23/27. Ukraine, une guerre d’un autre âge

Chaque jour nous publions un des 27 chapitres du livre de Michel SOURROUILLE

SURPOPULATION Afghanistan, France, Royaume Uni…

aucun pays n’est à l’abri

https://librairie.edilivre.com/essai/33438-surpopulation-9782414634231.html

Avant l’état de guerre, la situation de l’Ukraine semblait privilégiée. C’est le pays le plus vaste d’Europe après la Russie. La densité est de 75 hab./km² en 2019, soit un peu plus que la moyenne mondiale de 61 hab./km² mais beaucoup moins que la moyenne européenne de 114 hab./km². De plus c’est une puissance agricole, le deuxième réservoir de terres arables du continent et le plus grand par sa taille avec 41,5 millions d’hectares de SAU (superficie agricole utile). Composé à 60 % de tchernoziom ou « terres noires », c’est un sol riche en humus et particulièrement fertile. En 2021, le pays produisait 80 millions de tonnes de céréales et d’oléagineux par an, dont environ 55 millions de tonnes étaient exportées. De plus, le pays est industriellement développé. L’Ukraine exploite quatre centrales nucléaires avec au total 15 réacteurs. La puissance nucléaire totale installée est supérieure à 13 000 Mégawatts, se classant ainsi en 2020 au 7ᵉ rang mondial. Avant la guerre, le pays possédait aussi une forte industrie chimique, l’industrie minière et métallurgique représentait 15 à 17 % de la production industrielle.

En d’autres termes, situation de guerre exclue, on ne peut pas dire que l’Ukraine soit surpeuplée vu sa puissance économique, agricole et industrielle. Mieux depuis plusieurs années la baisse de fécondité montrait qu’elle pratiquait une démographie responsable. Mais s’en tenir là ne permet pas de faire de projection dans le futur. Le système thermo-industriel est à bout de souffle. Il a des faiblesses intrinsèques au niveau de la pérennité de ses ressources énergétiques. Et la puissance technologique fait aussi sa fragilité. En Ukraine le temps s’est arrêté le 26 avril 1986 lorsque le réacteur 4 de la centrale V.I. Lénine, située à une quinzaine de kilomètres de la ville de Tchernobyl, a explosé à la suite d’une erreur de pilotage. Dix jours durant, un panache de particules radioactives s’est répandu dans l’atmosphère. Penser que cela n’arrive qu’aux autres revient à ne pas tirer les conséquences d’un accident. Tchernobyl n’a pas empêché Fukushima, et Fukushima n’évitera sans doute pas une autre catastrophe. En France, 19 centrales nucléaires sont exploitées en 2024, et un EPR est en construction ; nous pouvons subir des séismes ou une difficulté à refroidir lune centrale, des actes de malveillance… Nous ne prenons l’exemple de Tchernobyl que comme symbole de la fragilité de notre habillage technologique et de notre hubris croissanciste.

Selon notre point de vue, quand le monde entier connaît de telles faiblesses structurelles, on ne peut que féliciter les Ukrainiens et les Ukrainiennes d’avoir limiter leur fécondité. Une planète surpeuplée sur laquelle (sur)vit déjà plus de 8 milliards d’êtres humains, chaque geste compte et malheureusement cela ne met pas à l’abri d’une invasion militaire.

C’est peu avant la chute de l’URSS que l’Ukraine devient indépendante, indépendance annoncée par le nouveau Parlement et officialisée par un référendum le 24 août 1991. C’est deux ans après cette indépendance, en 1993, que la population ukrainienne atteint son plus haut niveau, soit 52 millions d’habitants alors qu’il n’y avait que 37 millions de personnes en 1950. Depuis cette date, la courbe démographique suit une pente négative. Le taux de fécondité est faible, soit 1,5 enfant par femme en 2014 et 1,22 en 2020. Le solde naturel est donc négatif. Près de 6,3 millions d’Ukrainiens ont émigré entre 2001 et 2020, la guerre actuelle n’a fait qu’accentuer cette tendance. Au 1ᵉʳ janvier 2023, la population ukrainienne était estimée par l’Institut ukrainien de démographie entre 28 et 34 millions de personnes1. La guerre va accentuer cette tendance historique à la baisse.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 est un conflit déclenché par ordre du président russe Vladimir Poutine. La Russie n’avait « pas d’autres moyens » pour se défendre que de lancer ses forces en Ukraine, avait affirmé le jour même Poutine. Ses « justifications » méritent d’être rappelées :

« Le but de notre opération militaire n’est pas d’occuper l’Ukraine, mais ce pays s’apprêtait, avec le soutien des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux à déclencher un bain de sang et une épuration ethnique. Le régime pro-nazi en place à Kiev pouvait recevoir des armes de destruction massive visant la Russie. Son programme militaro-biologique était mené sous commandement et financement américain, comprenant des expérimentations sur des échantillons de coronavirus, d’anthrax, de choléra, de peste porcine africaine et d’autres maladies mortelles. L’opération spéciale en Ukraine se déroule avec succès... »

En régime dictatorial, nous sommes à la merci des délires d’une seule personne. Car contrairement à beaucoup d’autres situations historiques, on ne peut pas dire que la cause première de cette « opération spéciale » soit la surpopulation de la Russie ou la recherche d’un espace vital : la Russie compte aujourd’hui plus de 146 millions d’habitants, mais connaît un déclin démographique sur un territoire immense. La guerre fait certes office d’infanticide différé dans ses résultats, mais ses causes restent trop souvent le fait d’une décision unilatérale d’un régime politique dysfonctionnel. Attaquer militairement un pays qui comptait 41 millions d’habitants en 2021, avec un niveau agricole, industriel, technique et culturel important, paraissait une folie. D’autant plus que l’Ukraine pouvait compter sur l’aide des pays de l’OTAN. Pourtant, à l’heure où j’écris ces lignes, la guerre est toujours présente depuis plus de deux ans, et c’est une guerre des tranchées comme en 1915. Elle a fait déjà des milliers de morts et blessés de part et d’autres alors que le front des combats reste relativement stable à l’heure où je relis ces lignes, 26 mai 2024. Cet état de guerre empêche toute analyse démographique pertinente.

Dans un rapport publié à l’approche du deuxième anniversaire de la guerre, le 24 février 2024, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies précise qu’aux personnes réfugiées à l’étranger s’ajoutent quelque 3,7 millions d’Ukrainiens déplacés à l’intérieur de leur pays. Selon l’ONU, plus de 14 millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis le début de la guerre, près d’un tiers de la population ukrainienne, et près de 6,5 millions de personnes sont encore réfugiées à l’étranger. La natalité s’effondre. A la séparation des couples, avec le départ pour l’étranger de millions de femmes et d’enfants, s’ajoute la mortalité masculine sur le front. L’effondrement de la fécondité atteint désormais un niveau historiquement bas, avec 0,9 enfant par femme en 2023, contre 1,2 enfant en 2022. Le pays compterait actuellement entre 33 et 35 millions d’habitants, mais aucune comptabilité précise ne peut être établie du fait de l’occupation de 20 % du territoire par les forces russes2.

Le conflit en Ukraine ne possède pas seulement une signification politique. Cette guerre fait craindre un surcroît de famine dans le monde sans les céréales ukrainiennes. Après la destruction des stocks de blé, le minage des ports ukrainiens et la mise à mal de toutes les infrastructures logistiques d’expédition, Vladimir Poutine avait ordonné le bombardement des fermes laitières ; son ancien premier ministre Dmitri Medvedev déclarait vouloir limiter les exportations de blé russe uniquement vers « les pays amis », ceux qui n’ont pas dénoncé l’agression russe en Ukraine. A la crise alimentaire s’ajoute la possibilité d’une crise énergétique pour tous les pays qui dépendent du gaz et du pétrole russe.

Guerre, famine et parfois épidémies ne dépendent pas seulement d’un état de surpopulation. Un pays développé peut connaître l’effondrement à cause de sa complexité et de sa dépendance aux énergies fossiles. Mais il peut aussi être victime de la soif de pouvoir d’un autocrate.

2 https://www.lemonde.fr/international/article/2024/02/23/deux-ans-de-guerre-en-ukraine-un-effet-catastrophique-sur-la-demographie_6218184_3210.html

9 réflexions sur “23/27. Ukraine, une guerre d’un autre âge”

  1. Esprit critique

    – Guerre en Ukraine : « Vladimir Poutine va détruire l’économie russe »
    (Le MONDE 15 mars 2022)
    – La Russie au bord de la faillite ? (courrierinternational.com 19 octobre 2024)
    – Russie: les pauvres paient le prix de la guerre en Ukraine, mais les riches s’enrichissent
    (slate.fr 4 mars 2025)
    – Effondrement économique en Russie ? Les scénarios possibles pour 2025
    (science-et-vie.com 05 Mar 2025)
    – etc. etc. etc.
    Et pour couronner le tout les soldats russes qui désertent.

    Et après tout ça… ON ose venir nous dire que la Russie gagne la guerre. Ce même ON qui a la mémoire courte… Ce ON qui en 2022 nous prédisait que la Russie ne ferait qu’une bouchée de l’Ukraine, vite fait bien fait. C’est fou non ?

    1. Ben oui la Russie a déjà gagné la guerre ! La Russie occupe l’Est de l’Ukraine ainsi qu’une partie du territoire au nord. les ressources naturelles de l’Ukraine sont estimées autour 30.000 milliards de dollars et la Russie a déjà la main mise sur la moitié. Donc la Russie même si elle a payé sa guerre 1000 milliards de dollars pour la guerre, elle va en récupérer 15.000 milliards en retour, soit 14.000 dollars de bénéfices !

      Toi tu crois vraiment que l’Ukraine va récupérer son territoire ?

      Tu sais tes médias UmPs, racontait aussi que Poutine perdait la tête avec Alzheimer, qu’il allait aussi bientôt mourir à cause de sa santé déplorable, etc… Ou encore que l’armée allait faire un putsch et le zigouiller, etc Puis au final, 5 ans après, Poutine est toujours bien vigoureux avec toute sa tête !

      1. Parti d’en rire

        Comme Toi quoi. Au final, toujours bien vigoureux avec toute sa tête !

  2. – « Guerre, famine et parfois épidémies ne dépendent pas seulement d’un état de surpopulation. »

    Je crois qu’avec ça tout est dit.
    Et comme parfois les famines sont orchestrées, qu’elles deviennent alors une abominable arme de guerre… alors on voit bien que le premier problème est la Guerre. Et quand elles sont le résultat de politiques commerciales désastreuses, aussi bien pour les petits les producteurs (paysans) que les consommateurs à faibles revenus, alors on voit bien que le problème est alors ce satané système, économique et politique.
    Le Système… qui ne fonctionne QUE sur l’Exploitation (des hommes et de la nature), la Compétition (guerre économique, guerre des prix etc. etc.) et la Spéculation (la Bourse).
    Le Système, dont le seul but est d’engranger toujours plus de Pognon ! Le Pognon, qui, tout connement, permet d’avoir toujours plus de Pouvoir et de Puissance.
    Bref, Le Système c’est la Guerre. Et finalement… et si le Problème N°1 n’était pas la Surpop…

    1. Esprit critique

      – « Le capitalisme c’est la guerre depuis son origine » – Entretien avec Mathieu Rigouste (lherminerouge.fr)
      Les anti-rouges ne manqueront évidemment pas l’occasion de nous parler du Communisme… de ses horreurs, du nombre de morts à mettre sur son compte, etc. etc.
      Et c’est de bonne guerre comme ON dit. Je les invite alors à se faire violence… à se défaire de leurs idées reçues, à oser lire et écouter ce qui les dérange… et sans se focaliser sur la couleur de la cravate de celui qui ne pense pas comme eux.

      – « Pourquoi, tôt ou tard, le capitalisme a besoin de la guerre » (groupegaullistesceaux.fr/2025/04/06)
      – Le capitalisme, c’est la guerre (rumeurdespace.com/2025/03/18)

  3.  » Un pays développé peut connaître l’effondrement à cause de sa complexité et de sa dépendance aux énergies fossiles. Mais il peut aussi être victime de la soif de pouvoir d’un autocrate.  »
    Pays développé : La France ? et autocrate : Macron ?

    Et oui notre pays la France est dépendante aux énergies fossiles, mais énergies fossiles qu’on achète à l’étranger ! Notre autocrate français a voulu encercler la Russie avec l’Otan afin de piller la Russie de ses ressources naturelles mais ça ne s’est pas passé comme prévu ! La Russie gagne, elle a investit 1000 milliards de dollars dans la guerre mais pour en récupérer 15000 milliards en Ukraine. Notre macrounet reste impuissant face à cette situation, et ne peut même pas bouger le p’tit doigt sous peine de se prendre un suppositoire supersonique à l’Élysée par Poutine. Et le seul moyen d’obtenir la paix c’est de mettre la tête de Zelensky sur une pique à l’entrée de Moscou pour calmer Poutine….

      1. En quoi c’est du n’importe quoi ?
        La France qui achète du gaz et pétrole russe à travers l’Inde… plus cher évidemment !
        Dis nous qui gagne la guerre en Ukraine ? Oups : La Russie !
        Combien de ressources à récupérer la Russie dans l’Est de l’Ukraine ?
        Voilà tu n’argumentes jamais ! Tu déclares que les autres racontent n’importe quoi sans le prouver et sans preuve ! Tu vas jusqu’à nier les faits et les évidences…

        1. Misère misère !

          T’as entièrement raison. Face à Toi, en matière d’argumentation je ne fais pas le poids. Et c’est tout à fait normal vu que le Champion de l’Argumentation c’est Toi.
          Et c’est pour tout et n’importe quoi pareil !
          Champion en matière de clairvoyance et de voyance, Champion en matière de prévisions et de prédictions, et en même temps Champion de la Preuve, preuve par 9, preuve numérique, littérale et j’en passe. Bref, Champion en tout et n’importe quoi !

Les commentaires sont fermés.