PAM) ne sont plus suffisants en raison de la multiplication des crises sur la planète. C’est particulièrement vrai pour l’Afghanistan, l’organisation ne parvient à aider que six des 15,8 millions de personnes ayant besoin d’assistance1. Autre facteur aggravant, près d’un demi-million d’Afghans ont été chassés ces derniers mois du Pakistan, où ils vivaient parfois depuis des années, Islamabad ne souhaitant plus avoir à assumer le poids économique de ces réfugiés. Cette situation dramatique est accentuée par le retour des Talibans au pouvoir. Le 15 août 2021 est une date qui restera marquée à jamais dans la mémoire des Afghans. Apprendre le matin de ce dimanche que les dernières capitales provinciales étaient tombées aux mains des Tâlebân et que ceux-ci étaient aux portes de Kaboul a été la fin d’une séquence en accéléré de la désintégration de la République Islamique d’Afghanistan2. L’aide internationale a disparu et les réserves de la Banque centrale ont été gelées alors qu’une sécheresse dramatique frappe le pays et provoque une famine. Soucieux de nourrir leurs familles, les jeunes hommes s’enrôlent souvent dans les groupes armés promoteurs d’un islamisme radical. Le cercle vicieux surpopulation, famine, intégrisme religieux, fécondité non maîtrisée, surpopulation… s’installe durablement.
Pourtant, on dirait que médiatiquement il est impossible de parler de surpopulation humaine. Par exemple le journal LE MONDE analysait fin 2023 la situation afghane de manière très diverses, mais ponctuelles, sans jamais aborder le point de vue démographique.
12 décembre 2023 : La production du stupéfiant a chuté de 95 % en Afghanistan après l’interdiction de la culture du pavot par les talibans…
8 novembre 2023 : Un bus qui circulait dans un quartier de l’ouest de la capitale afghane, majoritairement peuplé par la communauté chiite hazara, a explosé…
25 octobre 2023 : Le régime de Kaboul détourne à son profit les fonds internationaux destinés à l’éducation…
18 octobre 2023 : Le journaliste franco-afghan Mortaza Behboudi, détenu en Afghanistan, a été libéré…
Pourtant les statistiques démographiques sont parlantes. En 1950, l’Afghanistan compte environ 7,5 millions de personnes. Pour la première fois depuis 1979, l’Afghanistan a lancé un vaste programme de décompte de sa population… en 2014. Pendant des mois, le recensement afghan avait dû être suspendu : les représentants des différentes ethnies du pays craignaient de voir les résultats modifier les rapports de force politique. Le nombre d’Afghans se situerait à cette époque entre 26 et 32 millions, une fourchette significative de l’imprécision des chiffres. En 2021 on atteint près de 40 millions d’habitants. En 2023, la population de l’Afghanistan aurait augmenté de 1 270 382 personnes et à la fin de l’année elle serait de 43 349 960 personnes. Sous réserves de fiabilité bien entendu ! Les statistiques ne sont jamais parfaites en matière démographique, et les mouvements de population peuvent changer la donne. Entre janvier 2012 et décembre 2017, dans les 15 provinces évaluées, 3 549 168 individus au total sont rentrés de l’étranger ou ont été déplacés à l’intérieur du pays.
La densité serait de 61 hab./km² selon la Banque mondiale3 , soit le chiffre moyen atteint par la population mondiale en 2023. Notez que cette densité considère la superficie totale d’un pays à l’exclusion de la superficie des plans d’eau intérieurs, grands fleuves et lacs. Mais il s’agit quand même de la densité globale par kilomètres carré de superficie des terres. Or les terres cultivées en permanence en Afghanistan ne couvrent que 0,3 % de la superficie totale4. La densité par superficie de terres cultivables est donc déjà énorme. Le territoire ne peut s’agrandir alors que la population continue de s’accroître fortement. Le taux de fécondité est de 4,75 enfants par femme (2020). Une explication réside dans le fait que les femmes sont dominées à un niveau rarement atteint aujourd’hui, il n’y a pas d’évolution historique vers l’émancipation généralisée des femmes. On refuse dans ce pays le droit des femmes à disposer de leur corps : « L’approbation par le Président Afghan Hamid Karzai de la loi Shia Personal Status en mars 2009 a effectivement détruit le mouvement Shia pour les droits de la femme et la liberté en Afghanistan. Selon cette loi, les femmes n’ont pas le droit de refuser l’acte sexuel à leur époux sauf si elles sont malades, et elles peuvent être privées de nourriture en cas de refus »5. Aujourd’hui il y a interdiction de l’accès au collège et au lycée6 des jeunes filles. En l’absence totale de libre choix pour les femmes, le taux de croissance de la population est de 2,9% de variation annuelle (2021), soit un doublement de la population en 24 ans.
Mais le Fonds des Nations Unies pour la population minimise toute idée de surpopulation en Afghanistan7. Cet organisme ne s’intéresse qu’à la crise humanitaire : « On dénombre 28,3 millions de personnes, soit les deux tiers de la population du pays, ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence pour survivre. Instabilité politique, rapide déclin économique et trois années consécutives de sécheresse ont provoqué une forte insécurité alimentaire et des niveaux de famine sans précédent. Cet état de crise a été aggravée par trois séismes et une série de répliques qui ont touché l’ouest de l’Afghanistan à partir du 7 octobre 2023. Des millions d’Afghan·e·s ont un accès très limité voire inexistant aux soins de santé, et le pays reste l’un des plus dangereux du monde pour accoucher. En moyenne, une femme y meurt toutes les deux heures à cause de sa grossesse ou de son accouchement, des causes largement évitables avec des soins de qualité. Les services vitaux de protection pour les femmes et les filles risquant de subir ou subissant de la violence basée sur le genre sont limités à cause de l’effondrement des voies de signalement et des mécanismes juridiques. »
Le travail de l’UNFPA en Afghanistan se concentre sur la prestation de services de santé reproductive et de soutien psychosocial pour les femmes. On agit pour sécuriser les accouchements, ce qui se comprend, mais on ne dit jamais que faire moins d’enfant serait un bon comportement national à la fois pour le pays et pour ses femmes.
Aujourd’hui, avec un système bancaire presque totalement bloqué, des salaires non payés, des prix des produits alimentaires qui explosent, une vie politique encadrée par un régime de religieux intégristes, la vie des Afghans devient de plus en plus difficile dans un pays qui subit depuis plusieurs années des sécheresses rendant ses productions agricoles totalement insuffisantes. Si l’Afghanistan ne comptait que 7,5 millions de personnes comme en 1950, et non plus de 40 millions comme aujourd’hui, la situation serait un peu plus gérable. Tant que ce pays ne mettra pas en place un planning familial qui cherche à équilibrer le nombre d’Afghans et les ressources alimentaires, il n’y aura nulle issue de secours.
1 https://www.lemonde.fr/international/article/2024/01/20/en-afghanistan-les-dons-se-sont-effondres-en-raison-de-la-multiplication-des-crises-sur-la-planete-l-appel-a-l-aide-du-programme-alimentaire-mondial_6211949_3210.html
6 https://www.lefigaro.fr/international/dans-le-nord-de-l-afghanistan-des-talibans-laissent-les-filles-etudier-20220619

En France, les gens privilégient des familles plus petites et la fécondité va probablement continuer à baisser. Les populationnistes sont en larmes, les malthusiens sautent de joie et notre commentateur préféré sur ce blog se lamente :
« si ON tape sur le moteur de recherche de Biosphère « Afghanistan », ON tombe toujours et encore sur la Surpopulation. Pas la carcérale bien entendu. Comme l’Afghanistan n’est pas non plus le centre du monde, je ne dirais pas que Biosphère fait une fixette sur ce pays…mais… »
– « Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. » ( Le Bon, la Brute et le Truand )
– « Et il y a un autre partage chaque jour revérifié, en deux camps aux dispositions psychologiques irréconciliables : les optimistes et les pessimistes. Les candides et les réalistes. Les enthousiastes et les sceptiques.
D’un côté les confiants, les prêts à croire [etc. etc.]
Le sort des optimistes est cruel : il suffit d’un nouvel an façon Cologne et patatras. On vous l’avez bien dit se gaussent les tristes – et dans la seconde l’optimisme change de nom, ses ennemis l’appellent angélisme, inexpérience, amateurisme. [etc. etc.] »
( Le monde se divise en deux catégories… – Libération 16 sept. 2016 )
Bref, le monde se divise toujours en deux camps. D’un côté les gens qui rient, et sautent de joie, comme ici… et de l’autre les gens qui pleurent, et se lamentent.
LE MONDE du 17 juillet 2025 : « En Turquie, la hausse vertigineuse de la population carcérale témoigne de la crispation autoritaire du pouvoir ».
Encore une fois ce journal dit de référence aborde la surpopulation carcérale sans s’interroger sur la problématique démographique. Il est vrai que si le nombre de personnes emprisonnées est passé de 55 000 en 2001 (avant l’arrivée au pouvoir de l’AKP) à plus de 410 000 aujourd’hui, c’est de la responsabilité première d’une dictature où Erdogan veut tout le pouvoir.
Mais la dictature elle-même est la rançon du surnombre. La Turquie est passé de 13 millions d’habitants en 1923 à 85 millions en 2020 et probablement 100 millions en 2060. Maintenir l’ordre dans un pays qui connaît une explosion démographique ne peut s’accompagner d’une expansion démocratique. Le peuple chérit les populistes…
– « 71 % de la population mondiale (soit 5,7 milliards de personnes) vivent désormais sous des régimes autoritaires, alors qu’ils n’étaient « que » 48 % à être privés de leurs libertés les plus élémentaires il y a encore dix ans. » (Comment faire barrage à la lame de fond autoritaire? – ledevoir.com 2 novembre 2024)
– « Les raisons pour lesquelles certains pays adoptent un régime de dictature sont variées et souvent interconnectées. Un facteur fréquent est le contexte de crise, où des gouvernements éprouvés par des problèmes économiques, sociaux ou politiques sont incapables de trouver des solutions viables. » (Les Mystères des Dictatures : Comprendre le Pourquoi – ump-lycees.fr 27 septembre 2024)
Esprit critique, le « contexte de crise » a bon dos, il n’explique rien. Si on l’explique par des problèmes « économiques, sociaux ou politiques » en omettant les problèmes démographiques, c’est qu’on a de la merde dans les yeux !
Attention, ce n’est pas une agression à votre égard, c’est notre réaction aux « Mystères de la dictature » !!
– « En conclusion, les démocraties ne sont pas à l’abri du déclin, et plusieurs périls peuvent les mettre en danger. L’autoritarisme, le populisme, la polarisation politique, l’ingérence étrangère, les inégalités socio-économiques et le désintérêt des citoyens peuvent tous contribuer à l’affaiblissement et à l’érosion de la démocratie. Pour éviter ces périls, il est essentiel de promouvoir une participation citoyenne active, de lutter contre les inégalités et la corruption, et de renforcer les institutions démocratiques.»
(Les périls du déclin démocratique : examiner comment les démocraties meurent – neuralword.com 18 septembre 2023)
Et là encore ON a de la merde dans les yeux ! Rien et nada sur la Surpop.
– « Si on tape sur le moteur de recherche de Google « Afghanistan « surpopulation » », on tombe d’abord sur la surpopulation carcérale. »
(Afghanistan, une surpopulation ignorée – Biosphère 14 janvier 2024 )
Et si ON tape sur le moteur de recherche de Biosphère « Afghanistan », ON tombe toujours et encore sur la Surpopulation. Pas la carcérale bien entendu. Comme l’Afghanistan n’est pas non plus le centre du monde, je ne dirais pas que Biosphère fait une fixette sur ce pays. Jusqu’à présent un seul article lui est spécialement consacré en 2025, celui-ci. Un en 2024, aucun en 2023, ni en 2022, un en 2021, et rien auparavant. Ce qui finalement peut sembler raisonnable. Sans compter bien entendu tous les articles dans lesquels l’Afghanistan n’est là que pour servir d’exemple. Mauvais exemple, bien entendu. Dans cet article, ainsi que celui de 2024, le Problème de l’Afghanistan est sans conteste sa « surpopulation ignorée ». (à suivre)
(suite) Dans celui-ci c’est la maigre part des surfaces cultivées qui en est la Preuve.
Une preuve parmi d’autres, bien entendu ! Et oser dire le contraire, si ce n’est plaisanter, rigoler, ou encore sortir du sujet, ici centré sur l’Afghanistan (sic)… est une preuve supplémentaire du fait que la surpopulation est une réalité contournée. C’est un soutien implicite au mouvement nataliste. (sic Biosphère 15 JANVIER 2024 À 12:17)
Pour ne pas me faire gronder, je reste donc con centré sur notre sujet.
– Afghanistan, la question migratoire en jeu (Biosphère 4 septembre 2021)
Là c’est un peu différent. A priori le sujet n’est plus la Surpop de ce pays, mais le fait qu’il n’y fasse pas bon vivre. Peu importe pourquoi. Bref, la question migratoire.
Et encore une fois, Monsieur Barthès (5 SEPTEMBRE 2021 À 17:11) vient rétablir le lien entre migrations et Surpop. Le Poumon vous dis-je ! (à suivre)
(suite) Ceci dit il serait peut-être plus intéressant de commencer par voir ce qui explique que l’agriculture en Afghanistan soit réduite à 0,3 % de superficie cultivée.
Serait-ce à cause de sa géographie, de son climat ? Ou alors de sa culture guerrière… J’en doute.
– «L’Afghanistan est avant tout un pays agricole. 85 % des Afghans sont des paysans» (Wikipedia : Afghanistan – agriculture)
Et pour une fois Le MONDE nous éclaire :
– Afghanistan : agriculture d’abord, par Habib Haider (lemonde.fr/2002/01/22)
Et pas que lui bien sûr :
– Obstacles agricoles et économiques en Afghanistan : Résultats d’une évaluation rapide des besoins (adroitassociates.org août 28, 2024)
– Crise alimentaire et contexte historique en Afghanistan ( blogs.mediapart.fr 6 septembre 2024)
(et fin) De quoi réfléchir :
– « Traditionnellement, du temps où l’accès aux ressources, rares (terres et eau), en situation de paix, était encore équitable, chaque foyer de paysans et de nomades assurait non seulement ses besoins alimentaires mais de plus, disposait de son propre système de prévoyance pour contrer les différents aléas. […]
Depuis que nous disposons d’informations historiques sur la société afghane, il est admis que, pour produire leur nourriture, depuis 2500 ans, les habitants de l’aire afghane ont toujours été autonomes et autosuffisants. L’origine de cette autarcie alimentaire résultait de la symbiose profonde et subtile entre nomades et paysans, s’entendant pour partager les communs, ou terres appartenant à la collectivité, n’ayant pas de propriétaire nominal.» (Crise alimentaire et contexte historique en Afghanistan – blogs.mediapart.fr 6 SEPTEMBRE 2024)