2,5 milliards d’humains au lieu de 8, ou moins !

En 2023, la population mondiale atteint 8,3 milliards, mais la Terre ne pourrait en supporter durablement que 2,5 milliards ou moins. L’analyse de Corey Bradshaw et son équipe montre que la pression démographique dépasse la biocapacité depuis le milieu du XXe siècle. Face à un choc démographique prévisible, repenser les politiques démographique et les modes de consommation devient crucial pour un avenir soutenable.

Auriane Polge in Science et Vie (09 Avr 2026)

Nous serions déjà trois fois trop nombreux pour vivre durablement sur Terre. La population mondiale aurait depuis longtemps dépassé le seuil que notre planète peut supporter sans épuiser ses réserves ni compromettre la qualité de vie de ses habitants. Pas de temps à perdre ?

Les ressources naturelles semblent inépuisables à l’échelle d’une vie humaine, mais leur renouvellement suit des rythmes bien plus lents que notre consommation. La pression d’une humanité en expansion interroge la compatibilité entre nos modes de vie et les limites du vivant. La capacité de charge de la Terre pourrait être bien inférieure à ce que l’on imagine. L’humanité compte aujourd’hui environ 8,3 milliards d’individus. Pourtant, selon une analyse parue dans Environmental Research Letters, la Terre ne pourrait en accueillir durablement que 2,5 milliards. Autrement dit, nous serions plus de trois fois trop nombreux pour maintenir un équilibre entre consommation et régénération des écosystèmes. Cette estimation ne fixe pas un plafond absolu, mais elle signale un dépassement massif entre ce que nous prélevons et ce que la planète renouvelle.

Ce seuil correspond à la biocapacité globale, c’est-à-dire la faculté des écosystèmes à produire des ressources et à absorber les déchets. Le chiffre de 2,5 milliards évoque le nombre d’habitants que la Terre supportait au milieu du XXe siècle, lorsque cet équilibre tenait encore. Au-delà, la pression dépasse les capacités de régénération naturelle, et les effets s’accumulent au fil des générations.

Plus de deux siècles de données démographiques au crible

L’équipe dirigée par Corey Bradshaw, de l’université Flinders en Australie, a examiné plus de 200 ans de données démographiques mondiales à l’aide de modèles de croissance écologique. Leurs travaux, cosignés avec le regretté Paul Ehrlich de Stanford et six autres chercheurs, suggèrent que le basculement s’est produit vers le milieu du XXe siècle. Avant cette période, la croissance démographique s’accompagnait d’un développement globalement soutenable.

Toutefois, à partir des années 1950, chaque habitant supplémentaire n’accélérait plus le progrès, mais alourdissait la pression sur les systèmes planétaires. Les auteurs décrivent cette transition comme une phase démographique négative. L’étude montre en effet que la taille de la population explique davantage la hausse des températures mondiales et l’empreinte écologique globale que la consommation par individu. D’autant que les régions à forte croissance disposent souvent des sols les plus fragiles et des réserves en eau les plus limitées.

La capacité de charge de la Terre face à un pic démographique annoncé

Selon les projections de l’étude, la population mondiale pourrait atteindre un pic compris entre 11,7 et 12,4 milliards d’individus d’ici les années 2070. Ce chiffre aggraverait considérablement l’écart avec le seuil soutenable estimé. Par conséquent, les auteurs insistent sur la nécessité de repenser à la fois les politiques démographiques et les modes de consommation. Réduire les émissions de gaz à effet de serre par habitant ne suffirait pas si le nombre total d’individus continue d’augmenter pendant encore quarante ans.

Désormais, l’enjeu consiste à adapter les sociétés humaines à des limites physiques non extensibles, sans attendre que la démographie décline d’elle-même. D’autres scientifiques rappellent néanmoins que certaines estimations placent le seuil maximal bien plus bas, en fonction des hypothèses retenues sur les technologies et les habitudes de consommation. Le débat reste donc profondément lié aux choix collectifs que feront les sociétés dans les décennies à venir, entre sobriété et innovation.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

La population mondiale au 1er janvier 2026

extraits : Nous voilà maintenant un peu plus de 8,2 milliards sur la Terre en ce 1er janvier 2026. La croissance démographique est toujours forte, + 76 millions de personnes supplémentaires en 2025, plus que la population de la France. Certes le rythme de progression tend à baisser mais reste toujours positif. Nous passons à peu près sous la barre des + 1 % par an. Rappelons qu’avec un tel taux d’accroissement, la population double encore tous les 70 ans. Pourtant c’est la baisse de fécondité qui inquiète le monde politique comme le monde médiatique….

Le casse-tête de la population optimale

extraits : Les grands carnivores comme les lions et les tigres, ne sont plus au total que 20 000 à 40 000 seulement sur la planète. Contre bientôt 8 milliards pour la seule espèce humaine, le super-prédateur. Si nous avions à exprimer un idéal de population, ce serait 6 à 8 millions de terriens, un chiffre qui nous ramène avant le néolithique il y a plus de 10 000 ans, époque où il fallait vivre de chasse et de cueillette sans empiéter sur son écosystème… condition qui n’a d’ailleurs pas toujours été respectée à l’époque ! Voici de nos jours quelques avis sur la notion de l’optimum de population souhaitable….

Dans le livre « Moins nombreux, plus heureux » (2014)

Pablo Servigne : « En l’espace de quelques décennies, l’humanité a de fortes chances de faire face à un pic de la population, un pic énergétique, un pic de l’eau disponible, un pic des terres arables, et très probablement un pic des rendements agricoles. Ainsi, il est désormais réaliste de penser que nous redescendions au cours des prochaines décennies à des niveaux de population proches de l’ère pré-industrielle : un à deux milliards d’êtres humains sur terre. »

Alain Gras  : « Paul Chefurka met en évidence la corrélation très forte entre énergie et population : « Une des deux options de son modèle mathématique prend non seulement en compte la raréfaction des ressources, mais aussi l’hypothèse Lotka-Volterra qu’il nomme « excès de capacité de charge » dans l’écosystème. Entre autres : déficits alimentaires régionaux massifs, maladies non soignées en raison du démantèlement des services médicaux et sanitaires dans les villes, mortalité accrue due aux aléas climatiques, affaissement de la durée de vie, etc. Dans ce cas, les chiffres de la population mondiale sont de 4 milliards en 2050 et 1 milliard en 2100. »

Alan Weisman (en 2013) : « Dans l’histoire de la biologie, toute espèce qui a surexploité ses ressources a vu sa population s’effondrer – parfois jusqu’à l’extinction. Pour la survie de l’espèce humaine, peut-être s’agit-il de trouver le moyen de réduire humainement la population globale, puis de la maintenir à un chiffre optimal. La détermination de ce chiffre sera,  que cela nous plaise ou non, la grande affaire du XXIe siècle. Le premier Congrès de la population optimale pour le monde fut organisé à Cambridge en 1993. Gretchen Daily et le couple Ehrlich présentèrent le résultat d’une estimation qu’ils qualifièrent eux-mêmes de « calcul de coin de table » : le nombre total d’habitants susceptibles de vivre avec 6 térawatts d’énergie, chaque individu disposant de 3 kilowatts en moyenne, était de deux milliards. Deux milliards, c’était le chiffre de la population en 1930, au moment où le procédé Haber-Bosch (engrais à base d’azote artificiel) commençait juste à être commercialisé. La quasi-totalité de l’humanité vivait encore de végétaux qui poussaient grâce à la seule lumière du soleil, pas avec l’aide de combustibles fossiles. Quand nous n’en aurons plus, la population de notre espèce pourrait bien se rapprocher de nouveau de cette moyenne naturelle…

10 réflexions sur “2,5 milliards d’humains au lieu de 8, ou moins !”

  1. esprit critique du parti d'en rire

    Par simple curiosité, je suis allé sur le site science-et-vie.com … et là je trouve non pas un, mais deux articles de Auriane Polge … pour nous raconter à peu près la même chose :
    – Nous serions déjà trois fois trop nombreux pour vivre durablement sur Terre (09 Avr 2026)
    – Nous sommes trois fois trop nombreux sur Terre, selon une équipe internationale de chercheurs (15 Avr 2026)

    Alors… nous sommes ou nous serions ? Parce que moi j’ai besoin de savoir !
    Non, plus sérieusement… est-ce que ce monde est sérieux ?
    Et déjà… est ce que ce Corey Bradshaw, et son équipe, sont sérieux ? Si je demande ça, c’est seulement parce que cette étude a déjà fait l’objet de nombreuses critiques.

  2. Esprit critique

    – « La capacité de charge de la Terre pourrait être bien inférieure à ce que l’on imagine. […]
    L’humanité compte aujourd’hui environ 8,3 milliards d’individus. Pourtant, selon une analyse parue dans Environmental Research Letters, la Terre ne pourrait en accueillir durablement que 2,5 milliards. Autrement dit, nous serions déjà trois fois trop nombreux […] »

    La Terre compte aujourd’hui environ 8,3 milliards d’individus, OK. De la même façon qu’elle est ronde, c’est indéniable. C’est ensuite que les choses se compliquent.
    Je note que l’auteur prend soin de rester prudent, en utilisant le temps du conditionnel. Autrement dit, voilà ce qu’il nous dit : « Selon cette analyse, cette théorie… en laquelle j’ai envie, ou besoin de croire… selon ces calculs, et s’ils sont justes… ce que j’espère, sans trop oser en être sûr … la Terre ne pourrait en accueillir durablement que 2,5 milliards. »
    (à suivre)

    1. (suite) Moi je veux bien. Mais pourquoi pas plutôt 300 millions… comme au début de notre ère ? Ou alors 500.000 … ce qui pour certains est encore mieux.
      Bref, nous en avons maintes fois parlé, ici sur Biosphère, qu’ON me le PROUVE !

      2,5 milliards, c’était la Population mondiale en 1950. Et c’est à partir de là, donc, que notre équipe de théoriciens voit un certain… basculement.
      Ce qu’il leur fait dire que 2,5 milliards c’est le Bon Chiffre. Le Seuil, si vous préférez.
      Moi je trouve ça un peu léger. Mais peu importe, parce que finalement en quoi cette énième étude nous avance t-elle ? De mon point de vue, à pas à grand chose.
      Pour ne pas dire rien. (à suivre)

      1. MC esprit critique

        (et fin) Rien de bon en tous cas.
        Parce que vouloir nous faire croire que, je cite… la taille de la population explique davantage la hausse des températures mondiales et l’empreinte écologique globale que la consommation par individu… ça c’est pas bon !
        Là encore nous en avons maintes fois parlé, ici sur Biosphère, qu’ON me le PROUVE !
        Et je suis désolé, cette énième étude ne prouve absolument rien.

        Moi aussi je peux dire, et même « démontrer », que le Seuil ce n’est pas 2,5 milliards, mais plutôt quelque chose entre 800 millions et 1 milliard.
        Ce qui correspond à la population mondiale du début de la révolution industrielle, au moment où le Charbon a commencé à empoisonner l’atmosphère.
        Pour faire plaisir à certains je pourrais même descendre jusqu’à 500 000.
        Voire encore moins, ce qui ne peut être que mieux… n’est-ce pas ? Soit la Pop d’il y a environ 400 000 ans … lorsque l’Homme a commencé à déconner avec le Feu.

        1. Parti d'en rire

          Bien sûr, Monsieur Barthès, ON peut toujours prendre tout ça à la rigolade.
          Et moi, et vous le savez, ça me va très bien. Seulement le problème, c’est que quand ON est le porte parole d’une assoce comme la votre, et si ON veut être crédible… alors il vaut mieux être sérieux. Alors plus sérieusement, et blague à part, quoique… combien en voulez-vous ?
          Parce que dire « L’humanité, si elle veut durer, doit vraiment redescendre à des effectifs sensiblement plus bas »… moi je trouve ça un peu léger.
          Je dirais même, sensiblement vasouillard.

        2. Que l’humanité, si elle veut continuer à vivre sur une planète habitable, « doit vraiment redescendre à des effectifs sensiblement plus bas » est un constat irréfutable, Toutes les études scientifiques sérieuse montrent que nous avons dépassé les capacités de régénération de nos ressources et que notre nombre étouffe la biodiversité. Le mouvement de la décroissance, économique et démographique, nous montre le chemin à suivre…

        3. Didier BARTHES

          Ah mais si vous voulez des arguments plus développés, lisez « le Défi du nombre », Parti d’en rire.

        4. Réponse @ Malthus.
          Qu’il vaudrait mieux… pour la planète, et finalement pour tout le monde, que nous soyons moins nombreux… c’est une évidence. Nous sommes donc d’accord.
          Par contre, la question (avec ou sans « ») du Nombre Optimal (ou idéal) … autrement dit du Seuil, de la Limite, de la Juste Mesure… ou encore de la Capacité de Charge, si vous préférez… l’est beaucoup moins, évidente.
          Et cet article (comme cette étude) parle justement de ça.

  3. Didier BARTHES

    Rappelons toutefois que 2,5 milliards c’est encore infiniment plus que ce que la planète a supporté pendant 99,9 % de l’histoire de l’humanité et que c’est de 500 à 1000 fois plus que l’effectif d’un prédateur (et encore sans artefacts) de notre taille.
    L’humanité, si elle veut durer, doit vraiment redescendre à des effectifs sensiblement plus bas.
    Nous avons le choix entre avoir beaucoup d’humains à un instant donné et très peu après sur une Terre dévastée, ou beaucoup moins à un instant mais finalement beaucoup plus étalés dans le temps.
    Plus d’humains auront la chance de vivre sur la Terre si nous allons vers une démographie bien plus modeste. C’est pourquoi l’humanisme est bien du côté de cette modestie démographique.

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