25/27. Yémen, de 4,7 millions à 52 millions d’hab.

Chaque jour nous publions un des 27 chapitres du livre de Michel SOURROUILLE

SURPOPULATION Afghanistan, France, Royaume Uni…

aucun pays n’est à l’abri

https://librairie.edilivre.com/essai/33438-surpopulation-9782414634231.html

Presque aussi vaste que la France, le Yémen n’a pas le même potentiel agricole, il est en grande partie désertique. Pourtant dans un désert, on peut se battre. Fin 2021, la guerre du Yémen aura causé en sept ans la mort de 377 000 personnes. Selon l’estimation publiée par les Nations unies, 150 000 morts sont dues aux combats, et environ 227 000 aux conséquences indirectes du conflit, comme le manque d’eau potable, la famine ou les maladies. L’escalade des combats, y compris les batailles de chars et les bombardements, a détruit dans certaines zones même les infrastructures les plus élémentaires. Des millions de personnes sont au bord de la famine, les deux tiers des Yéménites dépendant de l’aide humanitaire selon l’ONU. Aujourd’hui encore la montée en puissance des houthistes, encore récemment perçus comme des rebelles, déstabilise les circuits commerciaux internationaux grâce à la portée de leur arsenal et leur capacité de nuisance.

La faute aux circulations d’armes et aux chocs des ethno-nationalismes, la faute aussi à la surpopulation. Au Yemen en 1951, il y avait moins de 4,7 millions d’habitants. Ce pays a dépassé les 30 millions d’habitants en 2021 et on prévoit même plus de 52 millions de personnes en 2060. Le philosophe Gaston Bouthoul écrivait que la guerre sert d’infanticide différé, mais les réserves de chair à canon paraissent sans fin. Le taux de croissance de la population était de 5,28 % en 1993, en 2020 il se situe à 2,3% en variation annuelle, ce qui signifie que la population double encore tous les 30 ans. Le taux de fécondité est de 3,7 enfants par femme en 2019, ce qui entraîne plus de 900 000 naissances chaque année pour 190 000 décès. Comment vivre en paix avec une telle exubérance démographique qui ne connaît pas de frein ? Prendre les armes est en effet plus facile que s’occuper du statut des femmes.

Précisons la position de Gaston Bouthoul (dans les années 1970) : «  Quoi de plus étrange que la sempiternelle succession des guerres et des paix ? » Selon son point de vue, l’inflation démographique provoque une  « surchauffe belligène » . Il en vient à constater que les différentes violences armées ont un seul point commun : elles détruisent des vies humaines et, ce faisant, empêchent d’autres vies humaines de voir le jour. Tout se passe comme si cette destruction avait pour fonction fondamentale de résorber les excédents de population. Pour M. Bouthoul, il s’agirait là d’un phénomène de fuite en avant. Il ne voit pas d’autre manière de l’éviter que la planification rigoureuse des naissances, impliquant, si nécessaire, des mesures de contrainte. Puisque la vaccination est obligatoire, demande-t-il, pourquoi la limitation des maternités ne le serait-elle pas ? Le seul moyen de mettre fin aux guerres, c’est à son avis l’avènement de « l’ère de la population contrôlée », qui  « mettra fin à une période de l’histoire, celle de l’homme à bon marché ».

Plus facile à dire qu’à faire dans des pays où le libre choix de la femme n’existe pas. Au Yémen, le planning familial n’existe que dans l’idée de quelques ONG internationales, les avortements ne sont autorisés que pour sauver la vie d’une femme enceinte. Les femmes n’ont aucun pouvoir et aucune façon de se protéger. Le système judiciaire reste patriarcal. Par exemple, le Code pénal prévoit que la compensation monétaire qui est versée à une famille victime d’un meurtre est deux fois moins élevée si la personne tuée est une femme. Pour les crimes d’honneur, la réprobation se limite à une simple amende ou à un emprisonnement d’un an maximum.

Certains optimistes croient encore au miracle. Dans « The Human Tide » (la marée humaine), le britannique Paul Morland se veut anti-malthusien : « Thomas Malthus, avec son Essai sur le principe de la population (1798), explique que toute croissance démographique débouche sur une pénurie de nourriture. Mais la révolution industrielle a changé tout ça, permettant d’échapper à ce piège malthusien. Les « limites naturelles » théorisées par Malthus ont ainsi été abolies grâce à l’inventivité humaine qui a multiplié et globalisé les ressources. Et d’un autre côté, nous avons réduit les taux de fécondité, en dissociant la sexualité de la reproduction. Les taux baissent partout, même au Yémen. »

Certes on prévoit une baisse potentielle (et hypothétique) de la fécondité (après 2070), mais il sera trop tard pour le Yémen d’accéder à un réel développement dans un pays dévasté et avec une pénurie de ressources locales et mondiales. Sans oublier le réchauffement climatique ! Presque toutes les zones identifiées en 2008 comme les plus sensibles au réchauffement – de la Mésopotamie au Levant en passant par le Yémen, le Sahel et l’Afrique du Nord –, ont basculé dans l’instabilité ou le chaos.

Voici une façon simple de comprendre avec l’équation de Kaya l’interdépendance des causalités qui expliquent les émissions de CO2 et donc le réchauffement climatique.

CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2

(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole)
Cela correspond à un choix de ressources naturelles, charbon ou gaz, électricité, énergie renouvelable ou non, nucléaire
(
TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB)
C’est l’intensité énergétique de l’économie ou inverse de l’efficacité énergétique (qui serait PIB : TEP)
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

Tout est lié, on ne peut agir sur un des termes de l’équation sans considérer ce qui se passe ailleurs. Si on veut diviser par 3 les émissions de gaz à effet de serre, ce qui paraît pour les scientifiques un minimum, il faut aussi que l’ensemble des autres éléments soit divisés par trois. La tendance moyenne d’augmentation démographique est de 30 % d’ici 2050, il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 4, ce qui veut dire par beaucoup plus que 4 pour les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre. On mesure les efforts gigantesques à demander à la population des pays développés, sachant qu’on ne peut avoir à court terme du succès quant à l’évolution démographique dans les pays pauvres étant donné son inertie et les obstacles culturels. Les difficultés du Yémen ne sont qu’une fraction de la problématique mondiale. On ne peut dissocier surpopulation, surconsommation et état de guerre.

6 réflexions sur “25/27. Yémen, de 4,7 millions à 52 millions d’hab.”

  1. Esprit critique

    – « Le taux de fécondité est de 3,7 enfants par femme en 2019 » (Biosphère)

    Le site universalis.fr nous indique 4,60 en 2019. Et 4,61 en 2018. Et il nous dit :
    – « Le taux de fécondité du Yémen a évolué de 8,61 naissances par femme en 1990 à 4,59 naissances par femme en 2023. »
    Wikipédia (Démographie du Yémen) nous donne 3,48 en 2018. En bas de page on lit :
    – « D’après le Yemen Multiple Indicator Cluster Survey (MICS) réalisé en 2022-2023, le taux de fécondité au Yémen est estimé à 4,6 enfants par femme, en augmentation par rapport à 2013. »
    Sur le site worldometers.info la courbe d’évolution du taux de fécondité au Yémen (1955-2025) parle là encore d’elle-même. Celle de la moyenne d’âge également.

    Donc chers lecteurs, d’après vous quelle est l’option la plus sensée, rationnelle et sérieuse ?

    1. Blague à part, le Yémen est un bon exemple. En effet le taux (indice) de fécondité joue au yoyo. Comme à la Bourse, après avoir baissé il remonte. Et là encore les spécialistes (avec ou sans « ») nous expliquent le POURQUOI. Biosphère, avec l’aide de Gaston Bouthoul, nous parle de la guerre. De mon côté j’ai dit X fois que le Problème N°1 était la Guerre. Cette folie qui résulte de ce «besoin» tout aussi fou de Puissance et de Domination, dans tous les domaines. Et notamment sur les femmes. Les femmes réduites à des ventres, à des machines à procréer, enfanter. La seule chose qui échappe au pouvoir des mâles.
      ( à suivre)

      1. MC Esprit critique

        (suite et fin)
        – « Le seul moyen de mettre fin aux guerres, c’est à son avis l’avènement de « l’ère de la population contrôlée », qui « mettra fin à une période de l’histoire, celle de l’homme à bon marché ». »

        C’est là le point de vue de Gaston Bouthoul. Et celui de Biosphère je suppose.
        Du mien, ce n’est pas aussi simple que ça. Tout est lié, compliqué, nous l’avons dit mille fois. Pour en finir de cet homme à bon marché (sic), je pense qu’il faudrait d’abord en finir de la femme à bon marché. De la travailleuse et de la bonniche à bon marché… de la procréatrice dominée, assujettie, exploitée et finalement contrôlée… par les hommes (mâles) évidemment.
        Tout ça pour dire que Biosphère, qui se veut avant tout un site écolo (« Ce blog biosphère a débuté en 2005 […]. Consacré entièrement à l’écologie dans tous ses domaines »), devrait, peut-être, mettre plus l’accent sur le féminisme que sur le malthusianisme.

  2. Si on recherche « Yemen surpopulation » dans les archives du MONDE, on ne trouve que deux occurrences  :
    10 décembre 2023. Une grande partie des 1,9 million de Gazaouis qui ont fui le nord de l’enclave se retrouvent acculés à Rafah…
    10 avril 2021. La bataille de Marib au Yémen, déterminante pour les belligérants…
    La même recherche « Yemen surpopulation » sur google donne :
    18 juin 2025. Au Yémen, des millions de personnes ont faim et la situation s’aggrave…
    Médecins sans frontières. D’avril à octobre, une épidémie de choléra se déclare dans le pays…
    Oxfam. En moins de quatre ans, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire est passé de 11 à près de 20 millions…

  3. Option A : Michel C pense que les yéménites peuvent continuer de pondre 8 enfants par femme pendant encore des siècles et des siècles puis que grâce aux droits à la paresse et au Parti Communiste, les yéménites pourront même nourrir tranquille et sereinement plus d’1 milliard d’habitants.

    Option B : Moi Bga pense que les yéménites soient déjà bien trop nombreux depuis fort longtemps et qu’ils vont finir par s’entretuer avec leurs pays voisins, et tout ça sera couronné de guerres épidémies famines.

    Donc chers lecteurs, d’après vous quelle option est la plus sensée rationnelle et sérieuse ?

    1. Parti d’en rire

      Option A : Tu continues à penser et raconter n’importe quoi, pour pas changer… les communistes, le droit à la paresse et patati et patata.

      Option B : Tu m’oublies un peu, tu te con centres bien sur le sujet, tu te fais violence, tu te bouges le cul, et tes deux neurones, tu commences par lire ce bouquin de Paul Lafargue, et tu te renseignes bien avant de balancer n’importe quoi.
      Par exemple, et tu nous diras si je me trompe, l’indice de fécondité du Yémen n’est pas de 8 mais de 4,5 environ. Celui du Venezuela de 2,1 et non pas de 8 là encore !

      Donc chers lecteurs, d’après vous quelle est l’option la plus sensée, rationnelle et sérieuse ?

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