Chaque jour nous publions un des 27 chapitres du livre de Michel SOURROUILLE
SURPOPULATION Afghanistan, France, Royaume Uni…
aucun pays n’est à l’abri
https://librairie.edilivre.com/essai/33438-surpopulation-9782414634231.html
Entre 1960 et 2022, le nombre d’habitants au Zimbabwe est passé de 3,78 millions à 16,32 millions, soit une multiplication par plus de 4 en 62 ans seulement. Ce pays a connu sa plus forte augmentation démographique en 2015 avec un taux de 4,18 %, soit un doublement de la population en moins de 16 ans ! Sa situation actuelle justifie pleinement le diagnostic de Malthus en 1798 : si un peuple ne maîtrise pas sa fécondité, il connaîtra famine, guerres et/ou épidémies.
La dernière en date au Yémen, le choléra. Infection diarrhéique aiguë provoquée par l’absorption d’aliments ou d’eau contaminés par une bactérie, le choléra est en forte recrudescence. Harare, la capitale du Zimbabwe, près de 3 millions d’habitants, a été déclarée en état d’urgence en raison d’une résurgence de l’infection1 qui a déjà fait 51 morts confirmés dans le pays, infecté plus de 7 000 personnes et continue de se propager. Il y a déjà eu une hécatombe en 2008, lorsque le choléra y avait fait des milliers de morts. Les Zimbabwéens creusent trop souvent des puits à proximité de latrines à fosse, en particulier dans les quartiers qui n’ont pas d’eau courante. Ce qui signifie que l’eau potable est contaminée. L’état de surpopulation s’accompagne d’une urbanisation ingérable et galopante, un taux d’augmentation de 2,3% par an. Environ 32% des habitants vivent déjà dans les grandes villes du pays. Des villes qui n’offrent pas des emplois en assez grand nombre, mais multiplient les cas de Sida. 3 000 personnes en meurent chaque semaine et 170 000 par an. On ne compte plus le nombre d’orphelins. Entre 1990 et 2005, l’espérance de vie de la population avait même baissé de 61 à 44 ans. Si on n’agit pas pour une limitation de la fécondité, on augmente le nombre de morts. Le taux de fécondité au Zimbabwe est passé de 7 enfants par femme en 1960 à 3,5 enfants par femme. Il faudrait moins de 2,2 enfants par femme pour atteindre une stabilisation de la population. La dernière étude sur le planning familial date à ma connaissance de 1984 et en 1999 c’est une banque qui se voulait active en ce domaine, pas l’Etat. L’expansion démographique reste l’angle mort de la politique au Zimbabwe.
Ce pays était un modèle de développement économique et social dans les années qui suivent son indépendance en 1980. A partir des années 1990 avec une accélération depuis 2000, la corruption, le clientélisme, la mauvaise gouvernance de Mugabe ont ruiné le pays. La densité semble faible, 41 hab./km² pour une moyenne mondiale de 61 hab./km². Mais le Zimbabwe, bien que vaste pays (390 000 km²), ne possède pas de littoral ; ce manque d’accès à l’océan se fait ressentir dans l’économie. L’équilibre entre le niveau de population et les ressources alimentaires n’est pas assuré. La surexploitation des terres entraîne la déforestation, l’érosion des terres, la pollution de l’air et de l’eau.
Notez que cette surexploitation agricole est aussi liée aux cultures d’exportation. Le secteur contribue pour 40 % des recettes totales d’exportation… les années où ne sévit pas la sécheresse. L’agriculture est dans ce type de pays un système d’expropriation ; 4 000 grosses propriétés sont dotées de systèmes très sophistiqués de production et occupent environ un tiers des terres cultivées. Rien que le tabac, culture non vivrière, représente 60 % du total de la production agricole2. Le déséquilibre entre une population et ses ressources internes est trop souvent causé par le système de domination mondiale. Un livre entier ne suffirait pas à montrer l’aspect néfaste de la mondialisation économique qui a déstabilisé durablement les structures traditionnelles des pays.
Le quotidien LE MONDE ne parle jamais de surpopulation au Zimbabwe. Ses articles évoquent plutôt les écrivaines Tsitsi Dangarembga et NoViolet Bulawayo. La vie politique est vue par le petit bout de la lorgnette : « Sur la photo qui lui a valu son arrestation, le député de l’opposition Gift Ostallos Siziba arbore de larges lunettes de soleil et le maillot rayé noir et blanc de son équipe favorite de football… ». La vie économique au Zimbabwe se résumerait à des robes de mariées à la location pour quelques heures. Seul quelques rares articles tranchent avec cette superficialité :
– Le Zimbabwe touché par une nouvelle vague d’hyperinflation (11 juillet 2022) : « L’hyperinflation attaque les revenus (192 % en juin), les taux d’intérêt minimaux ont atteint 200 %… la viande est devenue un luxe… l’économie du pays est plombée depuis une vingtaine d’années, marquée par des pénuries d’argent et de nourriture… »
– Le dernier article que j’ai lu, 10 avril 2024, fait ce terrible constat de réalité : « Pour faire face à l’inflation galopante, la nouvelle monnaie zimbabwéenne, le ZiG (pour Zimbabwe gold), a connu le 9 mars 2024 des débuts chaotiques. Le Zimbabwe est plombé depuis une vingtaine d’années par une profonde crise économique. Les quelque 16 millions de Zimbabwéens subissent une pauvreté généralisée et un chômage élevé… » Mais toujours rien sur la démographie galopante !
Dernier paragraphe de cette étude par pays, nous voulons insister sur son importance à nos yeux. La surpopulation s’accompagne inéluctablement de la chute de la biodiversité. Le Zimbabwe abrite quelque 100 000 éléphants, la seconde plus grande population de pachydermes dans le monde, et deux fois plus que la capacité théorique de ses parcs. Soixante personnes ont été tuées par des éléphants depuis début 2022, plus de 160 éléphants sont morts à cause de la sécheresse et du manque d’eau. Le réchauffement climatique (créé par l’activité humaine), le nombre de Zimbabwéens et la faune sauvage ne font pas bon ménage. En France, on estime qu’il n’y a même pas de place pour quelques loups et quelques ours !
Il est plus que probable que si les effectifs de la population humaine ne sont pas réduits volontairement dans des proportions importantes ici et ailleurs, la vie sauvage disparaîtra complètement de la surface de la Terre et les humains s’entre-tuerons dans des territoires faits de béton, de taudis et de déserts.
1 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/11/20/cholera-au-zimbabwe-l-etat-d-urgence-decrete-dans-la-capitale-harare_6201259_3212.html

Si on recherche « Zimbabwe surpopulation » dans les archives du MONDE, on ne trouve que des éléphants !
septembre 2024. Au Zimbabwe, le gouvernement veut abattre des éléphants pour nourrir les plus vulnérables
septembre 2020. Zimbabwe : douze éléphants retrouvés morts, la même bactérie à nouveau soupçonnée
octobre 2019. Au Zimbabwe, les éléphants victimes du réchauffement climatique
mai 2019. Parce qu’il a trop d’éléphants, le Zimbabwe en vend à la Chine et à Dubaï
octobre 2008. L’ivoire, valeur en baisse, « près de 100 tonnes d’ivoire provenant d’animaux morts naturellement ou abattus pour lutter contre la surpopulation sont mis sur le marché « légal » »
Comme quoi Le MONDE n’est pas si obsédé que ça par la Carcérale.
– Accès aux toilettes en Afrique : vite, ça presse ! (Le MONDE 14 août 2023)
– Choléra au Zimbabwe : l’état d’urgence décrété dans la capitale Harare
(Le MONDE 20 novembre 2023)
Et là par contre, pas un mot sur les éléphants !
Comme quoi Le MONDE n’est pas si obsédé que ça par les éléphants.