2027, Ministère population ET alimentation

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos trois propositions pour assurer la sécurité alimentaire de la France :

  • réorienter les objectifs de la PAC (politique agricole commune) ;
  • prendre les moyens d’une maîtrise de l’évolution démographique ;
  • instaurer une agriculture de proximité.

Ministère de l’équilibre entre population et alimentation

Jacques Caplat estime dans son livre Changeons d’agriculture : Réussir la transition que la démographie n’est pas un problème puisque l’agriculture pourra nourrir 12 milliards d’êtres humains… Il suffit de se convertir à l’agriculture biologique ! Pierre Feillet de l’Inra (Institut national de recherche agronomique), dans Quel futur pour notre alimentation ?, penche de son côté pour l’agriculture « de précision » (OGM, GPS sur le tracteur, drones, etc.). La démographie n’est pas un problème puisque le progrès technique résoudra tous les problèmes. Tous ces experts ne considèrent jamais la loi des rendements décroissants dans l’agriculture et le poids écologique d’une démographie croissante. On ne peut décemment séparer population et alimentation, le fait est bien connu depuis les analyses de Robert Malthus.

« Portons à mille millions d’homme le nombre des habitants actuels de la Terre : la race humaine croîtrait selon les nombres 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 256 ; tandis que les subsistances croîtraient comme ceux-ci : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Au bout de deux siècles, la population serait aux moyens de subsistance comme 256 est à 9 ; au bout de trois siècles, comme 4 096 et à 13, et après deux mille ans, la différence serait immense et comme incalculable. Le principe de population, de période en période, l’emporte tellement sur le principe productif des subsistances que, pour que la population existante trouve des aliments qui lui soient proportionnés, il faut qu’à chaque instant une loi supérieure fasse obstacle à ses progrès. »1

L’intérêt principal de cet Essai réside dans l’avertissement que la Terre constitue un espace clos et un fonds borné. En ce sens l’économiste et pasteur anglican Malthus est le premier écologiste, mettant en relation l’être humain et son milieu : la sécurité alimentaire résulte de l’équilibre entre l’évolution démographique et les ressources agricoles. Il précède d’un siècle et demi le rapport du Club de Rome sur les limites de la croissance et ses courbes exponentielles. La catastrophe démographique n’est pas survenue, non pas parce que la Terre pourrait nourrir n’importe quelle population, mais parce que, jusqu’à présent, une agriculture dopée aux énergies fossiles a pu suivre la croissance des besoins. Or, il apparaît depuis quelques années que cette course aux rendements butte sur la double limite de l’épuisement des ressources naturelles et des capacités de régénération du milieu. Il faut donc agir politiquement à la fois sur les méthodes agricoles et par l’intermédiaire du planning familial.

1) Réorientation des objectifs de la PAC (politique agricole commune)

Lors de la présidentielle 1974, le programme de René Dumont remettait déjà en question l’agriculture intensive :

« L’emploi des engrais artificiels qui se développe à la suite des travaux de Liebig, repose sur une méconnaissance des règles de la nutrition végétale. Il ne tient pas compte de la vie du sol, ni surtout de l’association mycorhizale, c’est-à-dire de ce pont que forment des champignons vivants entre le sol et les racines. Le résultat, c’est que l’agriculture sur-industrielle stérilise le sol, déséquilibre les plantes cultivées et leur ôte toute résistance, face à leurs ennemis naturels, ce qui rend nécessaire l’emploi d’une quantité de pesticides, insecticides, fongicides. Tout ce qui coûte cher rapporte du fric à quelqu’un ; les marchands d’insecticides et d’engrais, comme par hasard, sont les mêmes. La solution, c’est de régénérer les sols par des façons culturales qui stimulent l’activité bactérienne dans l’humus ; par une polyculture raisonnable ; par la protection de la flore et de la faune sauvages ; par la restauration des haies, la plantation de boqueteaux ; par le respect de l’équilibre écologique qui va du minéral à l’homme en passant par toutes les formes de vie microbienne, végétale et animale ; par la diversité des cultures avec priorité à la production vivrière pour le marché intérieur et non monoculture destinée à l’exportation. »2

Nous avons tourné le dos à ce programme. Dès la signature du traité de Rome en 1957, la Communauté économique européenne (CEE) a mis en place une politique agricole commune (PAC), dont les objectifs étaient multiples : accroître la productivité de l’agriculture, garantir la sécurité des approvisionnements agroalimentaires, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, stabiliser les marchés et assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Mais les mécanismes de soutien différencié par des prix garantis ont surtout incité à produire et à exporter à bas prix les productions protégées et à ne plus produire assez de légumineuses et protéagineux. La recherche incessante de compétitivité est allée de pair avec une intensification et une spécialisation exagérée des systèmes de production agricole. Cette agriculture productiviste se révèle aujourd’hui destructrice pour l’environnement et génératrice d’exclusion pour les hommes. D’où le départ des paysans vers les villes et la désertification de régions entières.

« À l’opposé de la démarche impulsée par les entreprises agro-industrielles et les grands céréaliers, démarche amplifiée par la grande distribution et la demande de nourriture à bas prix, certains paysans se sont efforcés de fournir des produits du terroir, de préférence biologiques, en pratiquant des systèmes de culture et d’élevage diversifiés. Un gouvernant doit favoriser cette agriculture durable et à circuit court en ouvrant le marché de la restauration collective et des associations de solidarité. Plus généralement la PAC devrait viser prioritairement la réalisation des objectifs suivants :

    • Assurer l’augmentation de la population agricole dans la perspective d’une augmentation du prix de l’énergie fossile.
    • Faire en sorte qu’il y ait des prix justes et rémunérateurs.
    • Veiller à ce que les systèmes de production agricole ne mettent pas en péril les potentialités productives des écosystèmes sur les moyen et long termes.
    • Redonner aux paysans la capacité de sélectionner eux-mêmes leurs semences.

Dans cet esprit l’INRA (Institut national de recherche agronomique) devra orienter ses travaux en mettant préférentiellement l’accent sur le rapprochement entre les sciences sociales et la biologie intégrative, la compréhension des cycles écologiques et le fonctionnement des agrosystèmes, et l’accompagnement des innovations paysannes en faveur de systèmes de production agricole plus durables. Au final, la rentabilité de systèmes agricoles devrait être évaluée globalement, de façon à ne pas prendre en compte les seuls coûts monétaires mais à intégrer aussi la multifonctionnalité de l’agriculture ainsi que leur impact écologique ».3

Mais parler d’agriculture et d’alimentation sans envisager l’évolution démographique, c’est ne voir que la moitié du problème de la sécurité alimentaire.

2) Maîtriser l’évolution démographique

René Dumont écrivait en 1973 :

« J’ai été saisi à la gorge par les perspectives qui s’offrent à nous si se prolongent les actuelles croissances exponentielles de la population et de la production industrielle. Jamais une société humaine n’a perdu à ce point le contrôle de sa démographie, de sa technologie, de son modèle de consommation. Non seulement nous nous acheminons vers une rupture brutale de notre type de civilisation au détriment de nos petits-enfants, mais nous privons définitivement les pays d’économie dominée de toute possibilité de réel développement4… »

Il sera le candidat écologiste à la présidentielle 1974 avec un programme malthusien : « Nous sommes les premiers à avoir dit que la croissance démographique doit être arrêtée d’abord dans les pays riches, parce que c’est dans les pays riches que le pillage du tiers-monde, par le gaspillage des matières sous-payées, aboutit aux plus grandes destructions de richesse. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. La “France de 100 millions de Français” chère à Michel Debré est une absurdité5. »

La population française s’accroît aujourd’hui au rythme annuel d’environ 0,5 %. Albert Jacquard faisait remarquer qu’avec ce taux d’accroissement, la population humaine, qui était d’environ 250 millions il y a deux mille ans, serait de 5 000 milliards aujourd’hui. Un taux de 0,5 % paraît très faible, il est pourtant insupportable s’il se maintient tel quel. Il faut donc être malthusien, en faveur d’une maîtrise de la fécondité, un mot qui est entré dans le dictionnaire. Mais le malthusianisme est encore un tabou en France, une seule association en France défend ce point de vue, Démographie Responsable. Pourtant l’ampleur de nos problèmes est telle que la question démographique commence à être envisagée, même parmi les conseillers de Nicolas Hulot.

Puisque l’énergie fossile va commencer à faire défaut, puisque l’humanité va vivre une récession perpétuelle, au surplus dans un contexte de changement climatique de plus en plus intense, est-il encore logique d’imaginer que cette même humanité devienne sans cesse plus nombreuse, n’ait comme seul objectif que de couper des arbres pour créer des surfaces agricoles et puisse continuer à vivre en paix ? Il semble plus rationnel d’imaginer qu’un nombre croissant de « catastrophes » se chargera de mettre en cohérence une planète de plus en plus mitée et une humanité qui devra suivre le même chemin.

« Aucun modèle de climat n’avait dans son cahier des charges de simuler l’effet en retour du changement climatique sur l’humanité, quand le changement climatique pourrait limiter la taille de la population ou nos activités. On aurait pu imaginer que les modèles intègrent l’effet de la diminution de la production agricole sur la population,  faisant mourir de famine ».6

La France devrait pratiquer une politique de maîtrise de la fécondité. À la dimension quantitative de la démographie française s’ajoute le fait qu’un bébé français est potentiellement un sur-consommateur par rapport aux ressources de la planète. La France se doit de montrer l’exemple au niveau international ; comment condamner l’explosion démographique mondiale et favoriser une politique nataliste chez soi ? Une totale neutralité de l’État en matière de fécondité implique l’abrogation de toutes les mesures qui visent à maximiser le nombre de Français. Un débat national doit s’ouvrir sur les mesures à prendre. Voici quelques choix politiques possibles : allocations identiques dès le premier enfant ; plafonnées à 2 enfants ; dégressives selon le nombre d’enfants (baisser les aides dès le deuxième, encore plus au troisième…). De toute façon les nouvelles mesures seraient échelonnées dans le temps. Pour une raison évidente de non rétroactivité de la loi et pour ne pas pénaliser les familles nombreuses (qui ont été incitées à procréer), ces dernières continueraient à percevoir les mêmes allocations que précédemment : il s’agit de prévenir et non de punir.

  • Arrêt du quotient familial et dégrèvement (ou crédit d’impôt pour les non imposables) fixe par enfant.
  • Priorité doit être donnée aux services collectifs (crèches, garde d’enfant, accueil en maternelle dès 2 ans, cantines, activités éventuellement) plutôt qu’à la politique fiscale en faveur des familles nombreuses.

Les mesures socio-éducatives sont un complément indispensable pour éclairer le choix de fécondité des couples. Il y a un lien très étroit entre exercice de la sexualité et reproduction. Mais il n’est pas « naturel » qu’une personne ait le désir absolu d’avoir un enfant : tout est question d’éducation, de contexte religieux, de poids social. Or nous sommes encore en France dans une culture de culpabilisation des femmes sans enfant, il y a beaucoup de chemin à parcourir pour permettre une décision libre et éclairée. L’accès à la contraception et la liberté d’avorter font partie de la politique démographique. Mais le planning familial ne peut se résumer à la libre disposition de son corps. L’éducation nationale doit prendre le relais et remettre la fécondité dans son contexte global : connaissances sur les évolutions passées, présente et future de la population, sur la capacité de charge des différents territoires, sur les phénomènes de migrations, sur la souveraineté alimentaire, questions éminemment politiques dont doivent s’emparer les citoyens. La responsabilité de mettre au monde un enfant est une lourde responsabilité, toute liberté s’accompagne de devoirs. Il s’agit de responsabiliser les parents présents et futurs aux défis socio-économiques et aux contraintes écologiques.

3) Instaurer une agriculture de proximité

Il s’agit enfin de rechercher une agriculture de proximité. Inutile de parler de souveraineté alimentaire tant que la nourriture sera issue de l’agroalimentaire mondialisé. Les grandes zones de monoculture s’avèrent une aberration lorsque l’énergie se fait rare. Nos aliments et ceux du bétail font plusieurs fois le tour de la planète, c’est un non-sens. Les soutiens de la PAC (politique agricole commune) doivent aller aux petites exploitations qui réconcilient culture et élevage. Faire cesser progressivement l’exception agricole dans la tarification de l’eau, en appliquant une écotaxe à hauteur des prélèvements effectués, est une décision qui s’impose. Les consommateurs doivent payer leur alimentation au juste prix. Il est anormal de subventionner la première des productions sur laquelle repose tout le reste, notre nourriture. Les méthodes de travail doivent être fondées sur le recyclage des matières organiques naturelles et sur la rotation des cultures. Rappelons que pour obtenir l’appellation « bio », un produit agricole nécessite un mode de production exempt de produits chimiques de synthèses. Un plan de reconversion des terres sera généralisé : deux ans avant ensemencement pour les cultures annuelles, trois ans avant les récoltes pour les cultures pérennes. Ainsi ces modes de production qui ne polluent ni la terre ni les eaux, correspondent à la nécessaire reconstitution des sols. Alors qu’actuellement on dépasse à peine 4 %, l’objectif est de convertir au minimum 20 % des surfaces agricoles utiles à l’agriculture biologique d’ici la fin du quinquennat.

Il faut lutter contre tout ce qui entraîne une perte d’autonomie, à commencer par la destruction de la paysannerie. La société thermo-industrielle a fait la guerre aux paysans, elle a fait en même temps la guerre à la Terre. La financiarisation, souvent forcée, de l’agriculture a fait perdre aux sociétés agraires une grande partie de leur autonomie. De prépondérantes, ces sociétés vont se trouver dominées. Ce qu’on appelle à tort « exode rural » est en fait le résultat d’une véritable déportation économique et sociale. Migrations des populations des campagnes vers les villes, destruction des langues et des cultures, dévalorisation des savoir-faire et des modes de vie, destruction de l’environnement naturel : Pierre Thuillier parle du « meurtre du paysan » qui est inscrit dans le programme symbolique de l’Occident. Contre cette évolution, Gandhi peut être considéré comme le premier théoricien et praticien de l’autonomie territoriale, les Communautés de l’Arche, fondées par Lanza del Vasto en 1948, en sont une application particulière et le mouvement des communautés de résilience forme la concrétisation contemporaine de ces idées.

Au-delà des objectifs nationaux d’une agriculture bio et d’une population stabilisée, le Gouvernement soutiendra toutes les tentatives décentralisées d’autonomie agricole, circuits courts, AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), jardins partagés, reconstitution des ceintures maraîchères… Le régime excessivement carné sera modifié. Le lundi végétarien sera proposé dans la restauration collective. La taxe carbone, une des principales mesures mises en place dans le premier budget du quinquennat, portera aussi sur les émissions de gaz à effet de serre de l’élevage. Il faut promouvoir dans chaque commune et dans chaque territoire la constitution de communautés de résilience. Il s’agit de constituer au niveau local un plan de descente énergétique qui permette de résister aux crises : réchauffement climatique et choc pétrolier sont les jumeaux de l’hydrocarbure, l’un est indissociable de l’autre. Il s’agit de promouvoir la transition entre une époque d’énergie non renouvelable gaspillée en moins de deux siècles seulement et une société durable où les seules énergies utilisées seront renouvelables.

1. Robert Malthus, Essai sur le principe de population [1798 pour la 1re édition], Paris, Flammarion, 1992

2. René Dumont, À vous de choisir : l’écologie ou la mort – La campagne de René Dumont, op. cit.

3. Nicolas Hulot (avec le Comité de veille écologique), Pour un pacte écologique, op. cit.

4. René Dumont, L’utopie ou la mort !, Paris, Seuil, 1973.

5. Ibid.

6. Jean-Marc Jancovici, Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendu sur le climat et l’énergie, op. cit.

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11 réflexions sur “2027, Ministère population ET alimentation”

  1. Je suis fasciné par le modèle Lotka-Volterra « proie-prédateur ». Nous nous sommes développés comme des renards en plus grand nombre qui mangent beaucoup de lapins, eux-mêmes en croissance grâce à un contexte favorable. Mais quand la population de lapins devient insuffisante, brusquement la population de renards s’effondre aussi. L’histoire n’est pas finie car moins de renards veut dire plus de lapins. La différence des humains avec les renards, c’est que nous, on a aussi bouffé le sol et le sous-sol de la Terre, rien ne nous a arrêté  et rien ne repoussera à partir de rien malgré les énormes avancées de notre techno-science. Si l’Ukraine entraîne un hiver nucléaire, cela résoudra le problème démographique, et la Terre reverdira comme autour de Tchernobyl, les renards-humains auront terminé leur cycle.

    Glapissement amical d’un renard comme les autres.

  2. – « Jacques Caplat […] Pierre Feillet de l’Inra […] La démographie n’est pas un problème puisque le progrès technique résoudra tous les problèmes. Tous ces experts ne considèrent jamais la loi des rendements décroissants dans l’agriculture et le poids écologique d’une démographie croissante. On ne peut décemment séparer population et alimentation, le fait est bien connu depuis les analyses de Robert Malthus.»

    Il ne suffit pas de le répéter pour que ce soit vrai. En attendant, les analyses de Malthus ont été réfutées (et ringardisées) dès le 19e siècle par Marx et Engels. Et toutes les prédictions catastrophistes du Pasteur et de ses disciples ne se sont pas produites. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’on pourrait continuer comme ça durant des siècles et des siècles, amen.

    1. Sacré René !

      Même s’il disait des choses vraies, René Dumont a sorti lui aussi quelques âneries. Comme le prouve cette archive de l’INA (vidéo 9min47), où on voit le candidat Dumont (pull rouge) assis sur une table, avec une pomme, donner un cours de surpopulation ET d’agriculture.
      – « depuis 1969, depuis 5 ans, année après année, la vitesse de croissance de la production alimentaire ne suit plus celle de la population ». (1min36)
      Or, la réalité était quelque peu différente de ce que professait Dumont.
      Depuis 1960 (sauf en Afrique), la production a augmenté plus vite que la population. Et la quantité de nourriture disponible par habitant a augmenté régulièrement.
      Ce qui ne veut évidemment pas dire que ça pourrait continuer pour des siècles et des siècles, mais juste que Dumont disait là une ânerie

  3. Si en 1974 René Dumont remettait déjà en question l’agriculture intensive, qu’il parlait si bien des conséquences néfastes de l’emploi des engrais artificiels, etc. c’est d’abord parce qu’il était agronome avant tout. Et qu’il connaissait particulièrement bien le milieu paysan.
    Aujourd’hui nous avons (même en France) des agronomes de renom qui en savent autant si ce n’est plus que Dumont. En 50 ans la connaissance agronomique (vaste domaine) a quand même progressé. Alors quand ces gens-là disent que l’agriculture bio peut très bien nourrir la population française, et/ou que la planète peut nourrir 10 milliards d’humains… le bon sens (pas nécessairement paysan) devrait déjà nous empêcher de dire que ce n’est pas possible.

    1. MARC DUFUMIER

      – « René Dumont m’a aidé à ce que je ne sois pas complètement un agronome donnant des leçons. Il m’a appris à aller regarder, à aller écouter, et à essayer de comprendre ce que les gens font. […] Ainsi, ce sont des femmes malgaches analphabètes qui m’ont expliqué – sans prononcer le mot agroécologie – que la rizière ce n’était pas que du riz, mais un ÉCOSYSTÈME AGRICOLE, productif et durable. »

      – « Aujourd’hui, il faut combiner un raisonnement scientifique d’agroécologue et le fait qu’il y a déjà des savoir-faire paysans. Parfois, il faudra même récupérer certains savoir-faire paysans que l’on a un peu détruits avec l’agriculture industrielle. »

  4. Reprenant avec son autorisation les écrits de Michel SOURROUILLE, notre blog biosphere présente pendant quelques jours des textes préparatoires à la présidentielle 2027. En effet les résultats de l’épisode 2022 montrent que cinquante ans après la publication du rapport Meadows sur les limites à la croissance, en 1972, l’écologie politique stagne électoralement. La simple idée qu’il puisse exister des limites écologiques à la croissance économique est restée minoritaire dans l’opinion publique, et carrément hérétique parmi les décideurs. L’idée de décroissance y est au mieux ignorée, au pire utilisée comme une invective facile pour disqualifier l’ensemble des écologistes.
    Or le dernier rapport du GIEC est plus alarmant que jamais, une guerre en Ukraine fait craindre pour la sûreté des centrales nucléaires, la hausse des prix de l’énergie préfigure un choc pétrolier et gazier…

  5. Esprit critique

    50,5 millions en 1970… 59 millions en 2000… et 65,2 millions en 2020. Telle est la réalité.
    La “France de 100 millions de Français” chère à Michel Debré ne fait pas partie de la réalité.
    Et à moins d’une invasion massive tout laisse à penser qu’elle ne le sera jamais.
    65,5 millions en 2100… Selon les estimations, qui valent ce qu’elles valent.
    Et au niveau mondial ce ne sera certainement pas 15 milliards.
    Voilà donc qui devrait déjà rassurer les inquiets, et autres «inquiets».
    En attendant, la France est largement capable de nourrir sa population.
    Ce «Ministère de l’équilibre entre population et alimentation» est donc à l’image de cette “France de 100 millions de Français” chère à Debré. Une absurdité.

    1. Avant de vouloir tout révolutionner, pour finalement réinventer l’eau tiède, commençons déjà par revenir aux fondamentaux. Depuis sa création (19ème siècle), le Ministère de l’Agriculture (et de l’Alimentation) est chargé principalement de la sécurité et de la qualité de l’alimentation, dont la qualité et de la disponibilité de l’eau.
      Ainsi que de la préservation de l’environnement, de la gestion des espaces naturels, du développement et de l’aménagement des territoires ruraux, de la formation agricole et de l’emploi en milieu rural, etc.

      1. Le point 3 du programme Sourrouille (Instaurer une agriculture de proximité) s’inscrit dans la mission première du Ministère de l’Agriculture, à savoir la sécurité de l’alimentation. Celle-ci repose sur l’accès, c’est à dire la capacité de produire sa propre alimentation, et donc de disposer des moyens de le faire.
        De la même manière qu’elle possède son propre réseau d’eau potable (captage, pompage, stockage, acheminement, traitement), chaque ville doit avoir sa propre ceinture vivrière. Pour cela, inspirons-nous déjà d’Illich-Ville et autres utopies du genre Cité idéale. Ensuite, et même si le terme ressemble à un oxymore, nous ne devons pas négliger l’agriculture urbaine. Celle-ci a toujours existé, ne serait-ce qu’avec les jardins potagers, aujourd’hui remplacés par les piscines individuelles.

      2. Réorientation des objectifs de la PAC ?

        Quant au point 1, il va s’en dire qu’il s’agit là d’un point qui s’inscrit dans une réorientation bien plus vaste, à savoir un projet de société.
        – « Pour la période 2023-2027, la politique agricole commune (PAC) s’articulera autour de dix objectifs clés à visée sociale, environnementale et économique »
        Peut-on lire sur le site web officiel de l’Union européenne (ec.europa.eu).
        Rien de nouveau sous le soleil. Bien évidemment, «assurer un revenu équitable aux agriculteurs; renforcer la compétitivité». Et puis, évidemment là encore, «agir contre le changement climatique; protéger l’environnement; préserver les paysages et la biodiversité». Et encore «l’égalité entre les femmes et les hommes».
        Tout ça c’est le joli emballage pour nous vendre le principal objectif de la PAC, à savoir la Compétitivité et le Business.

    2. Business as usual !

      C’est grâce à la PAC que chaque jour se croisent sur nos routes des milliers de camions de tomates. Les tomates n’étant qu’un exemple. Les uns partent d’Espagne et remontent vers le nord, d’autres partent de Hollande et descendent vers le sud. Et parfois ils se rentrent dedans. C’est peut-être une légende, mais en attendant c’est comme ça.
      Et sans parler du commerce au niveau mondial. Ce n’est certainement pas pour rien qu’en 1992 l’objectif de compétitivité du secteur agricole est inclus en préalable à l’accord qui donnant naissance à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

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